‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 197 sur 308 · Vie autogr., €. GLxx · texte numérisé non relu

Vie autogr., €. GLxx

4. Viede la:R:M. de Matel, p.57: — Sur de mysticisme de la Mère'de Matel, voir Brémond, op. cit.,t. VI, p. 267 et suiv.

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manifestée en son temps. Vous travaillerez presque pour vous seule, si vous allez prendre le voile quelque part, etil me semble que Dieu vous destine à aider le prochain. Donc, mon conseil est qu'attendant ce qu'il plaira au saint Amour de faire de vous, vous continuiez de le servir fidèlement dans l’état où vous êtes, sans anxieusement penser à autre chose et, faisant ainsi, l'heure viendra, où vous vérrez à découvert ce: que vous devez entrez prendre!. » L'avenir allait montrer l’ opportunité de cette déct- Sion.

Ce fut encore le P. Jacquinot qui trancha (et certes au gré du. Divin Maitre) la question de la communion fréquente, Dans-une apparition, Notre Seigneur, après avoir encouragé la jeune fille, avait ajouté : « Dis à ton confesseur que: je veux que tu me recoives tous les jours?. » Le P. de Villars, auquel Jeanne s'adressait alors, hésita; mais le P. Jacquinot consulté donna aussitôt toute permission, Combien il avait ainsi répondu au désir: du: Sacré Cœur, Jésus lui-même: daigna: le: déclarer:à sa servante dansune de ses premières communions quotidiennes. « J'ai béni, dit-il, et bénirai ce Père de ce qu'il à connu ta faim et qu'il'y à pourvu. Je le délivrerai de'ses ennemis aux jours mauvais en récompense de sa charité. » Touchante parole, précieuse assurance donnée aux apôtres de la communion fréquente.

Ceel se: passait au mois d'août 1620: À partir de ce moment Notre Seigneur multiplie ses faveurs ; de plus en plus clairement, il manifeste à cette âme privilégiée son grand: dessein: sur elle.

« Je tai destinée à instituer un ordre sous mon Nom et qui honorera, ma. Personne, incarnée pour l’amour:des hommes. De: mème que j'ai choisi le bienheureux Ignace: pour'instituer une: compagnie d'hommes sous mon:Nom, je t'ai choisie pourinstituer une congrégation de fillesé, » Puis, dans des visions successives, le but, Le plan, le caractère. du: futur Institut se précisent. Le 15 janvier 1625, pendant qu'elle: assiste à la messe du P. Goton; Jeanne de Matel connait par révélation le: costume: que devront porter ses religieuses : la robe blanche et le manteau rouge. Un: peu plus tard, étant em oraison:dans l'église du:collège;. elle voit: une couronne d’épines: au milieu de laquelle était: marqué le: saint nom de Jésus au-dessus d'un cœur: percé de trois clous et

Vie de la R. M. de Matel, p.58, 59.

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. Vie autogr., c. xxxv. — Vie de la R. M. de Matel, p. 63

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renfermant ces mots : Amor meus. Et Notre Seigneur lui dit de faire mettre sur le scapulaire de ses fidèles épouses ce qu’elle a vu dans cette vision!. Puis il la pressait de se mettre à l’œuvre.

Mis au courant de ces faits surnaturels, le P. Jacquinot fut d'avis qu on ne devait pas attendre davantage. Quittant donc la maison paternelle, Jeanne, avec deux compagnes, Catherine Fleurin et Marie Figent s'installa d’abord dans une maison appartenant à M. de Chenevoux. Cinquante écus composaient tout leur avoir. Ainsi naissait dans Le dénüment l’ordre du Verbe Incarné. La Providence lui vint en aide. Bientôt une pieuse veuve, M"° Claude Bernard, très instruite, très adroite et douée d’un véritable talent pour élever la jeunesse, s’adjoignit à la nouvelle communauté; grâce à cette recrue on put commencer à recevoir des pensionnaires?.

Avant même de quitter le monde, Jeanne de Matel avait dressé un plan de Constitutions. Aussitôt réunies, elle et ses filles les observèrent avec une édifiante exactitude. En 1627, profitant du jubilé accordé par Urbain VIII, la fondatrice, sur l’unitiative du P. Dupont, se rendit à Lyon pour demander à l'archevêque l'approbation canonique. Charles Miron fit examiner la requête par le R. P. Morin de l’Oratoire; et celui-ci ayant donné un avis très favorable, le prélat, persuadé « que ce dessein était de Dieu », approuva la congrégation pour Roanne. Ce n’était là que les modestes débuts de l'Ordre du Verbe Incarné. Son développement, entravé par de Iongues et humiliantes contradictions, ne fut pas rapide. Le raconter nous entrainerait loin de notre sujet. Quelques mots seulement sur Le rôle des Jésuites et l’appui qu'ils donnèrent à la Mère de Matel en diverses occasions.

