‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 154 sur 308 · FONDATION DU COLLÈGE DE VANNES · texte numérisé non relu

FONDATION DU COLLÈGE DE VANNES

longtemps que de petites écoles. En 1574 seulement elle décida la construction d’un collège pour l’enseignement des « bonnes lettres ». Noble homme Jean Bricon, sieur du Pé, donna le terrain ; René d’Aradon, chevalier de l’ordre du roi, céda une maison voisine avec ses dépendances!. Quatre ans plus tard, la bâtisse étant achevée, le nouvel établissement prenait le nom de Saint- Yves, et l'évêque, Louis de La Haye, très zélé ami des lettres, lui unissait les dimes des paroisses de Quistinic et de Saint-Avé et du vicariat d’Arzon ?. to Le personne] devait comprendre un principal, cinq régents, et

deux économes, l’un chanoine, l’autre laïc. Mais les « bons régents -et pédagogues » étaient rares sans doute, car en 1580 nous voyons Jacques Fabry, sénéchal de Vannes, se plaindre que « la jeunesse -est mal instruite et enseignée * ». En 1593, désireux d’avoir de bons maîtres, l’évêque Georges d’Aradon, successeur de Louis de La Haye, proposa le collège Saint-Yves au P. Aquaviva : il y allait, lui disait-il, de l'intérêt non seulement du diocèse, mais de toute la province “. Avant même que les Supérieurs de la Compagnie aient pu prendre ce projet en considération, il dut être abandonné ; en effet, les guerres de la Ligue forcèrent les habitants de Vannes à se réfugier dans l'enceinte des murs, en dehors de laquelle se trouvait le collège5. Après l'entrée de Henri IV dans Paris survint le bannissement des Jésuites, et l'institution Saint-Yves continua de végéter sous des maîtres incapables.

Cependant la prospérité des collèges de Rennes et de Quimper ne pouvait manquer d’inspirer aux Vannetais la résolution d’appeler la Compagnie de Jésus. En 1622, des pourparlers sontengagés -avec les Supérieursf; mais, par suite de divergences de vues, les négociations traînent jusqu'en 1629 7. Le 7 mai de cette année, J'évèque, Sébastien de Rosmadec, donne son approbation à l’éta- . blissement des Jésuites « moyennant que les habitants de Vannes l'aient pour agréable et que par assemblée publique et général consentement ils approuvent ladite installation $ ». Le même

1. Sur les origines du collège de Vannes, voir Lallemand, Annuaire du Morbihan, 1899, Collège de Vannes, p.181 et suiv.— Revue de l'enseignement secondaire, t. XE, ‘1889, p. 394 et suiv. — Allanic, Histoire du collège de Vannes, p. 7 et suiv.

2. Prima Instlitutio collegii (Francia, Fund. colleg., £.I[, n.126).

3. Ordonnance du 24 août 1580 citée par Lallemand, op. cif., p. 186. . Lettre de G. d’Aradon au P. Aquaviva, 26 juillet 1593 (Epist. Episcop.). . Lallemand, op. cit, p. 187.

. Informatio de collegio (Francia, Fundat. colleg., t. II, 160). . Litterae annuae mss. 1631.

. Lallemand, op. cüit., p. 188.— Allauic, op. cil., p. 13. -- Revue de l’enseignement secondaire, t. XI, p. 395.

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jour une assemblée de la communauté présidée par le due de Brissac, lieutenant général pour le roi au gouvernement de Bretagne, arrêtait les conditions du futur contrat !. Au mois d'août de l’année suivante furent obtenues les patentes royales?, et Le P. Dinet, recteur du collège de Rennés, vint à Vannes pour prendre possession de Saint-Yves etrégler les derniers arrangements. Outre la somme de dix-huit mille livres pour des constructions. nécessaires et une autre de deux mille pour l’ameublement, là ville devait fournir une rente annuelle de deux mille cent quarante livres, provenant : quinze cents, des dimes des deux paroisses annexées ; cent quarante, de la prébende préceptoriale, et cinq cents, des deniers de l'octroi. La Compagnie promit d’instituer quatre classes ; une de rhétorique, une d’humanités et deux de grammaire à. |

