‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 11 sur 308 · Ibidem, p · texte numérisé non relu

Ibidem, p

les jugeait spécialement capables de tenir tète à l’hérésie; il Les aimait d'autant plus que les protestants eachaient moins leur haïne pour la Compagnie. « La bonté de Dieu est si grande, avaitil écrit un jour en s'adressant aux Calvinistes, qu’elle convertit d'ordinaire en bien tout le mal qu'on veut procurer aux siens. Vous pensez nuire aux Jésuites et vous leur servez grandement, n’y ayant personne qui ne réconnoisse que ce leur estune grande gloire d'être blâmés de la bouche même qui accuse l'Église, qui calomnie les Saints, fait injure à Jésus-Christ et rend Dieu coupable. Ce leur est véritablement chose avantageuse, nous le voyons par expérience, en ce que, outre les considérations qui les doivent faire estimer de tout le monde, beaucoup les aiment particulièrement parce que vous les haïssez!, »

En diverses occasions l’évêque de Lucon avait défendu les Pères avec vigueur, et ceux-ci se basant sur le passé comptaient que, parvenu àü pouvoir, il ferait servir ses admirables talents non sétlement à la grandeur de la France, mais encore au triomphe de la foi. Tel était en partieulier l'espoir du P. Vitelleschi, quand il écrivait au nouveau ministre cette lettre de

félicitations : | « lilustrissime et Révérendissime Seigneur, il est enfin arrivé

l'événémment désiré de tous les gens de bien et qu'ils attendaient

Ë pleins de confiance : Le roi Très Chrétien a appelé Votre Seigneurie

KL Illustrissime à siéger dans son conseil. Il convenait en effet de

| mettre en évidence votre rare et grande sagesse, comme un flam- “A beau sur le chandélier, pour répandre sa lumière non dans un Ÿ ceréle restreint, mais dans tout le royaume. Je n'en doute pas,

tous ceux qui ont à cœur le bien général se sont réjouis pour

se eux-mêmes et pour le royaume très chrétien; ils ont fait des vœux EEE pour Votre Seigneurie Illustrissime, persuadés que ses conseils trés éclairés donneraient ün nouveau lustre à un Etat déjà très

flovissant, Quant à moi qui prévois nettement l'utilité et les

avantages quien résulteront, non seulement pour l'administration

du pays, mais aussi pour le bien de l'Église et les progrès du

catholicisme, je m'empresse de joindre aux félicitations de tous

mes compliments et mes vœux. Je ne cesserai de demander à

Dieu, dans mes prières, qu'il conserve longtemps sur cette terre

un prélat qui unit à tant de sagesse une si haute piété. Je sais,

en effet, avec quel zèle Votre Seigneurie embrasse tout ce qui

. 1, Richelieu, Les principaux points de La foi catholique... chap, 1v.

Ce

; D ie ii ao

touche à l'honneur de la Majesté divine, avec quelle ardeur elle poursuit l'erreur et l'impiété qu'elle a réfutées dans de très doctes ouvrages. C'est pourquoi il me semble que Dieu a voulu . donner à la France une marque insigne de sa protection en élevant Votre Seigneurie à un poste brillant, où elle pourra rendre de nombreux services et travailler par des œuvres éclatantes à la sauvegarde et à l'extension de la Sainte Église. Je n'ignore pas quelle fut de tout temps sa bienveillance envers notre petite Compagnie. Je me plais aujourd’hui à lui en manifester ma profonde reconnaissance, et see lui demander de vouloir'bien toujours la protéger, afin qu’appuyés sur son autorité nous puissions en paix nous dépenser au service de Dieu et du prochain, dans la mesure où le pérmettra le nombre des sujets et l'esprit de notre institut. En attendant, je dépose humblement aux pieds de Votre Seigneurie Illustrissime, avec mon dévouement et ma soumission, les respects de cette Compagnie dont Dieu m'a confié en partie le soin. Si ces hommages ne répondent qu'imparfaitement aux mérites de Votre Seigneurie Illustrissime, du moins nous prierons Dieu, souverainement libéral, de la combler de plus en plus de ses grâces et de ses dons. — Rome, le 3 juin 162% L. »

Qu'on ne s'étonne pas des termes élogieux de cette lettre. Le P. Vitelleschi se connaissait en hommes; il avait deviné le génie de Richelieu. :

Parvenu au pouvoir, le cardinal avait à choisir entre deux politiques : celle de Henri IV ou celle de Marie de Médicis : Pamitié de l'Espagne ou l’abaissement de la maison d'Autriche. Or le choix était fort délicat. Comment concilier ensemble, dans les relations extérieures, les intérêts du pays et ceux de la religion? « Le roi d'Espagne, observe Richelieu dans ses Mémoires, se dit chef des catholiques, et par je ne sais quelle rencontre d’affaires et d'artifices, non par piété, se trouve en effet avoir ses intérêts le plus souvent liés avec les leurs. » Au contraire les intérêts de la France, opposés à ceux de l'Espagne, s’accordaient d'ordinaire avec ceux des États protestants. Le nouveau ministre n’hésita point; dominé par une seule pensée, la prépondérance de la monarchie française, il reprit hardiment l’œuvre de Henri IV. Il espérait que son zèle à étouffer l’hérésie dans le royaume lui ferait pardonner l’alliance avec les protestants contre l'Autriche.

