Mémoires de Niceron, t. XXXVIII, p
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puissant protecteur; cependant il lui laissait toute liberté d'agir comme bon lui semblerait !. « Quelle n’est pas votre délicatesse pour moi, répondit le P. Petau, de désirer connaître mon avis dans une matière où c'était votre droit de décider par vous-même. Je ne saurais vous exprimer combien j'en suis touché, d'autant plus que vous me faites juge de mon sort en m'ordonnant de vous dire smcèrement et librement les obstacles qui pourraient s'opposer au dessein du roi eatholique 2. » Après avoir exposé avec franchise que sa santé délabrée le rendait incapable de faire le voyage d'Espagne et de supporter les chaleurs accablantes du pays, 1l ajoutait ç « Je m’abandonne à la sollicitude de Votre Paternité. Quoi que vous décidiez, je le regarderai comme l'expression de la volonté de Dieu, et je ferai en sorte de l’exécuter généreusement, avec promptitude et avec joie. » Le P. Général n'insista pas. « Je savais, écrivit-il au P. Petau, que l’état de votre santé ne vous permettrait pas d'accéder au désir du roi catholique ; mais il vous avait demandé nommément et avec insistance. Je devais, pour reconnaître sa bienveillance à notre égard, mettre tous mes soins à le satisfaire. J'accepte vos légitimes excuses, si bien motivées; il ne faut nullement exposer une santé précaire que vous Saurez encore employer fructueusement, comme par le passé, à l'honneur de la Compagnie. » Un jésuite Portugais, le P. François Macedo fut nommé professeur d'histoire à Madrid, et Denis Petau put continuer de se livrer en France à la composition et à la publication de ses importants travaux.
En 1627 il avait mis à jour son fameux livre De Doctrina temporum. Expliquant le titre, dans la dédicace au cardinal de Richelieu, il s’exprimait ainsi : « Saint Augustin, au livre X[° de ses Confessions, disserte savamment sur la nature du temps, ce qui ne l'empêche pas d'avouer ensuite, au livre XXV,, son ignorance à ce sujet. Quest-ce que le temps? écrit-il. Si personne ne me le demande, je le sais; mais sion m'interroge, je reste à court d'explications. Il ne s'agit pas dans cet ouvrage d'étudier le temps en lui-même, mais dans ses rapports avec l'existence des hommes et des peuples, et d'en faire sortir cette science particulière que nous appelons /a science des tempst. »
En pareille matière, avant l'apparition du livre du P. Petau,
1. Lettre du P. Général au P. Petau, 24 janvier 1629 (Francia, Epist. Gen., t. V).
2. Lettre du P. Petau au P. Général, citée par Chatellain, Le P. Deñis Petau. p. 215-217.
3. Lettre du P. Général au P. Petau, 19 avril 1629 (Francia, Epist. Gen;, t. V)