‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 206 sur 308 · Ferland · texte numérisé non relu

Ferland

En vain essavèrent-ils d’entraver le départ des Jésuites que le roi avait approuvé. Le duc de Ventadour leur fit entendre qu'ils devaient non seulement y consentir, mais y contribuer; puis, pour couper court à de nouvelles difficultés, il se chargea luimême des frais du voyage!.

Le vice-roi avait même offert de pourvoir à l'entretien des Pères Jésuites jusqu’à ce qu’ils eussent trouvé des ressources suffisantes; mais cette générosité n'étant que provisoire, le P. Coton dut chercher les moyens d’assurer l’avenir de la mission. Le ciel lui vint en aide. Il était à Amiens lorsqu'il reçut la visite du marquis de Rohault de Gamache, dont le fils René achevait au collège de cette ville ses études littéraires. Ce seigneur, très homme de bien, consacrait une partie de sa fortune à des œuvres charitables. Rien ne fut plus facile que de l’intéresser à celles du Canada ; il promit, pour les soutenir, de donner, sa vie durant, une rente annuelle de trois mille livres. Dieu l’en récompensa en appelant son fils à la Compagnie de Jésus. Dans le courant de l’année 1626, avant de quitter sa famille, le jeune homme pria son père de consacrer à la fondation d’un collège à Québec une partie du patrimoine qui lui était destiné. Le marquis, consentant volontiers, remit au P. Coton, une somme de seize mille écus*.

Il ne restait plus qu’à choisir les missionnaires. Déjà des religieux en grand nombres’étaient offerts : prêtres, scoslatiques, coadjuteurs. Dans une lettre au P. Coton, le P. Vitelleschi lui signale les PP. Charles Lalemant et Philibert Noyrot, les Frères Barthélemy Vimont, Jean Goffestre, Jacques Bécherel, Léonard Chauvin, François Charton, Jacques Froment; mais d’autres encore avaient sollicité directement du P. Provincial la même faveur. Une mission aussi rude que celle-là demandait de mâles courages et des santés robustes. Le P. Coton désigna pour le premier départ les PP. Charles Lalemant, Ennemond Massé et Jean de Brébeuf*.. :

Le P. Lalemant, ancien professeur de grammaire, de littérature et de mathématiques, était alors principal du pensionnat au collège de Paris; il fut mis à la tête de l’expédition”. Le . Ibidem.

. Monüum. hist. miss., P. II, c. ur.

. Lettre du 10 février 1625 (Francia: Epist. Gin. t. IV).

. Mon. hist. miss., 1. c.

. D'après Champlain, il était « fils du sieur l’Almand qui avait esté lieutenant cri-

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P. Massé nous est déjà connu ! : après une absence de douze ans, il retourne dans un pays où il avait laissé tout son cœur. Le P. de Brébeuf, le plus jeune des trois, deviendra le plus illustre par l’héroïsme de ses travaux et de sa mort. On leur adijoignit deux Frères coadjuteurs, François Charton et Gilbert Burel, dont lé concours serait utile dans un pays où il faudrait tout créer.

Nos cinq Jésuites s’embarquèrent à Dieppe, le 24 avril 1625, sur un navire commandé par Guillaume de Caen, tandis que Champlain, maintenu dans sa charge de lieutenant général, restait en France pour s'occuper des affaires de la colonie. Arrivés à Québec, Les Pères y reçurent un très mauvais accueil. Emery de Caen s’étonna de n’avoir reçu aucun ordre du vice-roi à leur sujet; il osa bien déclarer qu'il n’y avait point de place pour eux ni dans l'habitation, ni au fort, ni ailleurs. Que faire? leur faudrait-il donc retourner en France? Les deux de Caen les y engagaient. Mais les PP. Récollets leur offrirent une charitable hospitalité dans le couvent de Saint-Charles, et les deux commumautés vécurent plusieurs mois côte à côte « travaillant ensemble dans la meilleure intelligence? ».

Cependant, désireux de ne point rester à la charge de leurs hôtes, les Jésuites cherchèrent un endroit favorable pour leur propre établissement. Ils choisirent, non loin des Récollets, un emplacement très agréable, alors connu sous le nom de fort Jacques Cartier, et, en plus, un assez vaste terrain situé entre la rivière Saint-Charles et le petit ruisseau Saint-Michel. Ils en demandèrent au duc de Ventadour la concession qui leur fut gracieusement octroyée le 10 mars 1626, « nostre volonté estant, disait le vice-roi, qu’ils jouissent paisiblement de tous Les bois, lacs, estangs, rivières, ruisseaux, prairies, carières, pairrières et autres choses qui se rencontreront dans le contenu desdites terres, esquelles ils pourront bastir, si bon leur semble, une habitation, demeure, noviciat ou séminaire, pour eux et pour y eslever et instruire les enfans des sauvages? ».

minel de Paris » (Voyages, t. Il, p. 95). La plupart des auteurs écrivent son nom avec deux {, mais lui et son frère Jérôme signaïent Lalemant.

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