1. Lettre du P. Général au cardinal de Richelieu, 3 juin 1624. (Gallia, Epist. Gen, ad externos, t. 1613-1672.)

ET TA D Li oR APN.

Imbu du principe gallican, que dans la gestion des affaires temporelles le pouvoir civil doit être soustrait à tout contrôle de l'Église, on le vit assister coup sur coup la Hollande contre l'Espagne, le Palatinat contre la Bavière, les Grisons contre les Valtelins, et fiancer une fille de France à l'héritier du trône d'Angleterre. Cette conduite, avoue un écrivain protestant, « était évidemment destinée à arrêter Les progrès du catholicisme ; quoique l'alliance

française fût d’une nature exclusivement politique, le protes-

tantisme devait néanmoins en recueillir un. grand profit, précisément à cause de l'union étroite des intérêts religieux et politiques! ». |

Aussi fut-ce un scandale, et à la cour romaine, et en France, parmi ceux qui s’appelaient les bons catholiques. Is flétrissaient Richelieu du nom de catholique d’État et lui appliquaient les paroles de l'Écriture, Impio præbes auxilium : « Vous prètez secours à l’impie, vous vous joignez à ceux qui haïssent Dieu, et ainsi vous attirez sur vous-même la colère du Seigneur. » Quant à la Compagnie de Jésus, son attachement au Saint-Siège et aux doctrines romaines était trop connu’ pour qu’on püt se méprendre sur ses véritables sentiments. Malgré la prudente réserve commandée par les circonstances et dans laquelle elle se tint toujours, elle se vit cependant accusée d’être l’instigatrice de l’opposition faite à la politique anti-espagnole de Richelieu; en même temps on lui attribua l'inspiration des principaux pamphlets dirigés contre les actes deson gouvernement. Nous allons dire quel fut, en fait, le rôle des Jésuites français dans les affaires épineuses de cette époque.

3. À peine Richelieu était-il entré dans le conseil, qu’on y mit en délibération le mariage de Henriette-Marie de France, troisième fille de Henri IV, avec Charles, prince de Galles, héritier présomptif du trône d'Angleterre. À vrai dire, l'idée d’une semblable alliance n'était pas nouvelle. En 1612 il avait été sérieusement question du mariage de Madame Christine, sœur du roi, avec le prince Henri, fils de Jacques I[°', puis, après sa mort, avec le prince Charles son frère?. En 1620, le duc de Luynes essaya de renouer des négociations pour fiancer Madame Henriette au même prince Charles; mais alors le roi d'Angleterre et Buckingham, son favori, méditaient une alliance avec l’infante

1. Ranke, Histoire de la Papauté pendant les xvi° et xvn° siècles, 4. IV, p. 181. - 2. Voir tome III, p. 332.

anus st ds. SRE dt 0-26 0 6 D aus slt te: ui 712 Mit a ts. 22m Re ire

d'Espagne. Après l’é chec de ce projet, à la fin de janvier 1624, Jacques I® s'étant assuré que ses avances seraient bien recues, demanda pour le prince de Galles la main de Madame Henriette. Dans la séance du Conseil où l’on examina le côté politique de cette union, Richelieu exposa avec une grande netteté les intérêts respectifs de l'Angleterre, de l'Espagne et de la France, et conclut en faveur de l'alliance proposée !. Restait la question religieuse, hérissée de difficultés presque inextricables. Il fallait obtenir, en effet, que la sœur du roi Très Chrétien pût pratiquer librement sa religion dans un pays où l’hérésie était officiellement reconnue, et qu’elle ne subit pas l’injure de voir persécuter ses sujets catholiques. Jacques L°’ avait envoyé en France deux ambassadeurs extraordinaires : lord Kensington, plus tard comte de Holland, et lord Hay, comte de Carlisle. Pour s’aboucher avec eux, le roi nomma quatre commissaires : le cardinal de Richelieu, le garde des sceaux d’Aligre, le marquis de La Vieuville, surintendant des finances, et M. Loménie de La Ville-aux- Ciercs, secrétaire d'État, chargé des affaires d'Angleterre. Les conférences s’ouvrirent le 3 juin (1624), à Compiègne, où se trouvait alors la Cour ?.

Les ambassadeurs de Jacques I‘ déclarèrent que leur maître accorderait sans peine à la France les articles offerts à l'Espagne, à l'exception cependant de trois. Le premier regardait la liberté de conscience pour les catholiques anglais ; — le second octroyait une église publique pour les officiers de la maison de la princesse; — le troisième portait que les enfants issus de ce mariage demeureraient, jusqu’à l’âge de douze ans, entre les mains de leur mère qui les élèverait dans sa religion. Sur les instances des commissaires français, les ambassadeurs anglais finirent par concéder ce troisième article. « La plus grande difficulté fut sur le sujet de la liberté de conscience en Angleterre, ou publique ou tolérée secrètement”. »

En vain les commissaires réclamèrent la liberté publique, assurant que cette concession était absolument nécessaire au roi de France pour lui servir de garant auprès du Pape, sans l’aveu duquel on ne-pourrait conclure le mariage. Les ambassadeurs répondirent que le roi d'Angleterre ne pourrait accorder aux

2. Mémoires de Richelieu, t. I, p. 289. — Avenel, Leftres de Richelieu, t. NI, p. 524 et suiv.

2. Bruce, Domestic calendar, t. 1623-1625, p. 269. — Griffet, op. cil., t. I, p. 421.

Page 1