Annales prov. Aquitaniae, 1630 (Aquitan. hist., n
2. Projet d'établissement à Châteauroux (Archiv. du Cher, D. 32). — D'Aumale, Histoire des princes de Condé, t: I, p. 144, 145. 3. Francia, Fundat. colleg., t. I, n. 98. — Comptes rendus au Parlement, t. VIE,
p. 148. — Raynal, Hisloire du Berry, t. I, p. 461. 4. Contrat du 16 juin 1625 (Francia, Fundat. colleg., t. I, n. 85).
date de l’incorporation du collège, le P. Recteur « comme représentant le décanat de la Faculté des Arts » avait coutume de prêter serment entre les mains du Recteur de l’Université. Cette formalité à laquelle on s'était soumis jusqu'alors, le P. Foissey ‘ avait volontairement omis de la remplir. L'Université en prit prétexte pour refuser les grades aux philosophes de Sainte-Marie. Quand arriva le moment des examens, elle décida « qu’on ne pouvait passer outre à la maitrise des arts » et nomma des députés pour expliquer à « Monseigneur le prince » les motifs de cette mesure !. Les Jésuites, de leur côté, ayant exposé leurs raisons, Condé trancha en leur faveur : on convint que désormais le Recteur du collège serait exempté du serment *?.
L'harmonie semblait donc parfaite entre les Pères et Le gouverneur du Berry, quand un léger incident menaça de la troubler. Le contrat du 16 juin formulait plusieurs conditions opposées à l’Institut. Le P. Vitelleschi refusa de le ratifier s’il n’était pas corrigé. « Mieux vaut, disait-il, renoncer à tous les avantages offerts que d’enfreindre un seul point des Constitutions. » Il ne pouvait approuver l'obligation civile d'enseigner la théologie et de donner deux missions perpétuelles, non plus que la clause finale par laquelle les Pères seraient déchus de tous leurs droits, s'ils négligeaient quelqu’une des conditions du contrat ?. Il signalait en outre quelques formules surannées, par exempte la présentation d’un « homme vivant et mourant *», et quelques expressions dérogeant à l'usage, comme celle de « Société du nom de Jésus ». Mais ces derniers défauts, ainsi que le faisait observer le P.Foissey, devaient être attribués au style du notaire publie. Quant au droit de main-morte, Condé y renonçait tout en conservant la fiction *.
Quoi qu’il en soit le P. Général insistait pour qu’on remédiât du moins au vice essentiel du contrat, et afin de tranquiliser M. le Prince sur les intentions de la Compagnie, il imposait au Recteur et à ses successeurs, au nom de l'obéissance religieuse,
1. Plaintes du Recteur de l'Université, 19 juillet 1625 (Archiv. de la Prov. de Paris, Papiers du Président Rolland). Cf. Archives du Cher, E, 1637.
2. Lettre du P. Grandamy au P. Général, 9 janvier 1636 (Francia, Epist. ad Gen., t. I, n. 45).
3. « Notanda in contractu Bituricensi » (Francia, Fundat. colleg., t. I, n. 92, 93).
4. Coutume féodale destinée à conserver au suzerain ses droits sur le fief qui lui échappait en passant à-une communauté; celle-ci ne mourant point, le seigneur n’aurait pu autrement exercer les droits auxquels donnait lieu l'ouverture de la succession.
5. Lettre du P. Foissey au P. Général, 8 janvier 1626 (Francia, Epist. ad Gen., t. I, n, 44).
l'obligation d’enseigner au collège la théologie et la langue hébraïque, et d'envoyer chaque année des missionnaires évangéliser Châteauroux et les environs !, La mort du P. Coton, survenue au moment des pourparlers, ne permit pas d'apporter immédiatement au contrat les modifications désirables. Le nouveau Provincial, le P, Filleau, trouva M. le Prince très cons ciliant sur les points principaux, maïs moins bien disposé sur les secondaires ?. Pour faciliter les choses on envoya de Rome une formule se rapprochant le plus possible du projet primitif 5, et, le 16 octobre 1627, un nouveau contrat fut passé à Bourges entre les Pères du collège Sainte-Marie et le prince de Condé.
