Le Mercure françois, 1. c., p
2. Boissonnade, Histoire du collège.et lycée d'Angoulême, p. 63.
saint Louys ». Il demanda le P. Recteur et lui fit des observations. Le P. Claude Suffren tenait à ne froisser personne; il promit donc que le grand tableau du saint roi resterait en vue; du moins, s'il devait être caché ou en placeraït un autre plus petit au-dessus de celui du Bienheureux Père. Puis, M° Decormis insistant, il « promit tout à fait que Le tableau de saint Ignace ne seroit point dévant celuy de saint Louys ».
__« Nonobstant tout cela, ledit sieur advocat ne laissa pas d'aller proposer l’affaire à la cour. » On la mit sérieusement en délibération, et furent « plusieurs choses dites là-dessus, entre autres. qu'il ne fesoit point beau voir qu’un Espagnol tournast le dos à un saint Louys et à un Roy de France ». Sur les conclusions du procureur général, la chambre des vacations fit « défense au Recteur du collège et autres ayant charge dans l’église d'iceluy, d’oster ni changer de sa place ordinaire l'image et portrait de saint Louys qui est au maistre-autel, pour quelque cause et prétexte que ce soit, à peine de saisie de tous les revenus et gages établis pour l'entretien dudit collège, et autres arbitraires ».
Vers 10 heures du matin un huissier se présenta au collège Royal-Bourbon pour intimer l'arrêt. Le P. Recteur répondit qu'il « estoit prest pour obéir à la Cour, mais qu’elle eust esgard aux autres églises, et à Aix et ailleurs, qu’on ne faisoit aucune difficulté, le jour des festes des Saints particuliers, de mettre sur l'image du mestre-authel le tableau du Saint dont on faisoit la feste, et que dans Paris mesme, en la présence du Roy, qui ne
manque point d' aller à nostre église tous les ans le jour de
saint Ignace quand il est dans Paris, on couvroit le tableau de
saint Louys, pour y mettre dessus celuy de saint Ignace. Et que de plus la Cour n’avoit point eu occasion de faire arrest, puisqu'au seul signe de lAdvocat général susdit, il s'estoit porté à condescendre à sa volonté, ayant commandé au sacristain de lesser l’image de saint EU en sa veue ordinaire, et loger ailleurs le tableau de saint Ignace.
« Nonobstant çes responses, on obéit à l'arrest qui, estant sceu par toute la ville, feut cause que le lendemain y eut meilleure compagnie tout le long du jour, parce qu'on venoit voir comme quoy les deux images estoient disposées!. »
Telest, au vrai, le récit de cet incident, présenté par un auteur du xvinc siècle comme un exemple de l’insupportable ambition
1. Méchin, Annales du collège Royal Bourbon d'Aix, 1 I, p. 43, 44.
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des Jésuites !. N'est-ce pas plutôt une nouvelle preuve que les actions les plus innocentes ne sauraient trouver grâce auprès des esprits prévenus”? De là, dans l’histoire impartiale, la nécessité de remettre en lumière certains faits qui par eux-mêmes n’auraient qu'une bien minime importance.
7. C'est le cas pour le différend survenu, en 1630, entre le collège de La Flèche et le gouverneur de cette ville. Tous les historiens du lieu l'ont rapporté, mais pas toujours sous son véritable aspect *. Il sera facile de rectifier leurs nombreuses inexactitudes. à l’aide des procès-verbaux de l’affairé conservés à la Bibliothèque de l’Arsenal.
A la mort de Guillaume Fouquet, marquis de La Varenne, son fils, René de La Varenne, baron de Sainte-Suzanne, lui succéda dans le gouvernement de La Flèche. Autant le père avait moniré d’affectueux empressement à favoriser les Jésuites, autant le fils déploya de zèle ingénieux à les tracasser. Contrairement aux dernières volontés paternelles, il refusa de leur payer une somme de douze mille livres qu’il avait été chargé de leur remettre pour l’achèvement de leur église ; bientôt, sous prétexte de revendiquer un privilège illusoire, il passait à l'hostilité ouverte et brutale. Voici à quelle occasion.
