Garasse, p
la maïison Saint-Louis pour le service des messes. Il leur dit que depuis de longues années il désirait mourir en la fête de saint Joseph et que ses vœux allaient être exaucés: ne pouvant avoir la consolation'de célébrer le saint sacrifice pour se préparer «au grand voyage », il Les priait au nom de Notre Seigneur d'y assister eux-mêmes et d'y communier à ses intentions.
« Après la communion de nos frères on lui apporta le saint Sacrement. » Au son de la clochette annonçant l'approche du prêtre, il se leva et se mit à genoux sur le plancher. A l’entrée de Notre Seigneur, il le salua par ces mots de IÉ’vangile : « Unde hoc mihi ut veniat Dominus meus ad me? » I le reçut avec une dévotion angélique, et demeura près d’un demi quart d'heure, tou- Jours à genoux, soutenu sur les bras de deux religieux. Porté ensuite sur son lit, il demanda l’Extrême-Onction. La cérémonie n'était pas achevée, que poussant deux profonds soupirs il rendit son âme à Dieu.
Il était environ 6 heures du matin, et l’église de la maison professe, en ce temps du jubilé, se trouvait remplie de fidèles. Comme on se mit.à tendre les autels en noir, ils apprirent bientôt la mort du serviteur de Dieu. On exposa le corps revêtu des ornements sacerdotaux, d’abord dans une chapelle latérale; puis pour permettre à la foule d'en approcher plus facilement, on dut le transporter dans la sacristie. Il y eut alors affluence de personnes pieuses qui voulaient lui baiser Les pieds ou faire toucher à sa dépouille divers objets.
Dans les autres églises de la capitale, lorsque les prédicateurs du carème recommandèrent à leur auditoire l’âme du jésuite défunt, « on éntendit des sanglots et des mouvements estranges qui furent des tesmoignages irréprochables de la vertu de ce saint homme ». D'ailleurs la nouvelle du grand deuil de Ja Compagnie ne tarda pas à être connue de toute la ville, et le peuple accourut de tous les quartiers vers l'église Saint-Louis.
€ IL y eust, depuis midy jusqu'à sept heures du soir, le plus grand concours qui se soit veu de mémoire d'homme. On veit bientost les portes et les fenestres enlevées de leurs gons, les armoires rompues et fout comme au pillage. I n’y avoit rien qui peust résister aux ondées, je ne dis pas d’une simple populace, mais des seigneurs et dames qui remplissoient nos trois basses cours, nostre sacristie et une partie de nostre Jardin... Nos Pères du collège et du noviciat trouvèrent une grande résistance à nos portes, pour ce que les rues de Saint-Antoine et de Saint-Paul
estoient ou pleines de monde ou embarrassées de carosses. Plusieurs personnes de qualité disoïient que le concours n’avoit pas été plus grand aux honneurs du feu Roy Henri IV. »
Vers les six heures du soir, on voulut transférer la bière découverte de la sacristie dans le chœur, avant de réciter l’offiee. L'honneur de porter les précieux restes échut aux PP. Ignace Armand, vice-provincial, Charles de La Tour, supérieur de la maison professe, Jean Suffren, confesseur du roi et de la reine mère, et Francois Garasse. L’encombrement rendait leur tâche bien difficile; ils firent signe à deux frères coadjuteurs de les aider : aussitôt plusieurs gentilshommes se présentèrent, trop heureux de rendre ce dernier devoir au serviteur de Dieu. |
Autour du catafalque les religieuxcommencèrent à psalmodier l'office des morts, mais «on ne s'y entendoit pas, tant estoit grand le bruit de ceux qui se pressoient pour approcher, et tant il y avoit de gens dans cette grande assemblée qui donnoient des marques éclatantes d'une forte et vive douleur ». Sur la fin de l'office, un tumulte extraordinaire attira les regards-vers l'entrée de l’église. C'était l’archevèque de Paris qui à l’aide de ses domestiques essayait de se frayer un passage au milieu de la foule. Retiré à sa campagne de Saint-Cloud quand il apprit la mort du religieux son ami, il était accouru en toute hâte à la maison professe : à travers la multitude, qui n'avait point trouvé place dans le sanctuaire, il se faufila comme il put et arriva, son rochet tout déchiré, près du cercueilau moment oùl’on commencait l’absoute. « Se tournant de touts costez, il imposa silence, et prenant l’encensoir fit trois fois le tour du corps, puis l’alla baiser au front, et revenant àses pieds luy dit les oraisons qui restoient de l'office, et de ses propre mains le voulut mettre en terrel. » La fosse avait été creusée devant l'autel du côté de l’épitre? ; après l'avoir bénite, l'archevêque y jeta la première poignée de terre et les nobles personnages dont il était entouré suivirent son exemple.
Pendant plusieurs jours, on eut de la peineà contenter toutes les personnes qui réclamaient un souvenir. Princes et prélats, dames et seigneurs de la cour, bourgeois ou gens du peuple, demandaient quelque objet qui eût appartenu ou touché au célèbre jésuite. La reine mère obtint la médaillé de son chapelet;
1. Garasse,p. 191-194. — Cf. d'Orléans, op. cit, p. 220, 222. 9. Le corps du P. Coton fut plus tard, sur la demande de son frère, transporté dans d'église du collège de Roanne (D'Orléans, p. 342).
M°° de Guercheville, son reliquaire; on envoya son bréviaire à ME de L’Aubespine. Tout ce qu'on put ainsi distribuer fut recu comme des reliques.
Longtempson n’entendit que louanges et bénédictions à la mémoire du confesseur de Henri IV et de Louis XIII. En témoignant ses regrets, le roi déclara qu’il le croyait bien haut dans le ciel. Le cardinal de La Rochefoucauld, qui l'avait vu de près à la -cour, l’appelait un homme sans reproche et d’une intégrité de vie inaltérable !. À la nouvelle de son trépas, l’évêque d'Orléans disait : « Je ne sais qui, de la Compagnie, de l’Église ou de la France a la plus large part à une si grande perte. Je puis assurer du moins que le P. Coton, d’une innocence et d’une douceur admirables, était digne de l'amour de tous les hommes ?. » Le P. de Bérulle avait remarqué en lui trois indices de la plus haute perfection, «une union continuelle avec Dieu, une douceur que rien n’aigrissait et une si grande égalité de vie qu'il h’avoit jamais paru un moment différent de luy-mesme ? ». Le garde des sceaux, Marillae, louait surtout sa probité et la doiture inflexible de son cœur“. Au dire d'André du Saussay, évêque de Bethléem, confident de François de Sales, le saint prélat professait pour le P. Coton une affectueuse estime, et en toute rencontre il parlait de lui avec sympathie et vénération 5.