Après l'indication des seigneuries, terres et fermes d’où proviendrait la rente annuelle de quatre mille livres, venait l'énoncé des clauses dont plusieurs sont à remarquer :
1° Cette cession étant faite en vue de rendre le collège de Bourges parfait et accompli, on y Hira, à l'instar des collèges de Lyon Tournon, Avignon et autres lieux « toutes les mesmes facultés etsciences ». En outre, le P. Général ordonnera aux supérieurs d'envoyer chaque année en temps convenable quelques Pères, approuvés de l’Ordinaire, pour faire des missions tant à Châteauroux qu'aux lieux circonvoisins, « selon la forme et Institut de ladite Compagnie ».
2° De plus, les Pères moyennant lasomme de douze mille livres que Monseigneur leur a payée comptant, seront tenus de construire « dans deux ans, ou plus tost si faire se peut », un corps de logis où ils seront « tenus de loger Monseigneur le duc d’Anguien et autres enfants de mondict seigneur le prince, si aucuns en naissent, tant qu’il plaira audiet seigneur les tenir au collège pour y estudier ».
3° À l'endroit le plas apparent des constructions nouvelles « seront apposées les armes » de Condé, et aussi une plaque de marbre sur laquelle sera faite mention sommaire, en grosses lettres d'or, de ses libéralités et munificences « afin que chascun recognoisse qu'il est insigne bienfaiteur desdits Pères ».
4° À l'ouverture annuelle des classes, à laquelle seront invités « mondit Seigneur le Prince, messeigneurs ses enfants et descen-
. « Institutio Theologiae et linguae hebraicae, 8 mars: 1626 (Variae Faculfates pro variis Collegiis. — « Fundatio missionum pro oppido Castri-Rodulphi », 9 mars 162%6 (Ibidem),
2. Lettre du P. Filleau au P. Général, 26 sept. 1626(F rancia, Epist. ad Gen., t. I, n. 69).
3. Lettre du P. Général au P. Foissey, 30 juin 1626 (Francia, Epist. Gen., t. IV).
dans d’eux » on fera « mention honorable par quelque beau discours des dites libéralités et bienfaits », pour en rafraichir la mémoire au public et aux auditeurs.
5° Si les Pères viennent « à manquer et défaillir d'entretenir le collège en ladite forme et qualité. » ils seront « privés de la jouissance des choses cy-dessus » et Monseigneur le prince en pourra autrement disposer. Toutefois en cas de cessation, ils ne seront point tenus à la restitution ni de la somme de douze mille livres employées à la construction des bâtiments, « ny des interêts d’icelle ». ; |
6° Et devront les Pères Jésuites « faire approuver le présent contrat par leur Révérendissime Père Général et délivrer à mondict Seigneur les actes de ladite approbation dedans six mois! ». |
Bien que ce contrat ne füt pas tout à fait conforme au projet envoyé de Rome, le P, Vitelleschi le ratifia ; mais dans ses patentes il eut soin d’exclure en termes formels toute obligation civile pour les ministères de l’Institut ?. Cette restriction irrita le prince de Condé. Ne parvenant pas à le calmer, le P. Recteur eut l’imprudence de lui promettre d'obtenir dans trois mois une nouvelle approbation qui le satisferait, pleinement #. Or, le maintien de la restriction paraissait un devoir de conscience au P. Général. Loin d'y renoncer, il recommanda au P, Filleau de faire tout le possible pour amener le prince à ne rien exiger de contraire aux Constitutions *. Un expédient fut alors imaginé : le notaire qui avait dressé le contrat, accepterait au nom du prince les lettres d'approbation du Général portant la restriction, mais il se contenterait de faire mention de ces lettres à la suite du contrat en ne citant que les premiers mots et la date 5. Vitelleschi agréa la solution proposée, pourvu que le notaire recût du prince, en présence de témoins, le pouvoir d'accepter les patentes d’approbation, puisqu'il n'avait aucune autorité pour le faire de luimême.
