D'Argentré, p
5. Lettre du roi au Recteur de l’Université, 2 mai 1626.-(D'Argentré, Coll. Judic., p- 220). 4
ments, le roi écrivit le 3 mai au premier Président, M. de Verdun, le chargeant de veiller à l'exécution de sa volonté. « En cas, lui disait-il, que ce remède [l'ordre donné au Recteur] soit trop faible, ce sera à vous à en prendre un tel sur-le-champ, que Jj'aye le contentement que je m'en promets!. » Quelques audacieux conseillaient à Tarin de passer outre, sous prétexte que la lettre du roi n’était pas revêtue du grand sceau: mais ils ne furent pas suivis par la majorité?.
7. Dans le coup porté aux doctrines romaines par la Sorbonne, le cardinal Spada n'avait pas eu de peine à reconnaître la main cachée de Richelieu. Aussi ne fut-il pas dupe de ses hypocrites excuses, lorsque le ministre lui envoya le P. de Bérulle pour lui exprimer ses regrets de n'avoir pu empêcher la censure et lni faire entendre que le roi était circonvenu par des gens qui le remplissaient de craintes et de soupçons. Le nonce, outré de cette duplicité, se plaignit amèrement de la conduite de Richelieu : «Ilse pique, dit-il à Bérulle, de faire le bon Francais près de la personne du roi quand les intérêts de Rome et du Pape sont en Jeu, mais il manque à faire le bon catholique ou ne le fait que peu rondement et par manière d’acquit. A la vérité, je l'estime et le tiens pour homme de tête, de ressources et d’un grand crédit; cependant qu'il le sache, je ne cesserai de faire retentir partout mes reproches, jusqu’à ce qu'il m'ait donné sujet d’attendre de sa part un remède prompt et sérieux?. »
A Rome, le Pape et les cardinaux étaient sous le coup d’une émotion non moins vive, dont nous retrouvons l'écho dans la correspondance du cardinal de Marquemont. « Le roy très chrétien, fils aisné de l'Église, n’est donc plus dans la bergerie d'icelle, puisqu'on ne veult pas qu'il recognoisse le Pape pour
1. Copie de la lettre du roi à M. de Verdun, 3 mai 1696 (Archiv. Vat., Nunz. di Francia, n. 394, [. 515, 516).
2. Cf. Jourdain, Hist. de l'Université de Paris, p.111: “3. Spada à Barberini. Plus tard Richelieu fera retomber ses torts sur le P. de Bérulle (Bibl. nat., f. italien, 64, fol. 43). Le 23 octobre 1631 le P. Reynaud écrivait au P. Charlet : « Hier le P. Monod parlant à Fontainebleau à M£* le cardinal de Richelieu ouyt de lui ces paroles : On m’a voulu charger d’avoir voulu mettre mal la Compagnie lors de l'affaire de Santarelly. Cela n’est point. Ce fust le cardinal de Bérulle qui feit toute cette trame et avoit conclu vostre exclusion de toute la France, de quoy je vous fairoy voir les mémoires. » (Bibl. nat., f. latin, 9758, fol. 149.) Bérulle, mort en 1629, ne pouvait se défendre contre ces accusations qui ne sont nullement prouvées. Au contraire, son élévation au cardinalat au mois d'août 1627, peu après le dénouement de l'affaire Santarelli, prouve que le Pape n'avait rien va à lui reprocher dans ces circonstances si graves pour le Saint-Siège. Cf. Houssaie, op. cil., p. 174 et suiv.
son pasteur! », s’écria Urbain VIH; et il alla jusqu'à dire que la censure de Sorbonne « étoit de telle qualité, que d’une façon ou d’une autre il étoit nécessaire qu'il en apparüt quelque réparation, qu'il en faudroit parler en une congrégation de bon nombre de cardinaux ou en plein consistoire, et,si cela ne suffisoit pas, qu'il faudroit assembler un concile? »: Cette censure, écrivait encore Marquemont à Richelieu, « n’a pas moins scandalisé la eour de Rome que le livre de Santarelli n’a irrité la France. Le cardinal Magalotti a dit à M. l'Ambassadeur que cette occurrence a plus touché et affligé le Pape que ne fist la prise des forts de la Valteline, et certes j’ay moi-mesme ouy Sa Sainteté en publie, dans sa congrégation du Saint-Office, et en particulier dans sa chambre, en parler avec beaucoup de douleur et de sentiment. Il est quasi impossible... qu'il ne se fasse quelque rupture à nos liaisons, si l'on n’apporte quelque lénitif à ces aigreursÿ. »
De telles remontrances firent comprendre à Richelieu que la Faculté de Théologie, dépassant toute mesure, avait notoirement blessé l'autorité du Saint-Siège. « Par cette censure, avoue-t-il dans ses Mémoires, [les docteurs de Sorbonne] condamnoient comme hérétiques beaucoup de propositions ensemble, de l'avis desquelles (sic) plusieurs et la plupart des docteurs de l'Église ont été, et aucuns saints et doctes personnages sont maimtenant. Et si bien cette opinion [de Santarelli] est mauvaise et non recevable en France, il est permis de n'être pas d’une opinion sans condamner l’autre d’hérésie, qui diviserait la robe de Jésus- Christ qui est son Église. »
Ajoutons que le cardinal ministre n'avait nulle envie de se brouiller avec la cour de Rome ni avec les bons catholiques de France. Il va donc reprendre le rôle de pacificateur qu'il a déjà rempli l’année précédente entre le Parlement et le Clergé; il y sera aidé par Les disputes qui régnaient au sein de la Sorbonne depuis la censure de Santarelli.
8. À peine avait-elle été publiée que les docteurs ultramon» tains, Duval, Mauclerc, Poulet, Isambert, Reverdy, protestèrent contre l’audace des Richéristes. Ils dirent avec raison que la
1. Lettre du cardinal de Marquemont à Louis XII, avril 1626 (Bibl. nat., fr. 3668, f. 51). ;
2. Lettre du caidinal de Marquemont à Louis X II, 6 mai 1626 (Archiv. des Aff. Etrang., Rome, Corresp., t. XXXIX, p. 5).