QUELQUES ÉVÉNEMENTS DE LA VIE DES ANCIENS COLLÈGES
Sommaire : 1. À Metz, fête en l'honneur de la duchesse de La Valette, — 2. Solennités scolaires au collège de Paris. — 5. L’évêque de Toul soutient un acte public à l’Université de Pont-à-Mousson. — 4. Prétentions des juristes de cette Université. — 5. Différend entre les Jésuites d'Angoulême et l’évêque Antoine de La Rochefoucauld. — 6. Susceptibilité du Parlement d'Aix en Provence. — 7. Querelle avec le gouverneur de La Flèche au sujet d’un droit de pêche. — 8. Une mutinerie d’écoliers au collège de Rennes. — 9. Les Jésuites gênés dans l'usage de leurs droits par les Universités. — 10. Bienfaits et exigences du prince de Condé à Bourges. — 11. Construction de nouvelles églises en province et dans la capitale. — 12. Incident auquel donna lieu la pose de la première pierre du pensionnat au collège de Clermont. — 13, L'église du noviciat de Paris. — 14. Heureuse fin de deux insignes bienfaiteurs.
Sources manuscrites :1. Recueils de documents conservés dans la Compagnie : a) Francia, Epistolae Generalium; — b) Francia, Epistolae ad Generalem; — C) Françiae historia; — d) Campaniaé historia : — €) Lugdunensis historia. II. Archives de la province de Paris, papiers du président Rolland.
f. III. Paris, Archives nationales, H. 1802.
IV. Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, mss. 4118, n. 72. V. Renñes, Archives du Parlement.
VI. Archives départementales de la Sarthe, de l'Allier, du Cher. VII. Archives communales de Dôle,
Sources imprimées : Le Mercure françois. — D'Argentré, Collectio judiciorum. — Garasse Récit au vray (Carayon, Doc. inéd., Ui)/ — Abram, Histoire de l'Université de Pontà-Mousson. — Méchin, Annales du collège Royal Bourbon d'Aix. — Comptes-rendus au Parlement, t. VI, VII. — Viansson-Ponté, Les Jésuites à Metz. — Carayon, Histoire des
x à Congrégations de la Sainte Vierge. — E. Martin, L'Université de Pont-à-Mousson. — Favier, Note sur l'éducation d'un jeune cardinal de Lorraine. — De Massougnes, Les Jésuites à Angouléme. — Boissonnade, Histoire du collège et lycée d'Angoulême. — Clère, Histoire de l'École de La Flèche. — Semery, La Flèche au xvu° siècle. — De Montzey, Histoire de La Flèche. — De Rochemonteix, Le collège Henri IV de La Flèche. — Fornier, Histoire des Alpes-Maritimes: — Raynal, Histoire du Berry. — D’Aumale, Histoire des princes de Condé. — Piganiol de La Force, Description de Paris.\— Charvet, Étienne Martellange. —Blondel, L’Architecture française. — Germain Brice, Description, nouvelle de la Ville de Paris. — Hurtaut et Magny, Dictionnaire historique de la Ville de Paris. — De Ménorval, Les Jésuites de la rue Saint-Antoine. — Emond, Histoire du collège Louis-le-Grand. — B. de La Rogerie, Nofice sur un recueil de plans d'édifices construits par les architectes jésuites.
4. Après le récit des nouvelles fondations, il nous faut relater les faits les plus saillants de l’histoire des anciens collèges
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durant les six premières années du ministère de Richelieu.
