‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 207 sur 308 · Voir tome III, p · texte numérisé non relu

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2. Lettres du P. Lalemant à Champlain et au Provincial des Récollets, 28 juillet 1625 (The Jesuit Relations and allied documents, t. IV, p. 172). Cf. Sagard, Histoire du Canada, p. 868, et Ferland, I, 216.

3. Donation des terres de N.-D. des Anges et de la Vacherie par le duc de Ventadour, 10 mars 1626 (Archiv. nat., M. 242).

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Le 1% septembre 1625, les Pères prirent possession du lieu où devait bientôt s'élever la résidence de Notre-Dame-des-Anges. « Nous plantâmes la sainte Croix avec toute la solennité possible, écrivait le P. Lalemant à son frère. Les Révérends Pères Récollets y assistèrent avec les plus apparens des François, qui après le disner se mirent tous à travailler. Nous avons, depuis, tousjours continué, nous cinq, à déraciner les arbres et à bescher la terre tant que le temps nous a permis. Les neiges venant, nous fusmes contraincts de surseoir jusques au printemps. »

Pendant la rude saison de l'hiver qu'il passa sous la tente des Algonquins, le P. de Brébeuf, pour se préparer à l’apostolat des sauvages, se livra surtout à l’étude des langues indigènes. Les PP. Lalemant et Massé partagèrent leur temps entre la même étude et l'exercice du saint ministère auprès de leurs compatriotes. Deux interprètes avaient consenti à leur donner dés lecons de langue huronne et algonquine. Cette étude était d’autant plus importante que, déjà, le P. Supérieur songeait à instituer une école pour les enfants des Indiens ?. « Nous n'avons pas fait autre chose cette année, mandaït le P. Lalemant au P. Général, Le 1° août 1626, que d'acquérir la connaissance des lieux, des personnes et de l’idiome des deux nations. Pour les Français qui sont iei au nombre de quarante-trois, nous ne nous Sommes pas épargnés. Après une exhortation sur la nécessité du sacrement de pénitence, nous avons entendu leurs confessions générales. Nous leur donnons tous les mois deux sermons... Nos Pères, grâce à Dieu se portent bien. Tout notre temps, en dehors des exercices spirituels et des œuvres apostoliques, est employé à cultiver la terre 5. » ,

- Ces travaux manuels étaient nécessaires, à moins de s’exposer à mourir de faim. « Nous sommes si éloignés de la mer, que nous ne sommes visités par les vaisseaux français qu’une fois chaque année, et seulement pareeux quien ont le droit, car cette navigation est interdite aux autres. En sorte que, si par hasard les navires marchands périssaient ou s'ils étaient pris par les pirates, nous ne pourrions compter que sur la Providence divine pour

t. Lettres du P. Lalemant à son frère, 1°* août 1626 (Le Mercure françois, t. XIIE, an. 1626, p. 12). | ï

2. Lettre du P. Général au P. Ch. Lalemant, 1* déc. 4625 (Francia, Epist. Gen., t. IV).

. 8. Lettre du P. Lalemant au P. Gén., 1° août 1626 (Oarayon, Doc. inéd., XIL n. VII) -

pouvoir nous nourrir. En effet nous n’avons rien à attendre des sauvages qui ont à peine le strict nécessaire; mais Celui qui a pourvu jusqu’à présent aux besoins des colons français, ne cherchant ici depuis tant d'années qu’un gain temporel, n’abandonnera pas ses missionnaires tout occupés de sa gloire et du salut des âmes... La moisson est abondante et le nombre des ouvriers petit, mais les nôtres sont disposés, avec la grâce de Dieu, à ne se laisser abattre par aucune difficulté f. »

De la culture des terres dépendait pour une large part l’existence de la colonie. Or la compagnie commerciale lavait beaucoup trop négligée, ne pensant qu'à s'enrichir par la traite des pelleteries. Sans doute quelques familles de laboureurs étaient venues s'établir à Québec; mais on n'avait pris aucune mesure pour faciliter leur travail. Elles ne parvinrent à défricher quelques arpents de terre qu’à force de courage et en surmontant mille obstacles, et quand elles purent récolter au delà de leurs propres besoins, on les contraignit à vendre le surplus au prix fixé par les associés des de Caen qui seuls pouvaient l'acheter. Et ” Champlain était impuissant contre ce monopole dont il redoutait les conséquences. « Tout ceci observe-t-il, ne se faisoit qu’à dessein de tenir le pays tousjours nécessiteux et oster le courage à chascun d’aller y habiter », les commerçants voulant aïnsi avoir « la domination entière », sans que d’autres « s’y puissent accroistre ? ».

Les Jésuites, n'ayant rien à attendre ni des associés ni des sauvages, avaient donc pris le seul parti raisonnable de se suffire à eux-mêmes par la culture du sol. Champlain les en loue hautement. « Pleust à Dieu que depuis vingt-trois ans, les sociétés [commerciales] eussent esté aussi poussées du mème désir que ces bons Pères; il y auroit maintenant plusieurs habitations et mesnages au païs qui n’eussent esté dans les transes et appréhensions qu'ils se sont veues 3. » Quand au P. Général, il félicita les missionnaires d’imiter l’exemple des premiers Pères envoyés en Éthiopie, lesquels joignaient le travail des mains aux œuvres de l’apostolat #.

5. Lorsqu’en 1626, le lieutenant général revint à Québec, il était

‘1, Creuxius, Hist. miss. canad., I, p. 15.

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