Relation véritable, p
nèges que doivent se décider des points de doctrine de cette im-
portance? Est-ce ainsi qu'on prétend donner le coup mortel au Saint-Siège, dans un temps où le proviseur de la Sorbonne est un cardinal de Richelieu? Et c’est un Filesac, connu pour la créature de Sa Seigneurie Ilustrissime, qui a le front de s’en faire-le promoteur sans craindre de nuire à la réputation du cardinal.
Un cardinal du Perron a eu le courage, en présence de tous les. États, de défendre les droits de l'Église apostolique aux applau- Fe de tout le royaume, et aujourd’hui on n’entend parler de la cause de Dieu qu'avec des gémissements par ceux qui ne peuvent l'aider autrement que par des gémissements. Je supplie humblement Votre Seigneurie Illustrissime d’ôter le masque de honte à tous les gens de bien, et de donner de si bons ordres que demain il ne se parle de rien à la Sorbonne. Je pense qu'il n'est ni du service de Dieu, ni de celui du Roi, qu'étant aussi juste et aussi pieux qu'il est, il se commette sous ses yeux ces impiétés et qu’on fasse croire ce qui n’est pas! »
IL est probable que Richelieu ne donna aucun ordre. Dans l’assemblée du samedi 4 avril, après la lecture du projet de censure, quelques docteurs des plus considérés, tels que Duval et Isambert, supplièrent leurs collègues d’adoucir les qualifications trop sévères, de supprimer les expressions « erronnée » et « contraire à la parole de Dieu ». La censure, vivement appuyée par Richer et Filesac, fut approuvée dans les termes où elle avait été proposée ?.
Le nonce, très contrarié, s’efforça encore d'obtenir une intervention du gouvernement ; mais les docteurs, avoue Richelieu, étaient « soutenus par la Cour qui erovoit, en les défendant, maintenir l'autorité royale5. » Spada, se doutant qui les appuyait, se rendit au Louvre. Reçu par Marie de Médicis, il lui déclara que le cardinal ministre s'était nui considérablement en cette affaire, et qu'on en parlerait à à son désavantage dans tous les pays étrangers. La reine répondit qu'après tout le mal qu’on avait déjà débité sur son compte, ses ennemis pouvaient difficilement oser davantage. « Ce peut être vrai pour la France, repartit le nonce, mais non pour les autres royaumes. À Rome surtout, j'ai rendu Jusqu'à ce jour au cardinal de fort bons offices, hormis en cette
1. Lettre de Spada à Richelieu, 1°* avril 1626 (Bibl. naf., ms. italien, 64, f. 28). Cf. Houssaye, Le cardinal de Bérulle et Le cardinal de Richelieu, P. 140, 141. 2. Censure du livre de Santarelli (D'Argentré, Coll. Judic., t. IL, P. IL, p. 211). 3. Mémoires de Richelieu, p. 434.
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affaire dont l'importance ne me permet pas de me taire!. » La censure, présentée d’abord au roi et au chancelier qui en exprimèrent leur contentement, fut ensuite imprimée en latin et en français et mise en vente le lundi 6 avril. Au dire de Richer « la Faculté de Théologie et les docteurs de Paris furent lors grandement loués et bénits par les bons serviteurs de Dieu et du Roi et par ceux qui aimoient l'honneur, la tranquillité et le repos de la France? ». L'Université de Paris tint, le 25 avril, une assemblée extraordinaire ; elle y décréta « qu’on devoit grandement louer la sacrée Faculté de Théologie d’avoir jugé si sainement, pieusement et religieusement, et d’avoir, si à propos pour l’état de la chrétienté et principalement de la France, relevé la lumière de: l’ancienne et véritable doctrine, imité la vertu de leurs anciens, et fait chose très digne de la profession qu’ils font. de défendre la vérité ». Par le même décret, il fut ordonné que la censure serait conservée dans les archives universitaires et lue tous les ans publiquement à la procession générale du mois d'octobre. Les Universités de Toulouse, de Valence, de Bordeaux, de Poitiers, de Bourges, de Caen et plusieurs autres condamnèrent aussi le livre de Santarelli et ordonnèrent que la censure de Sorbonne serait inscrite dans leurs registres #, Gallicans et Parlementaires triomphaient; quelques-uns même prédisaient déjà la chute prochaine des Jésuites. Mais tel n’était point le plan de Richelieu. On le vit bien, quand l’Université présenta requête à la Cour pour obtenir l'enregistrement de son décret. Tout en remerciant le Recteur, Tarin, de son zèle pour les droits de la royauté, Louis XIII, à l’instigation du cardinal ministre, lui intima l'ordre de cesser toute démarche auprès du Parlement. « D'autant, lui mandait-1l, que cela ne pourroit sinon rembraser une division que j'ai éteinte, qui paroissoit entre vous et les Pères Jésuites, [lesquels] ont désapprouvé ledit livre comme méchant et pernicieux, et que le bien de mes affaires ne comporte point des partialitez dans ce Royaume. » Bien plus, craignant que Tarin « pressé par aucuns à qui toutes choses nouvelles plaisent », ne déférât pas à ses commande-
1. Diario del card. Spada, 5 avril 1626 (Archiv. Vat., Nunz. di Franc a, n. 422).