En 1624 le duc de La Vallette, fils du due d'Épernon, résolut, à l’occasion de son mariage, de faire une entrée solennelle dans la ville de Metz dont il était gouverneur. 1] y amenaït sa jeune femme, Gabrielle de Bourbon. fille de Henri IV et de la marquise de Verneuil. La vieille cité se mit en frais Pour procurer à ses illustres hôtes une réception brillante, et le collège fut appelé à y contribuer. Le 19 avril le maître-échevin, Jean-Baptiste de Villers, ayant assemblé les trois Ordres, on charga une commission de prendre les mesures convenables. Sans s'arrêter à aucun projet « Les sieurs commis trouvèrent bon de s'adresser aux Pères Jésuites comme à ceux dont les inventions és-semblables subjects avaient paru avec satisfaction dans toute La France ». Les Pères tinrent à honneur de témoigner, en cette Occasion, leur reconnaissance envers ceux à qui «. après Dieu et Sa Majesté » ils devaient leur établissement dans la ville. « De plusieurs desseins qu'ils dressèrent à la hâte, on choisit Le plus facile : un Combat d'honneur concerlé par les quatre éléments. Ceux-ci, sous la forme de divinités païennes, devaient rivaliser à qui recevrait le mieux la duchesse, et lui adresser un compliment lorsqu'elle passerait au milieu de leurs palais enchantés, construits à l'entrée de la ville, entre la cathédrale et la porte Saint-Thibaut!.
Sur tout le parcours, les maisons étaient tendues de magnifiques tapisseries, ou ornées de fleurs et de verdure. Onze compagnies d'infanterie et trois corps de cavalerie formaient la haie.
Devant la fontaine Saint-Nicolas un arc de triomphe très élevé représentait le temple de Neptune. Le Dieu de l'Onde fit danser les naïades au chant des sirènes nageant dans l’eau. Un peu plus loin se trouvaient rangés quatre cents enfants, divisés en quatre compagnies. « {ls étaient couverts de soie, satin, taffetas ou aultre belle matière, le tout conforme aux livrées de Madame, blanc et bleu; le panache incarnat, blanc et bleu ; l'escarpin blanc: les bas incarnadins; les armes grandement reluisantes... » Chaque capitaine de compagnie vint faire un compliment à la princesse.
. A l'entrée de la place Rovale, second are de triomphe : le palais de la Terre. La déesse Flore, accompagnée de nymphes,
1. Combat d'honneur concerté par les IIIT éléments, pour l'heureuse entrée de Madame la duchesse de La Valette en là ville Metz, C'est une relation des fêtes. due probablement au P, Motet (Cf. Sommervogel, op. «cüt., 1. V, col. 1636). Voir Viansson-Ponté, Les Jésuites à Melz, p. 27, 28, et note 45.
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parsemait le sol de fleurs ; le dieu Pan venait lui offrir ses hommages; les sylvains et les satyres marchaïent en cadence au son d'un concert exécuté par les muses.
Au bas de Fournirue se dressait le palais de l'Air. Zéphir, Eurus et les autres messagers du dieu dansaïent, tandis que des rossignols artificiels faisaient entendre un chant mélodieux.
Sur la place Saint-Étienne on trouvait le palais du Feu, haut de cent pieds. A l’entour, des hommes armés de torches en forme de lettres flambloyantes, traçaient en marchant des devises et des anagrammes à l'honneur de la duchesse.
De là on la conduisit à la cathédrale où un 7e Deum fut chanté: puis on gagna en bon ordre l’hôtel du gouverneur.
Le 25 août, dans la grande salle du palais, les élèves jouèrent Philis retrouvée ou Pastorale des Nymphes d'Austrasie sur l'heureuse entrée et séjour de Madame la duchesse de La Valette en la ville de Metz. Parmi les acteurs, on remarquait Bernard . de Nogaret, proche parent du duc d'Épernon. Tous s’acquittèrent habilement de leur rôle. « Les enfants de Mefz, dit un chroniqueur, ont prouvé en cette occasion qu'ils sont aussi bien nés pour l'olive que pour la palme, ayant autant d'adresse et de bienséance aux exercices et gentillesses de la paix que de courage aux effets du champ de bataille f. » |
Le mariage du duc de La Valette avec Gabrielle de Bourbon avait été ménagé par le frère de celle-ci, Henri de Bourbon, évèque nommé de Metz. Ce jeune prélat fréquentait alors les cours du collège de Clermont, avec un autre fils légitimé de Henri IV, le comte de Moret. Tous deux se signalaient par leur piété et leur savoir. Le premier était membre de la congrégation des pensionnaires depuis 1621 ; le second devint en 1623 préfet de la congrégation des 0 ME :
L’évèque de Metz avait déjà défendu brillamment des thèses de philosophie, de physique et d’astronomie*, lorsqu'il soutint, en 1625, un acte public de théologie sur les traités De Deo uno et trino, et De Verbo Incarnato. « Quasi toute la cour, raconte le P. Garasse, le dissuadoit de faire ses réponses chez nous, mais de faire cet honneur à la Sorbonne, auquel cas il n’y auroit pas de peine d'y amener le Roy... Ce brave prince se résolut ou de
1. Combat d'honneur... cité par Viansson-Ponté, op. cof., p. 28, 29 et note 16. 2. Carayon, Histoire abrégée des congrégations, p. 139. 3. Lettre du P. Général au P. Filleau, 4 oct. 1621 (Francia, Epist. Gen., t. IV).
