‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 210 sur 308 · Monumenta histor. miss., L. c · texte numérisé non relu

Monumenta histor. miss., L. c

Au sortir de l'entretien la résolution de Richelieu était prise ; lui qui s’apprètait à humilier le protestantisme dans le royaume, ne souffrirait point qu'une société de quelques commerçants calvinistes perdit une colonie française ou y enrayât l'expansion du catholicisme. Prompt à passer aux actes, il supprime la compagnie de Montmorency et se charge d’en créer une autre qu'il tiendra sous sa dépendance, Il est déjà grand-maitre et surintendant général de la navigation et du commerce. Afin d’avoir la haute main sur le Canada, il engage le duc de Ventadour à résigner la charge de vice-roi en sa faveur; puis, ayant trouvé cinq auxiliaires de bonne volonté, il signe avec eux, le 29 avril 1627, l’aéte d’établissement de la Compagnie des Cent Associés ou de la Nouvelle France. Avec un parfait désintéressement, la marquise de Guercheville cède ses droits sur l’Acadie et se fait inscrire pour une somme de 3.000 livres dans la nouvelle société !,

En publiant l’acte d'établissement, Le Mercure françois fait remarquer « le grand soin que monsieur le cardinal prend pour ramener à la Foy les peuples » sauvages. Et de fait, on voit aux considérants et aux articles de ce contrat que Louis XII et son ministre poursuivent une œuvre de civilisation catholique et française.

« Le Roy continuant le même désir que le deffunt roy son père avoit de faire rechercher et découvrir ès pays, terres et contrées de la Nouvelle France dite Canada, quelque habitation capable pour y establir une colonie, afin d'essayer avec l'assistance divine d'amener les peuples qui y habitent à la cognoissance du vray Dieu, Les faire policer et instruire à la Foy et religion catholique, Monseigneur le cardinal de Richelieu, estant obligé par les devoirs de sa charge de faire réussir les saintes intentions et desseins desdits seigneurs Roys, avoit jugé que Le seul moyen estoit de peupler ledit pays de naturels françois catholiques, pour, par leur exemple, disposer ces nations à la religion chrétienne et à la vie civile, et mesme, y establissant l’autorité royale, tirer desdites terres nouvellement découvertes quelque avantageux commerce pour l’utilité des subjets du roy.

« Néantmoins ceux auxquels on avoit confié ce soin n’ont pas été curieux d’y pourvoir » ; ils ont agi « plus tost pour l’intérest des marchands que pour l’advancement du service de Sa Majesté » ; ils n’ont eu aucun « pouvoir et volonté de peupler et cultiver » le

1. Monum. hist. miss., P. IL, c. iv. — Ferland, I, 222. COMPAGNIE DE JÉSUS. — T. IV. 20

pays; ils ont tout fait « pour effaroucher les François qui y voudront aller habiter ». | -

« Les désordres estant parvenus à ce point, mondit seigneur à creu estre obligé d'y pourvoir... C’est pourquoy, après avoir examiné diverses propositions et ayant recogneu n’y avoir moyen de peupler ledit pays qu’en révoquant les articles cy-devant accordés à Guillaume de Caen et à ses associés, comme contraires à l’intention du Roy, mondit Seigneur le cardinal a convié les sieurs de Roquemont, Honel”, de Lattaignant?, Dablon*, Duchesne“ et Castillon, de lier une forte compagnie pour cet effet, s’assembler sur ce subjet et en proposer les mémoires. Ce qu'ayant esté effectué, ils ont promis à mondit seigneur le cardinal de dresser une compagnie de cent associés et faire tous leurs efforts pour peupler la Nouvelle France dite Canada suivant les articles cyaprès déclarés. » | ‘ La Compagnie des Cent Associés s’obligeait à faire passer deux ou trois cents hommes dans la colonie dès l’année 1628, et elle devait en transporter annuellement pendant quinze ans jusqu’au nombre de quatre mille, tous Français et catholiques. Elle les logerait et entretiendrait pendant trois années; après quoi elle distribuerait à chaque colon une certaine quantité de terres défrichées, suffisante aux besoins de sa famille, et lui fournirait le grain nécessaire pour les premières semailles et pour la subsistance jusqu’à la récolte suivante. Elle pourvoirait à l'entretien de trois prêtres et à tous les frais du culte, durant quinze ans, dans chacun des postes qu'on établirait.

A ces conditions le roi faisait à la compagnie les plus grands avantages ; il lui donnait en toute propriété le Canada et la Floride; il lui remettait pour toujours le trafic des cuirs, peaux et pelleteries, et, pour quinze ans, tout autre commerce par terre et par mer, sauf toutefois la pêche des morues et baleines déclarée libre pour tout Français: il lui promettait deux vaisseaux de guerre, armés et équipés, dont elle pourrait nommer les capitaines.

En outre, pour favoriser l’œuvre des futurs colons, Sa Majesté leur accordait à eux-mêmes un certain nombre de privilèges. Tout artisan, ayant exercé son métier pendant six ans dans la Nouvelle France, serait réputé maitre et pourrait tenir boutique à

14 Contrôleur général des Salines en Brouage. 2. Bourgeois de Calais.

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