Ce furentdeux Pères de la Compagnie, AntoineMillieu et Charles Maillan, qui lui conseillèrent de s'établir à Lyon. Elle travailla près d’un an avec succès à la fondation d’un monastère en cette ville; mais, premier contre-temps, la mort soudaine de l’archevêque et l'apparition de la peste arrétèrent son entreprisef. A la fin de l’année 1628, appelée par les PP. Arnoux et Jacquinot pour un établissement dans la capitale du rovaume, elle se rendit à Paris : là, ceux qui avaient été jusqu'alors ses meilleurs soutiens, durent tout-à-coup l’abandonner. Elle venait de faire

. Vie autogr., ©. xLuI. — Vie, p. 87. « . Vie de la-R. M. de Matel, p.92, 100.

. 1bidem, p. 108.

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une retraite avec le P. de Lingendes, quand arriva aux de

des trois maisons de Paris la dti formelle du P. Général de

s'occuper d'elle et de son œuvre. Que s’était-il done passé? Son séjour dans la capitale, la renommée de sa vertu, le bruit de

ses projets avaient alarmé M” de Se Done toute brü-

lante de zèle pour la prospérité des Ursulines. Celles-ci n'auraient-elles pas à souffrir de l'établissement d'un nouvel ordre, semblable au leur dans son but et ses moyens? Fondatrice du noviciat du faubourg Saint-Germain, M"° de Sainte-Beuve était touté puissante sur certains Jésuites parisiens; elle se plaignit aux plus influents d'une personne qui prétendait établir une

compagnie de Jésuitesses, capable de ruiner tous les monastères

de France. Ces Pères, à leur tour, se plaignirent au P. Général des innovations de la Mère de Matel et du P. Jacquinot. Or, à ce moment même, on s’occupait à Rome de la suppression d’un ordre de Jésuitesses créé depuis près d’un siècle par deux Anglaises. Vitelleschi pensa que l’heure était mal choisie de le ressusciter, et immédiatement il envoya la défense dont nous avons parlé !.

Le P. Général fut obéi. Pendant trois mois, la Mère de Matel, logée chez la duchesse de La Roche-Guyon?, resta sans relations avec ses anciens directeurs. Sur l'avis du P, Jacquinot, alors supérieur de la maison professe, elle s'était adressée à un Père Carme. Cependant ses amis travaillaient à dénouer une intrigue déraisonnable ef fondée sur un malentendu. Le P. de Lingendes écrivit à Rome : « Elle ne songe nullement à fonder un ordre de Jésuitesses : elle à toujours été trop docile À nos avis, et si elle avait eu jamais pareille pensée, nous aurions su l’en détourner. Son dessein n’est point non plus de nuire aux autres religieuses: elle veut seulement unir sa barque à la leur, pour conduire plus aisément et en plus grand nombre les personnes de son sexe au

port assuré de la religion. C’est un nouveau pilote qui se joint à

tant d’autres afin de faciliter le passage. » Puis ayant montré le caractère surnaturel de sa mission, son éminente vertu, lasainteté de son entreprise, il coneluaït : « Voilà, mon Révérend Père, celle que vous nous ordonnez d'abandonner. Le public, témoin de la conduite que nous avons tenue jusqu'à présent, n’est-il pas en

droit d’insulter à l’œuvre de Dieu, etavons-nous raison d'autoriser un tel scandale #? » Cette lettre modifia du tout au tout le sen-

* 1. Vie de la R. M. de Matel, p. 129 et suiv. 2. Sur la part prise par la duchesse de La Roche-Guyon, voir Vie, passim. 3. Viede la R. M. de Matel, p. 136. /

timent du P. Général; il laissa aux Pères de Paris pleine liberté de s'occuper d’une œuvre évidemment utile à la: gloire de Dieu. L’orage apaisé, plusieurs. personnes de: distinction et de piété s’unirent.à eux et aux Oratoriens pour obtenir du Saint-Siège une

bulle d'éreetion. Les cardinaux Cajetan, et Bentivoglio ayant exa-.

miné la formule du nouvel Institut, l’approuvèrent, ainsi que le nom de Verbe Incarné qu'ils reconnurent conforme à son: but. La bulle donnée en 1629.ne sera exécutée que-dix ans:plus: tard, après bien des difficultés.

