‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 166 sur 308 · LES CONSTRUCTIONS D'ÉGLISES · texte numérisé non relu

LES CONSTRUCTIONS D'ÉGLISES

Le plan et élévation de l’Église de Saïint-Louys de la rue Saint-Anthoïne, à Paris, premièrement planté et eslevé jusques aux impostes par l'ordre du Frère Martellange, continué par le P. Derand et achevé de conduire par Frère Turmel, dont la première messe fut dite par le cardinal de Richelieu, Le Roy et toute la cour y assistant, 16421, »

Cette note, très droba ble ent de Turmel, établit clairement la part respective des trois architectes de la Compagnie dans la construction de l’église actuelle Saint-Paul-Saint-Louis2. Le plus habile et le plus justement célèbre des trois5 était Martellange. Si les supérieurs lui avaient laissé une complète indépendance, sans doute il aurait su éviter les défauts remarqués par tous les connaisseurs dans cet édifice, qui n’en reste pas moins un « alliage très intéressant d'art français et d'art italien* ». Pour quel motif n’a-t-il pas seul « conduit » les travaux jusqu’à leur entier achèvement, nous l'ignorons. Une lettre que lui écrivait Le 14 septembre 1628 le P. Général nous apprend qu'il s'était plaint en haut lieu des modifications apportées à son plan primitif, et Vitelleschi, un peu surpris lui-même de ces changements, RES PAT la patience, source de tant de mérites’. Aussi bien cet artiste réputé n'avait point perdu l'estime des supérieurs, et bientôt, à Paris même, ils le choisiront comme architecte d’une autre église.

1. Voir Bourde de La Rogerie, Notice sur un recueil de plans d’édifices construits par les archilectes de la Compagnie de Jésus, 1607-1672. (Mémoire lu à La réunion des Sociétés des Beaux: Arts des départements, tenue à Paris le 7 avril 1904).

2, L'exactitude des détails donnés par Turmel est confirmée par les catalogues de la Compagnie. Nous y voyons en effet que Francois Derand vint à la maison professe en 1630 et y resta plusieurs années avec le titre de praefectus fabricae. En 1638 c’est Charles Turmel, venant de Blois qui prend ce titre.

3. Nous avons déjà donné une courte biographie de Martellange (Tome III, p. 100). — François Derand, né dans les Vosges en 1591, entra dans la Compagnie à Rome en 1611 et mourut en 1644. Après avoir été professeur de grammaire, fait ses études de théologie et professé les mathématiques au collège, il s’occupa d’architecture à partir de 1623; il se livrait en même temps au ministère de la confession et était un directeur très zélé et très goûté. Etant tombé malade il fut appelé à Agde par l'évé- : que de cette ville, son ami, et y mourut. Sur ses talents et ses travaux voir Charvet (Etienne Martellange, passim).

Charles Turmel, né à Quimper en 1597, entra dans la Compagnie en 1623. On le voit de bonne heure appliqué aux travaux d'architecture, d'abord comme socius praefecti fabricae en 1627 au collège de Rouen; puis bientôt il est lui-même praefectus fabricae à Orléans, à Blois, à Paris, à Vannes. Enfin à Quimper, depuis 1667, il est architectus ; c'est là qu'il mourut à l’âge de quatre-vingts ans, dont cinquantequatre passés dans la CADRES On y avait admiré son application au travail et sa . piété.

. 4. Marcel Reymond, L'art de la contre-réforme dans la Revue des Deux-Mondes, LXXXI année, t. IV, p. 47 et suiv.).

5. Lettre du P. Général au Fr. Martellange, 14 sept. 1628 (Francia, Epist. Gen., t. IV).

12. Il semble toutefois qu'il n’eut aucune part dans la reconstruction alors entreprise du collège de Clermont. Les anciens bâtiments, « fort vieils et caducqs », étaient devenus trop étroits et trèsincommodes. Obligé d’abattre et de rebâtir par parties, on résolut de commencer par l'habitation des pensionnaires !; et ce fut, croyons-nous, sur les plans d’Augustin Guillain, architecte de la ville?. On ne s’expliquerait guère autrement sa présence à la pose de la première pierre. |

Elle devait avoir lieu le 8 août 1628. Quelques jours auparavant le P. Ignace Armand et plusieurs autres Pères se présentaient au Bureau de la Ville et invitaient le prévôt des marchands et les échevins à mettre eux-mêmes la pierre fondamentale du nouvel édifice. Le prévôt leur répondit « qu'ils estoient les biens venus, que la ville estoit disposée de satisfaire officieusement à leur désir tant par la considération de leur mérite particulier, que par ce qu’elle doibt au grand exercice des bonnes lettres qui se faict audict collège; pour ce leur promet de le visiter mardy prochain, sans cérémony néantmoings et sans archers, ce qu'elle n'entreprend jamais sans lettres du roy ».

Au jour convenu, le prévôt des marchands, Nicolas de Bailleul; les échevins, Pierre Parfait, Denis Maillet et Augustin Le Roux; le procureur du roi, Gabriel Payen; le secrétaire de la mairie Guillaume Clément, et le receveur de la ville, Char- : les Le Ber, se rendaient « en carrosses » au collège où plusieurs d’entre eux avaient leurs enfants. Reçus solennellement et « avec grandes exclamations de joye par une multitude d’escoliers tant grands que petits », puis conduits par les Pères « au lieu et endroit qui estoit préparé », ils posèrent la première pierre suivant les formalités d'usage, la truelle et le marteau d'argent leur étant présentés par l'architecte Guillain. Sur cette pierre fondamentale ils placèrent une plaque de marbre noir portant leurs noms en lettres d’or; puis ils mirent par-dessus quatre des médailles gravées à cette occasion et représentant d'un côté Le portrait du roi, de l’autre les armes de la ville avec diverses inscriptions. « Et

1. Lettres du P. Général au P. Filleau et au P. Armand, 21 mars 1628 (Zbidem).

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