Eu vertu d’une autorisation donnée à son père par Henri IV, M. de La Varenne avait le droit de pêcher dans les fossés de ka Flèche ; 11 prétendit Fexercer même dans ceux qui traversaient la
propriété des Pères. Les religieux protestèrent, exhibant leurs.
titres formels : eux seuls, par suite de la cession du domaine royal, avaient le droït de pêche dans les douves du col-. lège | Un jour — le 18 mars 1630 — un de leurs domestiques y ayant pris du poisson, le gouverneur le lui fit enlever par son maître
: d'hôtel et lui défendit « à peine des étrivières » de jamais recom-
mencer. Averti, le P. Procureur courut chez M. de La Varenne: mais en vain lui remontra-t-il doucement l'injustice de ses pro-. cédés. « SI je n’ai pas la justice pour moi, répliqua le marquis,
Annales de La Société des soi-disans Jésuites, t. I, p. 378, n. 4, . Clère, Histoire de l'Ecole de La Flèche. — Sémery, La F lèche au XVI siècle, — Ch. de Montzey, Histoire de La Flèche. — Marchant de Burbure, Essais Ristoni i-
ques sur la ville et le collège de La Flèche.
3. Mémoires et titre touchant le droit de pêche attaqué par M. de La Varenne (Archives. de ia Sarthe, D., L f. 12).
j'aurai la force; je pêcherai dans les douves quand bon me semblera, et je défends aux Jésuites d'y: pêcher !. »
Trois semaines après, le 6 avril, ses serviteurs viennent y tendre des engins. Le Frère cuisinier les aperçoit; homme « un peu extravagant et mal assuré de son esprit », il se fâche, lance des pierres æi blesse l’un des pêcheurs, qui trouvent prudent de se retirer. Mais le soir mème, ils reparaissent. Alors le P. Ministre, en barque, s'approche d'eux, leur enjoint au nom du roi de s’en aller, et, « par advis de conseil, pour maintenir les droits » du collège, il coupe quelques mailles de leurs filets.
En usant de ces moyens les Jésuites avaient suivi le conseil des «gens de justice »; ils ne tardèrent pas à s’en repentir. Le 9 avril, le gouverneur lui-même, à la tête d’une troupe armée « de bastons à feu, de piques et de pertuisanes », s'apprête à surveiller de loin ses pêcheurs, et à leur prêter main-forte s’il le faut. Les Pères sont inquiets. De la part du Recteur, Claude Noirel, le professeur d’Écriture Sainte et un autre se rendent à l’hôtel de ville, pour demander protection contre les sévices dont on les menace « sous prétexte de pesche dans Les fossez ». Aussitôt le maire et les échevins vont trouver le gouverneur; ils le supplient « d’empescher qu'il se commist violence en la personne ou biens desdits Pères ». — Je n’ai point cette intention, répond La Varenne; mais je veux pêcher devant leur maison comme c’est mon droit; à deux reprises ils ont repoussé mes gens; cette fois « Je me tiendrai près en personne avec mes hommes »., et vous pouvez « assurer les Jésuites qu'ils ne souffriront auleun tort ».
Les officiers municipaux portèrent « ces paroles de sûreté » au collège. Mais les Religieux, connaissant le caractère emporté du marquis, avaient, disaient-ils, « justes raisons d'appréhender ». Ils prièrent donc les maire et échevins de rester auprès d'eux « et estre présens pour empescher qu'il ne leur fust faict désordre ». Les magistrats acceptèrent et n'eurent pas à attendre longtemps. Comme ils se dirigeaient versle mur d'enceinte, lesdomestiques du gouverneur commencçaient à jeter leurs filets dans les douves. A une centaine de pas se tenait M. de La Varenne, entouré d'hommes armés. Debout sur la muraille le procureur du roi, Charles Marsellier sommait au nom de la loi les pêcheurs de se retirer. N'étant
1. Pour ce récit nous suivons les procès-verbaux de l'hôtel de ville « touchant le différend d’entre les Jésuites de La Flèche et M. de La Varenne » (Bibl. de l'Arsenal, mss. 4118) et le Mémoire manuscrit d'un P. Jésuite conservé à La Flèche. Cf. de Rochemonteix, op. cil., t. I, p. 169 et 283.
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pas obéï, il conseille aux Jésuites « de laisser sortir leurs escholliers pensionnaires et faire donner sur les dicts domestiques et pescheurs ». Les Pères refusent « crainte de séditions ». Se tournant alors vers les officiers municipaux, M° Marsellier leur dit «qu’il faut faire prendre les armes aux habitans pour défendre les droits du collège contre les prétentions du gouverneur ». A quoi le maire s’empresse de répondre qu’il ne consentirait point, pour cette affaire, à une rébellion. À bout de moyens, le procureur du roi se tira de son rôle quelque peu ridicule en dressant un procès-verbal « qu’il enverraït au roi », et en menacant les pêcheurs de prison. Ceux-ci n’en continuèrent pas moins « la dicte pêche à laquelle s'opposèrent les dicts Pères Jésuites par un acte qu'ils firent dresser par un notaire ». Là-dessus les deux partis se replièrent en bon ordre.
