‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 118 sur 308 · Relation véritable, p · texte numérisé non relu

Relation véritable, p

En qualité de syndic, Froger exposa le motif de la convocation, puis il ajouta aussitôt que, réflexion faite, il lui semblait dangereux de délibérer sur une matière aussi grave sans. en avoir reçu l’aveu de l'autorité ecclésiastique, et qu'on ferait bien de s’en tenir là. Mais le doyen, ami de Richer, fut d’un avis contraire : la Faculté s’y rangea, et tout de suite elle nomma une commission pour examiner le livre de Santarelli et en faire un rapport à la prochaine assemblée.

Afin d'éclairer les docteurs chargés de ce soin, les Jésuites Jugèrent à propos de leur faire parvenir par l'entremise du roi et du chancelier quelques courtes observations.

« Plaise au Roy de faire voir à Messieurs de la Sorbonne et À ceux qui examinent ce livre et en doivent faire un extrait: 1° S'il n’est pas vray qu’en tout Jelivre dontil estquestion il n’est nullement parlé du Roy en particulier. — % S'il n’est pas vray que tout le traité de la puissance du Pape regarde autant l’'Empereur, le Roy d'Espagne, celuy de Pologne et tous les princes souverains, tant d'Allemagne et d'Italie que le Roy. — 3° S'il n’est pas vray qu'après avoir traitté de la déposition des Roys au chapitre XXX, il traitte aussi de celle du Pape mesme au suivant. — 4° S'iln’est pas vray que la mesme matière fut agitée

aux derniers Estats Généraux et que feu Monsieur le cardinal du

Perron a faict imprimer sa harangue, laquelle contient la mesme

doctrine et faict voir que saint Thomas et grand. nombre de doc-

teurs de la Faculté de Paris l’ontenseignée et imprimée dans leurs œuvres. — 5° S'il n'est pas vray {qu'en ce cas] il faut aussi.

défendre la lecture de tous les auteurs qui soustiennent la mesme

opinion. — 6° S'il n’est pas vray que c’est faire injure: signalée à

Sa Majesté de dire que le livre est plus à craindre pour luy (sic)

que pour les autres souverains, comme s’il avoit rien approchant

des qualités d’un tyran, d’un usurpateur et d’un prince mal con-

ditionné; attendu que l’auteur ne parle que de ceux-là. — 1° S'il n’est pas vray qu’il vaut mieux faire comme les autres sou-

verains, et comme il fut faict aux Estats Généraux du Royaume,

qui est d'estouffer et supprimer cette prétendue doctrine plus

tost que de l’éventer et publier davantage par contestations,

attendu que la thèse est une opinion et que l'Eglise n’a rien décidé là-dessus !. »

1. « Observations à Messieurs de la Sorbonne » (Franciae historia, t. IN, n. 70; sans date). , :

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6. Ce dernier conseil qui s’adressait plus spécialement à Louis XIHIme fut pas suivi, et les commissaires ne tinrent aucun compte de ces sages observations, si toutefois elles leur furent communiquées. Le 1 avril, ils donnèrent lecture de leür rapport dans lequel ils s'étaient appliqués à faire ressortir ce que le livre contenait de plus fort surles relations des deux puissances !. Ils conclurent qu'une telle doctrine devait être condamnée comme «nouvelle, fausse, erronnée et contraire à la parole de Dieu ; rendant la dignité du Souverain Pontife odieuse, ouvrant le chemin auschisme, dérogeant à l'autorité souveraine des rois qui ne dépend que de Dieu seul; empêchant la conversion des princes infidèles et hérétiques; troublant la paix publique; renversant les royaumes, Les Etats et les républiques; détournant les sujets de l’obéissance qu'ils doivent à leurs souverains et les induisant à des factions, rébellions et attentats à la vie de leurs princes ?».

Les partisans des doctrines romaines, Duval, Mauclerce, Isambert, Le Clerc, Froger demandèrent en vain qu'on se contentât d’une censure générale, comme on avait fait pour l’Admonitio, censure qui justement « avoit été bien reçue de tout le monde, même du Saint Père ». L'avis contraire prévalut; il fut décidé, à la majorité, que la doctrine de Santarelli serait condamnée selon Ia formule proposée par les rapporteurs. On nomma une commission pour rédiger un texte auquel on donnerait ensuite une approbation définitive. Averti de ce quise passait, le cardinal Spada sortit enfin de sa réserve et prit auprès du gouvernement une attitude énergique. Il écrivit le soir même à Richelieu. « Monseigneur, nous voici plongés dans le plus grand embarras qui fut jamais; nous'voici à la veille d’un schisme, au serment d'Angleterre. Si Votre Seigneurie Illustrissime n’y met la main et ne se déclare ouvertement, si elle n’y remédie pas avant demain matin, il ne sera plus temps. M. Filesac a amené le syndic de la Sorbonne à une réunion extraordinaire. On a nommé un petit nombre d’examinateurs, et parmi ce peu beaucoup de Richéristes. Sur un simple et premier rapport le coup a été porté, et demain matin en une nouvelle assemblée extraordinaire on se propose d’ordonner la publication de ce qui s’est fait.

Bon Dieu! Est-ce donc avec cette précipitation et tous ces ma-

1. « Relation de ce qui s’est passé en Sorbonne, le 1° avril » (Archiv. Vat., Nunz. di Francia, n. 420, f. 27).

2. Rapport de la commission des docteurs touchant le livre de Santarelli, (D’Argentré, Coll. Judic.,t. M, PT, p. 210.)

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