Aussitôt après la signature du contrat, on fit réparer les. anciens bâtiments et construire seize chambres pour les Pères; on acheta plusieurs maisons contiguës et jardins voisins; on.ferma la cour et l’enclos. Le tout fut aménagé avec tant de diligence, que quatre classes purent ouvrir avant la fin de 1630. L’inauguration faillit ètre troublée par une dispute de préséance entre l'évêque et le président du présidial, mais tout finit par s'arranger à l'amiable et lecollège, favorisé parles trois ordres de la ville, fut iréquenté dès le début par un bon nombre d’élèvest. Deux ans ne s'étaient pas écoulés que, sur l'initiative de Henry Colombel, sieur de Kercado, la ville, décidant d’avoir une cinquième classe, augmentait de deux cents livres le revenu annuel.

De 1635 à 1646 le collège de Vannes devint de plus en plus florissant, sous le gouvernement des Pères Barthélemy Vimont, Jean de La Cour et Nicolas de Sainte-Geneviève. En 1636 il comptait déjà quatre cents élèves. Dans la suite ce chiffre s'éleva jusqu'à douze cents, lorsque de nouvelles donations permirent d'ajouter aux classes de lettres un cours de philosophie et un autre de théologie moralef.

1. Délibération du conseil, 7 mai 1629 (Archives du Morbihan, D, liasse non numérotée) Cf. Lallemand, op. cit., p. 188.

2. Patentes du roi pour l'établissement du collège de Vannes, août 1630 (Francia, Fundat. colleg., t. II, n. 131).

3. Praecipui contractôs articuli (Francia, Fundat. colleg., t. II, n. 132).

4. Litterae annuae collegii Venetensis, 1631 (/biderm, n. 131).

5. Acte pour l'établissement d’une cinquième classe, 31 janvier 1635 (Archiv. du Morbihan, D).

6. Ils furent fondés par des personnes pieuses dont les noms sont restés inconnus. Quand le collège eut toutes les classes susdites, la ville payait annuellement

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Parmi les bienfaiteurs de Saint-Yves il faut placer au au premierrang leroi Louis XIII. Pour témoigner aux Jésuites de: Vannes sa vive « satisfaction du grand soing qu'ils apportent en l'instruction de la jeunesse », il leur donna, au mois d'août 1634, son parc de Lestrenic!. Située à moins d’une lieue de Vannes, sur la routede Nantes, cette propriété était environnée de murs et contenait environs six hectares. La proximité de la mer, la solitude, les bois d’alentour, l’avaient prédestinée à devenir la maison de campagne du collège.

L'exemple du roi suscita de nombreux imitateurs : qui, donnait une terre ; qui, constituait une rente, et toujours en vue d’aider les Jésuites dans leur apostolat?. Ainsi, le 5 novembre 1636, Laurent Le Moyne, sieur de Saint-Julien, et Olive Tenier sa femme, désirant «participer aux prières et mérites de la Compagnie de Jésus et donner moyen aux Pères, d’exercer leurs fonctions au salut des âmes », transportèrent au collège Saint-Yves la propriété et jouissance de la maison dite de Toulboulon près de Pontivy. Ils demandaient seulement au P. Général d’agréer que le revenu fût employé aux frais d’une mission donnée par les Pères de Vannes «quinze jours ou environ par chascun an audict Pontivy, et huit jours ou environ en la ville de Rohan? ». Il yeut d'autres fondations de ce genre, et les religieux de la Compagnie ne rendirent pas moins de service à la Basse Bretagne par la prédication que par l’enseignement.

2300 livres, outre les dîmes des paroisses de Saint-Avé et de Quistinic et des prieurés d'Arzon et d'Ambon. Ce dernier fut annexé par bulle du pape Innocent XII, du 14 décembre 1691. Cf. Lallemand, op. cit., p. 194, 196.

1. Donation par le roi du parc de Lestrenic (Archives du Morbihan, D).

2. Voir « Etat des titres du collège » (Archives du Morbihan, D).

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