Mais le litige demeurait et les choses ne pouvaient que s’envenimer. En effet, le jour suivant, les Pères apprirent de personnes « d'honneur et dignes de foi qu’on avoit de mauvais desseings sur le collège » ; le marquis avait convoqué « plusieurs tant bouchers que aultres personnes du dehors de la ville... avec armes, picqs et aultres ferrements ». Le P. Recteur s'exagéra peut-être le danger; toujours est-il qu'il fit fermer les portes de la maison et de l’église, et ordonna de suspendre les cours. Ce fut cause d’un grand émot dans la petite ville où habitaient de nombreux externes : les uns prenant parti pour les Jésuites et les autres pour Le gouverneur, on pouvait craindre de graves désordres. Le jeudi 11 avril les officiers municipaux exigèrent du P. Recteur la réouverture des classes : « J”y consens volontiers, leur répondit-il, mais à la condition que vous prendrez sous votre sauvegarde nos personnes et nos biens. » Le maire assura qu'ilempêcherait toutes voies de fait, et les externes furent admis aux cours dès le lendemain !.
Le bruit de cette querelle étant venu à Paris, les courtisans n'épargnèrent point les quolibets au gouverneur de La Flèche. « On riait de ce bon marquis de La Varenne qui n'avait osé aller au siège de La Rochelle et qui avait été hardiment et en homme intrépide assiéger le collège; pendant que la noblesse de France servait vaillamment Sa Majesté sur les champs de bataille, lui allait à la guerre des grenouilles ?.. » Le Conseil d’État, auquel le
1. Procès-verbaux déjà cités. Cf. Sémery, op. cit., p. 18. — De Montzey, op. cil., p- 62.
2. Mémoire manuscrit d'un Père Jésuite, déjà cité. Cf. De Rochemonteix, op. cil., I, p. 174.
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P. Noirel avait porté plainte, envoya un maître des requêtes pour procéder à une information. Instruit du résultat de l'enquête, Louis XIII fit savoir au gouverneur, par une lettre de cachet, qu'on avait trouvé ses procédés fort blâmables, et qu'il eût à cesser ses violences contre les Jésuites. En même temps le marquis d’Effiat, le duc de Montbazon et Le prince de Condé s’entremettaient pour apaiser le différend. Peine perdue : ni la lettre
du roi, ni les moqueries de la cour, ni les conseils d’amis ne parvinrent à calmer René de La Varenne. Il ne s’apaisa qu’en 1634, lorsque les Jésuites désirant avoir la paix, lui offrirent, pour l’abandon de son prétendu droit de pêche, une somme de mille écus . Il les accepta sans se faire prier. C’est là sans doute qu'il voulait en venir !.
8. On sait qu'au xvu‘ siècle la turbulence de la gent écolière n’était pas le moindre souci des directeurs de collège. Les Pères de la Compagnie de Jésus, malgré leur vigilance et leur discipline, ne parvenaient pas toujours à éviter les abus résultant surtout du grand nombre des élèves, Ceux-ci, presque tous externes et disséminés dans différents quartiers, échappaient aisément au contrôle des maitres et pouvaient préparer dans l’ombre des avanies inattendues.
Le collège de Rennes comptait en 1629 plus de quinze cents Jeunes gens de tout âge et de toute provenance, depuis les classes de grammaire jusqu’au cours de théologie ?. Or, il prit un jour fantaisie à quelques paresseux de machiner une petite révolte
contre l'autorité scolaire. Ils se plaignaient de ne pas avoir assez
de congés, et résolurent d'obtenir de vive force la suppression de certaines classes. Un jeudi matin, le 3 mai 1629, les rebelles, au nombre de sept, se rendirent au collège précédés d’un fifre et de deux tambours. Le principal meneur, Jean Josset « moine de haute stature, presque point de barbe, habillé de noir..., parut le premier devant la porte, l’espée nue et proférant des blasphèmes exécrables », Les autres se rangèrent autour de lui, dégainèrent et, à son exemple se mirent « à frapper indifféremment ceux de leurs camarades qui se présentaient pour entrer ». Les Pères ayant voulu intervenir, Josset « avec menaces et jurements » leva son arme sur le professeur de logique. Cependant Les bons élèves