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ne point répondre, ou de faire cet honneur à ses maitres !, » Il
avait doublement raison, et l’on ne s'explique guère la défiance des courtisans. Ne savaient-ils pas que Louis XIIT se plaisait à honorer de sa présence les solennités scolaires du collège de Clermont? Sa Majesté avait elle-même présidé la dernière distribution des prix, dont elle avait daigné faire Les frais, et s'était vivement intéressée à la tragédie de Maurice jouée par les élèves ?. |
. Le roi accepta donc avec plaisir l'invitation du jeune prince qui lui avait dédié ses thèses. Les gravures du placard imprimé reproduisaient des scènes d'un dessin admirable. Louis XIII était assis sur un char de triomphe, trainé par quatre chevaux vus de front. Tout autour se déployait une guirlande de petits médaillons, supportés par des génies et représentant les principales villes fortes de la France.
La dispute eut lieu le jour de l'Épiphanie 1625, devant « la plus royalle et illustre assemblée qui entrât jamais au collège de Clermont * ». Aux côtés du roi avait pris place toute la cour; les ambassadeurs des puissances étrangères; le nonce du Saint- Siège; les cardinaux de La Rochefoucauld et de Richelieu; un grand nombre d’archevèques et d'évèques ; les présidents de toutes Les chambres de justice; les chevaliers de l'Ordre du Saint- Esprit; une foule de docteurs des quatre Facultés; bref tout ce que la capitale comptait de personnages distingués. On remarqua que Louis XIIT suivait la dispute avec la plus grande attention: plusieurs fois, de la main, il fit taire les chuchotements indiscrets de son entourage un peu mondain: il pria les évêques d’argumenter, voulut que tous parlassent latin et que la discussion ne sortit point des formes ordinaires de l’école. Dans l'attaque comme dans la riposte, elle fut digne de l'honorable assistance 4.
Trois semaines plus tard, le 27 janvier, dimanche de la Septuagésime, le roi revint au collège de Clermont avec le même appareil pour assister encore à un tournoi presque semblable. Le comte de Moret allait soutenir ses thèses De Universa philosophia. On vit cette fois l'évêque de Metz argumenter contre son frère, et tous deux faire assaut de subtilité, de talent et de bonne grâce. À la grande joie de Louis XIII, un gentilhomme de sa suite,
. Garasse, Récit au vray.…. (Carayon, Doc. inéd., IIT, p. 20). . Litterae ann. 1625 (Franciae historia, t. 111, 043192) Garasse 1e:
. Ibidem.
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eonnu pour bien manier l’épée, voulut montrer qu'il savait aussi manier le syllogisme ; il s'en tira fort dextrement, et à l'issue de la séance, Sa Majesté, ravie de son savoir, l’honorait d'une charge vacante.
Reconduits jusqu'à la porte du collège à travers la cour des élèves ornée d’un arc de triomphe, le roi et les seigneurs ne cachaient point leur satisfaction : jamais on n'avait vu, même dans l'Université de Paris, dispute plus habilement conduite devant plus magnifique auditoire !.