Aïnsi se termina en 1631 cet incident qui avait duré plusieurs
1. Contrat du 16 octobre 1623 (Francia, Fundat. colleg., t. F, n. 98).
2. Patentes du P. Général, 7 février 1628 (Gallia, Variae Facultates, p. 49). Lettre du P. Général au P. Filleau, 27 janvier 1628 (Francia, Epist. Gen., t. IV).
3. Lettre du P. Filleau au P. Général, 25 janvier 1630 (Francia, Epist. ad Gen., {.1 n. 81). Ë
4. Lettre du P. Genéral au P. Filleau, 25 mars 1630 (Francia, Epist. Gen., t. IV)
5. « Notanda in contractu Bituricensi» (Francia, Fundat. colleg. t. I, n. 90).
6. Leltre du P. Général au P. Jacquinot, 3 janvier 1631 (Francia, Epist. Gen., t IV).
années. D'ailleurs on n’eut point à regretter d’avoir établi l’enseignement supérieur au collège de Bourges ; il y prit une grande mportance ; les cours étaient suivis par un nombre considérable d'auditeurs, au milieu desquels on voyait de temps en temps d’illustres personnages et le gouverneur du Berry lui-même.
11. À part les quelques difficultés mentionnées ci-dessus, les collèges et maisons de la Compagnie poursuivaient leur œuvre bienfaisante, dans tout le royaume, avec une tranquille prospérité. De généreuses aumônes permettent alors la construction de nombreuses églises. Celles du noviciat de Rouen, des collèges d'Eu, de Limoges et de Reims s'achèvent ; celle du collège de Séns est commencée ; celle deMauriac est ouverte au culte, on pose la première pierre à Rennes !, à Béziers, à Auch, à Aurillac, à Carpentras, à Chaumont.
L'église de Chambéry s'élevait peu à peu, quand le 44 février 4627 un violent incendie détruisit une partie du collège. On découvrit le lendemain que le sinistre ne pouvait venir que d’une main criminelle restée inconnue. Mais, dans cette pénible circonstance, les Jésuites purent éprouver combien leur dévouement à la jeunesse leur avait gagné de solides sympathies: sénateurs, religieux, bourgeoïs, artisans, tous se firent un devoir de leur porter secours?. Le premier étage, où se trouvaient les chambres des Pères avait été le plus endommagé : de tous côtés on leur offrit en ville des logements. Les classes n’ayant pas été détruites, il n’y eut pas d'interruption dans les études. Le duc de . Savoie, Charles-Emmanuel, que le P. Général avait déclaré fondateur en 1612, se chargea de reconstruire tout le collège”.
À Paris, rue Saint-Antoine, l’ancien « hostel d’Anville » et la modeste chapelle aménagée en 1580 par les soïns du cardinal de Bourbon # ne suffisaient plus depuis longtemps au développement des œuvres de la maison professe. Les Pères achetèrent quelques maisons voisines, sur l'emplacement desquelles ilsproje-
1. Sur la construction de. l'église de Rennes, voir G. de Saint-Sauveur, op. cûl., p.7 et suiy.
9. Lettredu président du Sénat au Prince Thomas, gouverneur de Savoie, 15 février 1627 (Lugdun. historia, t. I, n. 54).
3. « Narré de l’embrazement du collège de Chambéry » (Lugdun., Fundat. colleg.,
t. II, n. 138). Note du P. L. Michaelis sur les dons de Charles-Emmanuel (Jbidem,
4. Voir tome IL p. 36, 37; Piganiol de La Force, Description de Paris, t. IT, p.35 et suiv. me
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