CHAPITRE XI
Sommaire : 1. Premiers voyages de Champlain. L’habitation de Québec. — 2. Mission des Récollets. La Société des marchands et la Compagnie de Montmorency. — 3. Le duc de Ventadour et la Mission des Jésuites. — 4. Premier départ de Missionnaires. Résidence de Notre-Dame-des-Anges. — 5. Second départ. Déplorable situation de la colonie. Démarches du P. Noyrot. — 6. Richelieu prend en main les affaires du Canada. Compagnie des Cent Associés = 7. Troisième départ. Entreprise des frères Kertk contre Québec. Deux Pères prisonniers. — 8. Quatrième départ et naufrage. — 9. Reddition de Québec. — 10. Conduite des Anglais à l’égard des colons et des missionnaires.
Sources manuscrites : [. Recueil de documents conservés dans la Compagnie : a) Francia Epistolae Generalium. — b) Momumenta historiae missionis novae Franciaé. II. Paris, Archives nationales, sér. M, 242.
Sources imprimées : Relalions des Jésuites.— Voyages du sieur de Champlain. — Le Mercure françois. — Calendar of State papers, colonial, 1514-1660. — The Jesuit Relations and allied documents. — Litierae annuae Societatis Jesu. — Sagard, Histoire du Canadaet voyages que les Frères Recollets y ont faits pour la conversion des infidèles. — Carayon, Documents inédits, XII. — Cordara, Historia Societatis Jesu,-P. VI. — Guénin, Histoire de colonisation française. La Nouvelle France. — De Charlevoix, Histoire et description de la Nouvelle France. — Creuxius, Historiae Canadensis seu Novae Franciae libri decem. — Le Clercq, Premier établissement de la Foy dans la Nouvelle France. — ‘Faillon, Histoire de la colonie française au Canada. — Dionne, Samuel Champlain. — Sulte, Histoire des Canadiens francais. — Ferland, Cours d'Histoire du Canada. — Parkman, Les pionniers français dans l'Amérique du Nord. — De Rochemonteix, Les Jésuites et la Nouvelle France.
1. Douze années s'étaient écoulées depuis la destruction, en 1613, des colonies françaises de Saint-Sauveur et de Port-Royal, et le retour des missionnaires Jésuites en France. Des circonstances providentielles, que nous devons faire connaître, allaient ramener en 1625 les Pères de la Compagnie de Jésus dans l’Amérique du Nord, non plus sur les côtes de l’Acadie, mais sur les bords du Saint-Laurent.
Samuel Champlain, qui avait accompagné en 1604 Le sieur de
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Monts dans son voyagé en Acadie, était revenu en France en 1607, après qu'un arrêt du Conseil eût dissous, à la requête des commerçants de Saint-Malo, la Société fondée pour la colonisation de cette contrée lointaine !. Mais la pensée de l’intrépide marin se reportait sans cesse vers le grand fleuve Saint-Laurent qu’il avait remonté jusqu’au saut Saint-Louis. Il aspirait à revoir ce pays mystérieux où il espérait faire de nouvelles découvertes et amener ces pauvres peuples à la connaissance de Dieu*. Il parla de ses désirs à de Monts, à qui le roi venait de renouveler pour un an sa commission de lieutenant général de la Nouvelle France (T janvier 1608). Peu de temps après, de Monts organisait une expédition à la tête de laquelle il plaçaitle courageux explorateur,
comme son lieutenant particulier. |
Champlain, nous dit le P. de Charlevoix, était un homme de mérite: il avait « un grand sens, beaucoup de pénétration, des vues fort droites », autant de promptitude dans la décision que de constance dans les entreprises, « un courage à l'épreuve des contretemps les plus imprévus, un zèle ardent et désintéressé pour la patrie, un grand fond d'honneur et probité. Mais ce qui met le comble à tant de bonnes qualités, c'est que, dans sa conduite, il parut toujours un homme véritablement chrétien, zélé pour le service de Dieu, plein de candeur et de religion. li avait accoutumé de dire que le salut d’une seule âme valait mieux que la conquête d’un empire et que les rois ne doivent songer à étendre leur domination dans les pays où règne l’idolâtrie que pour les soumettre à Jésus-Christ * ».
Tous les historiens ont souscrit à ce portrait fidèle de l'homme destiné par la Providence à préparer les voies aux « pionniers francais de l'Amérique du Nord ».
Parti de Honfleur, le 13 avril 1608, Champlain arriva, le 3 juin, à Tadoussac, à l'embouchure du Saint-Laurent; puis, remontant le fleuve, il s'arrêta, le 3 juillet, au pied d’un cap couronné de noyers et dewignes. Les sauvages nommaient ce lieu Xebbec c’està-dire passage rétréci, parce qu'en cet endroit le Saint-Laurent est resserré entre deux côtes élevées. C'est là que le célèbre navigateur établit le poste ou habitation qui devait donner naissance