RÉSIDENCE DE SAINT-MIHIEL
Très bien accueillis dès le début, les Jésuites ne tardèrent pas à jouir d’une grande considération et, malgré leur petit nombre, à recueillir des fruits abondants. On les désirait dans les bourgades environnantes, et quand ils pouvaient sy rendre on les recevait « comme les envoyés du ciel!». Aussi les supérieurs songèrent-ils sérieusement à multiplier les ouvriers sur une terre aussi bien préparée, en mettant à Saint-Mihiel le Troisième An de la province?, Le P. Vitelleschi, d’abord opposé, se laissa ensuite convaincre. De fait, on ne passa jamais à l’exécution, bien qu'on eût obtenu, le 6 juillet 1628, les lettres patentes du duc de Lorrainef. |
C'était alors Charles IV, auquel à cette époque le P. Général se voyait contraint de refuser une faveur ardemment désirée. Depuis plusieurs années ce prince et son frère, François II, poussés par quelques-uns de leurs conseillers qui supportaient impatiemment le joug de l'étranger, demandaient au premier supérieur des Jésuites la formation d’une nouvelle province, dite de Lorraine” : elle serait gouvernée par un religieux originaire du pays; elle engloberait toutes les maisons de la Compagnie situées dans la Lorraine, le Barrois et le comté de Bourgogne, de plus les collèges de Metz et de Verdun et encore, s’il le fallait, les collèges allemands de Haguenau, de Molsheim et de Bockenheïm, établis non lom de la frontière*, Tel était le plan proposé, et Leurs Altesses en poursuivaient avec insistance la réalisation. Mais le P. Général y voyait les plus graves inconvénients : c'eût été désorganiser la province de Champagne et par contre-coup toutes les autres, et mécontenter Les habitants de plusieurs contrées; les villes de Metz et de Verdun appartenaient à la France; le comté de Bourgogne dépendait des Pays-Bas; quant à empiéter sur l'Allemagne, ce serait très peu pratique « à cause des humeurs et facons de vivre si différentes$ », enfin, céder aux caprices des ducs de Lorraine était créer un précédent sur lequel ceux de Bavière, de Savoie,
. «Informatio de admittenda domo probationis Sammielli » (Campan. historia, n. 111). . Ibidem.
. Lettre du P. Général au P. Jean Fourier, 30 mai 1628 (Campan., Epist. Gen. t. I).
4. Patentes du 6 juillet 1628 (Archiv. de Meurthe-et-Moselle, B. 103, f. 95).
5. Lettre du P. Binet au P. Général 14 déc. 1626 (Campan., Epist. ad Gen., t. 1, n. 70).
6. Lettre du duc François à M. Virion, son agent à Rome, 22 mai 1626 (Archives de Meurthe-et-Moselle, H. 1629). S a
7. Lettres du duc Francois et du duc Charles, 29 juin 1629 (/bidem) ; du duc François, 21 juin 1630 (Zbidem).
8. Mémoire du P. Binet « fait par le commandement de M£: le duc François » (Campan. Histor., t. III, n. 3).
de Parme et le grand-duc de Toscane pourraient un jour s'appuyer!. Vitelleschi, désolé de blesser des princes qui, suivant la tradition de leur famille, s'étaient toujours montrés des protecteurs et des bienfaiteurs insignes, ne crut pas cependant pouvoir leur sacrifier les intérêts de la Compagnie?. Ce refus lui attira d’amères récriminations?, et les rapports du duc Charles avec les Jésuites furent quelque temps très tendus #. Peu à peu tout s’apaisa, et Leurs Altesses finirent par renoncer à leur entreprise.
5. Durant les deux années qui suivirent la fondation de Saint- Mihiel, les annales de la Compagnie ne mentionnent aucun nouvel établissement. C’est qu’alors les circonstances n'étaient point favorables. En 1627 les esprits se trouvaient encore sous le coup de la profonde émotion produite dans toutes les Universités du royaume par la censure du livre de Santarelli; en 1628 le siège de La Rochelle faisait l’objet de toutes les préoccupations. Et puis Richelieu, nous l’avons vu, était plutôt opposé à la multiplicité des collèges. Durantles quatre premières années deson ministère, aucun ne fut érigé. Plus tard seulement, quand il eut terrassé par les armes le parti protestant, il comprit que son triomphe ne serait ni complet ni durable, s’il ne parvenait à les ramener par la persuasion à la foi de leurs pères; or, pour atteindre ce but, rien n'était plus efficace que la fondation de collèges catholiques dansdes villes comme La Rochelle, Montauban, Montpellier, Nimes, longtemps infectées du venin de l’hérésie.
La jeunesse de Montpellier fut confiée aux soins des Jésuites en 1629. A dire vrai, les religieux de la Compagnie étaient connus
dans cette ville depuis longtemps ; il y étaient venus à diverses époques ? et s’y étaient fait respecter malgré l’opposition des
calvinistes. Qu'il nous suffise de rappeler lé succès de plusieurs missionnaires en l'an 1600, les conversions opérées par les. PP. Raymond des Etroits et Richard Corberon de 1603 à 1605 6,