114, S'il est bon de favoriser-les religions nouvelles,. quand il

estévident queleurs fondateurs sont conduits par l'esprit de Dieu,

à plus forte raison convient-il aux hommes apostoliques: de pro-

‘pager les ordres-qui ont.déjà fait leurs preuves dans la:milice de

l'Église. Les Jésuites. ne négligèrent jamais ce moyen:si pratique de travailler à. la gloire de Notre-Seigneur. Ainsi en 1626, un:des

principaux missionnaires. du, temps, le P. Paul de Barry, après.

avoir converti, comme nous l'avons vu, la population. de Paray parsesardentes prédications, songea-t-il à établir au milieu.d’elle une communauté religieuse qui; en prêchant d'exemple, la maintiendrait dans la ferveur chrétienne. Comme on lui demandait de désigner lui-même l’ordre le plus capable de répondre:à ce dessein, il conseilla d'appeler les filles de saint François de Sales. Lé divin Maître montra combien ce choix lui était agréable, car le jour même de l'inauguration de ce monastère, où la Bienheureuse Marguerite Marie: devait plus: tard. recevoir les confidences du Sacré-Cœur, « le P. de Barry, miné par la fièvre, fut subitement guéri. pendant le sermon qu'il prêchait pour cette belle fête? ».

L'Ordre: de Notre-Dame, fondé pour l'instruction des jeunes filles. par le P. Jean de Bordes et la bienheureuse Jeanne de Lestonnac, se développait alors rapidement. De nouvellesmaisons s’élevaient presque partout où la Compagnie de Jésus possédait des collèges. C’est ainsi que nous voyons cette congrégation s'établir, sans doute avec le concours des Pères, à Tournon en 1624: à Aurillac en 1625; à Rodez, à Pau et à Saintes en 1626; à Alencon en 1628; à Toulouse en:1630.

© 1. Ibidem, p.140 et suiv.

2. Cf. Daniel, Hist. de la B. Marguerile Marie, ch. vi, p. 63 et suiv. — Ménologe, t. Il,,p. 101.

3. Mercier, La Bienheureuse de Lestonnac, p. 205 et suiv, Voir aussi du même auteur, La Vénérable Jeanne de Lestonnac, p. 528:

ma.

Les Jésuites de Paris n’avaient cessé d'exercer leur ministère auprès des Ursulines de cette ville !. Lorsque leur fondatrice, M"° de Sainte-Beuve, tomba dangereusement malade en 1630, elle fit appeler le P. Jérôme Lalemant qui arriva au moment où le vicaire de Saint-Jacques-du-Haut-Pas se retirait après lui avoir donné la sainte communion. « Mademoiselle, lui dit-il, je viens au nom de ma compagnie vous rendre le dernier devoir et je vous prie de me déclarer.ce dont vous désirez que je vous fasse ressouvenir en cette extrémité? — De m'offrir à Dieu dans mes souffrances et dans ma mort, répondit-elle, en union aux mérites de la sainte mort et passion de son très cher Fils. » Le Père ln demanda si elle ne désirait point recevoir l’extrème-onction « De tout mon cœur, répondit-elle, et je vous prie d'aller vousmême au-devant du prêtre qui la doit apporter et de hâter sa venue. » Tous les assistants furent édifiées de ses vifs sentiments de foi durant la cérémonie. « Remercions Dieu, lui dit le Père, de ce qu'il vous a fait la grâce de recevoir les saints sacrements et de ce qu'il vous appelle à Lui si bien munie des armes de l'Église. » 11 récita à cette intention un Gloria Patri et lui donna l’absolution 4n articulo mortis. Pendant que le Père et lesassistants récitaient alternativement le Laetatus sum, elle ferma les yeux .et s’endormit doucement dans le Seigneur 2.

12. Les religieux de la Compagnie avaient d'autant plus à cœur d'aider les autres congrégations, qu'à cette époque, grâce à la lutte vigoureuse de Louis XIII contre le protestantisme, le champ de l’apostolat catholique s'ouvraït plus large que jamais. Celui des missions en particulier, prenait, sous la protection du cardinal de Richelieu, un développement si considérable que les Jésuites ne pouvaient y suffire. Or, Dieu allait susciter une autre famille religieuse qui, sous le nom de Prétres de la Mission, aurait pour principal objet l'évangélisation des campagnes. Pour l’accomplissement de son dessein, il choisit M®*° de Gondi et celui qui devait être saint Vincent de Paul. Nous avons dit comment ce dernier avait eu pour collaborateurs, dans une mission en Picardie, le P. Fourché et le Recteur du collège d'Amiens ?. Encouragée par

1. À cette époque, dans plusieurs villes de province, l'établissement des Ursulines est dû à l'iniative ou à l'appui des Jésuites : ainsi à Saint-Malo (1622), à Nevers (1627), à Quimper (1623), à Crépy-en-Valois (1624), à Ploërmel (1624), à Bourges (1631). — Cf. Chroniques des Ursulines, t. 1, p.179, 192, 204, 214, 224, 292.

2. De Leymont, Madame de Sainte-Beuve et les Ursulines de Paris, p. 322-395.

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