‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 21 sur 308 · Le Mercure françois, t. X, ann, 1624, p · texte numérisé non relu

Le Mercure françois, t. X, ann, 1624, p

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ambassadeur. Le marquis de Cœuvres, député vers les Suisses et les Grisons, envahit la Valteline, le 25 novembre 1624, et s'en rendit maître en trois mois. Cela fait, le ministre de Louis XIII invita la cour de Rome à régler amixblement l'affaire avec lui. Et c’est à cette fin que le cardinal Barberimi vint à Paris comme légat du Saint-Siège au mois de mai 1625 !. Il était accompagné d’un théologien consulteur, le P. Eudaemon-Joannès, jésuite, grec de nation, très connu par de solides écrits publiés autrefois en faveur du cardinal Bellarmin contre les théologiens anglicans.

Le cardinal Barberini professait, comme le pape Urbaïn VIII, une haute estime pour la Compagnie de Jésus. Cependant des gens malintentionnés voulurent profiter de son séjour dans la capitale pour l’indisposer contre les Jésuites français. « Monsieur le légat, raconte le P. Garasse, ayant fait son entrée, laquelle fut aussi magnifique qu’on sçauroit imaginer, nos ennemis ne perdirent pas leur tems, car, aussitost ils tâchèrent de gagner son oreille et de blâmer nostre Compagnie. Les uns tâchoient de le divertir de nos maisons, lesquelles néantmoins il visitta et fut recu très honorablement daus le collège?. Les autres lui portèrént tous les libelles diffamatoires qui avoient été composés contre nous depuis trois ou quatre ans... Il y en eut encore qui furent si étourdis que de l’intimider au sujet du P. Eudaemon- Joannès, duquel ils disoient le nom estre odieux à Paris aux gens de lettres et nommément à cet auguste Parlement, lequel ils prétendoient avoir esté offensé par un écrit dudit Père. Et M. Servin s’oublia si fort que de proposer cette affaire au parquet des Gens du Roy et former quelque sédition, pour ordonner prise de corps contre luy. Mais M. le Procureur Général le renvoya bien vertement. Le diable donc, voyant que l’entrée lui estoit fermée par cette voye, il tâcha de diffamer le Père auprès du Roy, comme l’un des plus factieux Jésuites du monde et le plus grand ennemi de son État... Le Roy l’attendoit en cette qualité et avec prévention d'esprit... mais il lui fit ur accueil royal, après l'avoir oui, et le caressa plus qu'on avoit attendu, dont ses ennemis demeurèrent chargés de honte. »

Louis XIII et Richelieu se montrèrent d'autant plus prodigues d’honneurs envers le Légat, qu'ils étaient bien décidés à ne rien

1. Le Mercure françois, 1. X, ann. 1624, p. 822 et suiv.; t. XI, ann. 1625, p. 185 et

Suiv.

2. Lettre du P. Filleau au P. Général, 19 juin 1625 (Francia, Epist. ad Gen., t. IV). 3. Garasse, Récit au vray.. (Carayon, op. cit., p. 48-50). |

ES RE age 6 et ere.

accorder qui püt contenter sérieusement l'Espagne. Lorsque Barberini, dans sa première audience, demanda, au nom du Pape, la restitution des forts de la Valteline, le roi répondit qu'il s’en tiendrait au traité de Madrid, et il nomma pour négocier avec le représentant du Souverain Pontife trois commissaires, parmi lesquels se trouvait le cardinal de Richelieu. Barberini qui n’avait que vingt-quatre ans, était trop inexpérimenté pour se mesurer avec un aussi habile diplomate. Bientôt convaincu que les commissaires français ne se prêteraient à aucune transaction, il rompit brusquement les pourparlers, et le 22 septembre, sans avoir rien conclu, il quitta la capitale!. L'affaire ne fut réglée que l’année suivante par le traité de Monçon (5 mars 1626). Les forts devaient être remis au Pape pour les démolir; les Valtelins rentraient sous l’obéissance des Grisons; l’exercice de la seule religion catholique était maintenu dans la vallée, et la disposition des passages laissée à la France*?.

6. Le cardinal de Richelieu n'ignorait pas que les bons catholiques lui reprochaient d’employer les armes du Roi Très Chrétien à relever, dans les pays étrangers, l’hérésie qu’il combattait dans le royaume. De leur critique il n’avait nul souci. Toutefois ne se faisait-il pas illusion, lorsqu'il prétendait, dans un entretien avec ME° Spada, qu'il obtiendrait quand il le voudrait l'approbation écrite non seulement de la Sorbonne mais encore de la Compagnie de Jésus 4? Pourquoi donc alors s’en prendre surtout aux Jésuites, quand parurent « deux fnéchants livres » où sa politique extérieure était violemment attaquée comme une trahison envers l'Église ? ;

Le premier, intitulé Mysteria politica était un recueil de huit lettres dans lesquelles des « personnages illustres », mais anonymes, exprimaient leur opinion sur les affaires du temps, sur les princes. et leurs ministres®. L'auteur s’appuyait autant sur des raisons politiques que sur des principes religieux. C'était un pu-

1. Le Mercure françois, t. XI, ann.1625, p. 852. — Cf. Griffet, op. cit.,t. IL, p. 445,

2. Le Mercure françois, t. XII, ann. 1626, p. 204. — Flassan, op. cüt., t. II, p. 328. — Bougeant, op. cit., t. I, p. 110.

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