3. L'année suivante (1626) l'Université de Pont-à-Mousson célébra une fête littéraire non moins solennelle. Le prince Nicolas-Francois de Lorraine, évêque et comte de Toul, venait de terminer son cours de philosophie, pendant lequel il avait donné à ses condisciples l'exemple du travail et de l’assiduité. Le 2% février, il soutint un acte public en présence de François II son père, de Charles IV son frère, de la cour ducale, des Facultés en costume et des notabilités du pays. Le prince ayant satisfait à l'attente générale, le doyen de la Faculté de Théologie demanda « pour l’illustrissime et très digne candidat » la collation des grades académiques. Alors le chancelier le proclama suecessivement bachelier, licencié, docteur ès arts et en philosophie, et lui remit tous les insignes de sa nouvelle dignité : l'anneau, le livre, le bonnet carré, surmonté d’une touffe de soie bleue, et le manteau violet à bordure rouge. Le prince fit ensuite sa profession de foi, agenouillé devant le Recteur, et promit sur les Évangiles de garder toujours la religion catholique*.
En 1627 l’évêque de Toul se disposait à subir la tentative sur les vertus théologales et le sacrement de pénitence. Déjà l’on imprimait à Anvers « avec un grand luxe de gravure » les thèses qu'il avait dédiées au pape Urbain VIII, lorsque, le 8 septembre, des lettres de Rome annoncèrent sa nomination au cardinalat?. Il ne pouvait plus, revêtu de la pourpre romaine, descendre dans la lice, ni suivre les cours ordinaires pour achever sa théologie. Deux Jésuites lui donnèrent des lecons particu-
{. Litterae ann. 1625] (Franciae historia, t. HIT, n. 54, 55). Le Mercure françois, t. X, an. 1625, p. 878.
2. Abram, Histoire de l'Universilé de Pont-à-Mousson, p. 481-483. — E. Marlin, L'Université de Pont-à-Mousson, p- 93.
3. Favier, Note sur l'éducation d’un jeune cardinal de Lorraine (dans Mémoires de la Société d'Archéologie Lorraîne, 3° série, Î. XVI, 1888, p. 107.
lières!. En reconnaissance, il voulut, cette année-là, faire comme agonothète les frais de la distribution des prix du collège ?. Lorsqu’en 1629 il quitta l’Université, où il avait étudié pendant sept ans avec les plus beaux succès, il fut salué avant son départ par de touchants adieux. Ses condisciples le complimentèrent en quarante langues, tant anciennes que modernes, et jouèrent en son honneur un drame intitulé Justinien, premier patriarche de Venise. L'auteur, bien inspiré d'offrir un si beau modèle au jeune cardinal, avait su mêler à la louange « une lecon très efficace? ».
k. Mais tout n'était pas fêtes où événements heureux dans la vie extérieure des collèges. Quelques-uns subirent vers ce tempslà des difficultés ou des tracasseries venant dé causes diverses.
A l’Université de Pont-à-Mousson, les idées d'ndépendance dont étaient imbus les professeurs de droit menacaient toujours de troubler la paix. Longtemps assoupies, elles se réveillèrent sous le rectorat du P. Philippe Nicaud. Les étudiants Allemands imaginèrent de se grouper en Nation, et demandèrent au due Henri JE de leur accorder cette faveur. C'était une innovation dangereuse, et le P. Recteur ne manquait pas de bonnes raisons pour s’y opposer {. La requête des juristes avait été renvoyée au conservateur, Antoine de Lenoncourt, primat de Lorraine. Il vint au Pont, et essaya de régler paisiblement l'affaire en convoquant au collège le conseil de l’Université. Mais les professeurs de droit refusèrent de s’y rendre, ne voulant pas tenir séance chez les Jésuites. Le primat dut se retirer sans avoir apaisé Le conflit. IL fallait pourtant prendre une décision. Mandé à Nancy par le duc de Lorraine, le P. Nicaud combattit auprès de Son Altesse les prétentions des étudiants. Il rappela l'exemple de Cujas et de Grégoire de Toulouse, l’un et l’autre opposés aux Nations dans des circonstances toutes semblables : céder aux Allemands serait créer un précédent dont s’'autoriseraient les autres étrangers ; bientôt il ne serait plus possible de maintenir la tranquillité dans la ville. Le duc n’osa rien résoudre avant d'avoir examiné les usages des autres universités: mais son enquête ne fut pas longue. Les Allemands ayant insisté pour