‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 112 sur 308 · Garasse, p · texte numérisé non relu

Garasse, p

« aprez avoir servy deux Roys de France, l’espace de vingt ans, « avec tant de fidélité! ! »

11. Profondément atteint dans ses affections les plus intimes par le dernier arrêt du Parlement, le P. Provincial passa la nuit du 18 au 19 mars dans une agitation fébrile qui, sans doute, précipita sa fin. Vers minuit, ayant remarqué l’altération de ses traits, le frère infirmier lui recommanda de se tenir en repos et de penser à Dieu. Ces derniers mots le frappèrent. « Eh quoi! mon frère, lui dit-il, suis-je proche de la mort? » — L’infirmier avoua qu'il lui donnait à peine quelques heures de vie. Aussitôt le malade fit appeler Le P. Bertrix auquel il se confessa à genoux. Ensuite il s’occupa de remplir les derniers devoirs de sa charge. Il manda près de lui le P. François Tacon et le P. Ignace Armand. Au premier il recommanda « d’un sens fort rassis » toutes les affaires temporelles de [a Compagnie en France. Puis, s'adressant au second, il lui dit : « Mon Père, puisque Dieu m'appelle en cet estat et au fort de nos affaires, je vous remets la province entre les mains, l’ayantreceue de vous, et vous déclare, s'il vous plaist, Provincial, jusques à ce que autrement en soit ordonné par nostre R. P. Général. » Le P. Armand, tout en larmes, objecta son grand âge. « Mon Père, reprit le P. Coton d’une manière pressante, vous voyez l’affliction en laquelle je meurs. Je vous prie, ne l’augmentez pas par votre refus. » Ces paroles décidèrent le P. Armand, auquel le malade demanda aussitôt sa bénédiction. Le vice-provincial s’excusa disant que c'était au supérieur de bénir l’inférieur. « Souvenez-vous, mon Père, repartit le P. Coton que j'ay esté vostre disciple et en cette qualité ne me refusez pas ce que je vous demande. » Le P. Armand s’exécuta, puis à son tour le P. Provincial voulut bien donner à toute la communauté sa dernière bénédiction.

A partir de cet instant, ilne pensa plus qu'aux intérêts de son âme. Il bénissait Dieu de ses souffrances et lui offrait le sacrifice de sa vie. Vers quatre heures du matin, se rappelant que c'était le jour de saint Joseph, ïl voulut le sanctifier par ‘La prière et demanda au P. Bertrix de réciter les matines de la fête avec lui, mais, après le second nocturne, ses forces le trahirent et il dut s'arrêter. Vers 5 heures du matin, il fit introduire dans sa chambre les frères coadjuteurs et les novices venus comme d'ordinaire à

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