‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 205 sur 308 · Ferland, I · texte numérisé non relu

Ferland, I

2. Creuxius, Historiae Canadensis, seu novae Franciae, libri decem, 1. TI, p. 4.

3. « Les dimanches et fêtes il partait de bon matin avec un jeune religieux, chacun un morceau de pain dans la poche, qu'ils mangeaient à midi, assis sur la margelle d’un puits. Il allait d’un village à l’autre, enseignant la doctrine chrétienne aux pauvres et aux enfants. Pendant six ans, avec une régularité admirable, il remplit cet apostolat, ne rentrant le soir que fort tard, épuisé par le jeûne, par les courses et une succession fatigante de catéchismes et de prédications ; il faisait ainsi, disait-il, son apprentissage de missionnaire chez les sauvages » (Monumenta Historiae Missionis Novae Franciae, P. IE, c. 1x). Cf. de Rochemonteix, op. cûl., t. I, p. 147.

aurait dans la personne de son nouveau pénitent auquel ne manquait ni vertu, ni zèle, ni influence, ni prestige. Justement Le duc de Montmorency, fatigué des tracasseries que lui causait la compagnie des marchands, cherchait à se débarrasser de sa charge de vice-roi. Le P. Noyrot conseilla au duc de Ventadour de l'acheter, et lui montra comment il pourrait, dans cette haute situation, hâterles progrès de la foi en protégeant les prédicateurs de l'Evangile. Henri de Lévis se laissa facilement persuader, et bientôt Louis XII ratifiait, par lettres patentes de janvier 1625, l’acte passé entre les due ducs!.

Ce fut à ce moment qu’un Père Récollet vint prier le nouveau vice-roi d'envoyer des Jésuites au Canada. On ne pouvait lui faire plus agréable requête. Il écrivit donc au P. Général pour lui demander des missionnaires et en reçut une réponse favorable?. Le P. Coton, promoteur de la première mission en Acadie, était alors provincial de France ; dès qu’il connut la proposition des Récollets, il bénit la Providence qui lui permettait de reprendre une œuvre à laquelle il n'avait jamais renoncé*.

Cependant cette œuvre était trop surnaturelle pour ne point porter le cachet de la contradiction, et celle-ci lui vint d’abord de certaines gens qui prétendaient n'avoir en vue que l'intérêt de la foi. « Le choix que nous fimes des Jésuites, dit le P. Sagard, fut fort contrarié par beaucoup de nos amis qui taschaïent de nous en dissuader, nous asseurant qu’à la fin du compte ils nous mettroient hors de nostre maison et du pays; maisil n'y avoit pas d’apparence de croire ceste mescognoissance de ces bons Pères ; ils sont trop sages et vertueux pour le vouloir faire et quand bien mesme un ou deux particuliers d’entre eux en auroient la volonté, une hirondelie ne fait pas un printemps, ny un ou deux religieux, la communautéf. » L'opposition vint aussi de la compagnie des marchands. Plusieurs associés « étaient huguenots... et aimaient assez peu les ordres religieux; ils avaient toléré les pauvres Récollets, mais ils redoutaient la venue des Jésuites qui avaient de puissants. protecteurs à la cour et pouvaient faire arriver leurs plaintes jusqu’au pied du trône ».

Page 1