‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 221 sur 308 · Lettre du P. d’Aurillac déjà citée · texte numérisé non relu

Lettre du P. d’Aurillac déjà citée

et les doctrines. Revenu en Grèce et nommé archimandrite par son parent Mélétius Piga, patriarche d'Alexandrie, il fut envoyé par ce prélat en Lithuanie, où il s’opposa à la réunion des luthériens et des catholiques, ce qui le fit accuser de luthéranisme. De retour à Constantinople et élu patriarche d'Alexandrie après la mort de Mélétius Piga, il se rendit dans cette ville et en gouverna l'Église durant plusieuré années. Il était parvenu par ses intrigues à supplanter, en 4612, Théophile, patriarche de Constantinople; mais un mois après son installation, il avait été renversé à son tour et remplacé” par Thimothée, métropolite de Patras-la-Vieille.

A la mort de ce dernier, Cyrille, remonté par la faveur du grand vizir sur le siège de Constantinople, se servit de son autorité pour répandre les doctrines protestantes dans l'Église grecque. Son élection simoniaque et son indigne conduite ne soulevèrent aucune opposition parmi le clergé, malgré les remontrances des missionnaires de la Compagnie de Jésus. Le P. Général ne vit de remède au mal que dans l'intervention de l'ambassadeur de France, qu'il réclama par l'intermédiaire du P. de Séguiran alors confesseur du roi!. De son côté, M“ Corsini, nonce du Saint-Siège à Paris, en montra la nécessité à M. de Puisieux, et Louis XIIT promit de me rien épargner pour obtenir un changement de patriarche*.

Grâce aux efforts de M. de Césy, Cyrille ne tarda pas à être dépossédé de son siège, ainsi que notre ambassadeur l’annoneait au roi le 30 avril 1623. « Sire, je n’ay pas mal employé le temps et mes offices, depuis la dernière despesche que j'envoyai à Vostre Majesté, car j'ay moyenné en telle sorte la ruine du patriarche grec de Constantinople qu'il est maintenant hors de siège par commandement du premier vizir…. Ce patriarche estoit un très dangereux hérétique, qui n'avoit autre but que l’affaiblissement ou la ruine de l’Église Romaine, et d’establir le calvimisme dans la Grèce et dans toutes les partyes orientales... C’est chose étrange qu'un patriarche de Constantinople niast la réalité du Saint-Sacrement de l'autel et voulust oster la confession, sans que les Grecs fissent aucune démonstration de le vouloir changer, car il pipoit leur igno-

1. Lettre du P. Général au P.de Séguiran, 15 août 1622 (Francia, Epist. Gen., {: 1VX

2. Lettre de Corsini à Ludovisi, 21 janvier 4623 (Arch. Vat., Nunz. di Francia, n, 63,119)

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-rance. On tient qu'il est retiré chez l'ambassadeur de Hollande, et que les Pères Jésuytes sont fort menacés par luy et par l'ambassadeur d’Angleterre!. »

Le nouveau patriarche, Grégoire, d'Amazie « au païs du Pont », eut à lutter contre l'influence occulte de son prédécesseur. N'ayant trouvé aucun métropolite qui voulût

le mettrè en possession de sa charge, il s’en plaignit au grand

vizir « et le jour mesme, raconte M. de Césy, Cirille fut

embarqué, les fairs aux pieds, dans une frégate, pour estre

mené à Rhodes, où il aura tout loisir de commenter sur les

Institutions de Calvin? ». Le 28 mai, les métropolites consentirent à introniser Grégoire et le 28 juin, Louis XIII félicitait son ambassadeur de la conduite de cette affaire. « J'ay eu plaisir, lui écrit-il, d'apprendre le service que m'avez rendu au changement du patriarche... Voyez aussi de deffendre les Pères Jésuistes de ses vengeances comme d’autres, afin que les pratiques des ambassadeurs d'Angleterre et de Hollande contre eux ne prévalent, et qu'ils puissent plus facilement soubs mon authorité faire valloir Le talent que Dieu leur a donné pour sa gloire?, »

Grégoire ne fit que passer sur le siège de Constantinople; on le remplaça bientôt par Anthime, métropolite d'Andrinople, homme de bonne volonté, maïs trop faible de caractère pour des circonstances aussi difficiles #. On ne devait pas tarder à s'en apercevoir.

Vers la fin de septembre, en effet, Cyrille reparut à Constantinople, comme patriarche, grâce aux bons offices de ses amis les ambassadeurs d'Angleterre et de Hollande*. Les métropolites épouvantés firent partager leurs craintes à Anthimei qui renonça de lui-même à lutter contre son rusé et puissant adversaire. M. de Césy en fut aussi surpris que consterné. « Si je n’estois icy, dit-il à M. de Puisieux, je ne pourrois croire ce que je vous escris maintenant; mais vous entendrez, s’il vous plaist, que ce matin ayant fait restablir le patriarche Anthime dans son siège, il vient d’aller chez l’ambassadeur de Holande où est Cirille pour luy résigner le patriarchat et

Lettre de M. de Césy au roi, ,30 avril 1623 (Bibl. nat., fr. 16145, f. 162 w.). Du même au même, 28 mai 1623 (Zbidem, f. 168).

Lettre du roi à M. de Césy, 28 juin 1623 (Bibl. nat., fr. 16156, f. 335).

. Césy au roi, 9 juillet 1623 (fr. 16145, f. 181).

..Césy à Puisieux (/bidem, f. 214).

Du même au même (fr. 16156, f. 218).

D QE YU D mn

le renoncer dès ce soir. Et comme j'allois faire fermer cette despesche on m'a adverty que ledit Anthimo venoit passer céans pour m'en faire des excuses, mais je ne l’ay pas attendu, luy ayant fait dire que j’estois allé me pourmener, et que je trouvois bien estrange qu'il eust si tost changé de résolution au lieu d’aller demain veoir le visir pour le remercier de son restablissement, et que pour moy je ne pouvois approuver ce qu'il alloiït faire. Il a respondu qu'il n’avoit point d'argent et que, pour avoir la paix avec Cirille, les Grecs lui avoient conseillé de se contenter d’un archevesché. Si j'en suis creu, sy ferai-je sauter Cirille pour la seconde fois, car il fera trop de mal, s’il duret. »

3. À peine Cyrille eut-il repris possession du siège patriarcal de Constantinople, qu'il fit imprimer à Wittemberg, sous le nom d'un de ses disciples nommé Zacharie, une instruction chrétienne remplie d'erreurs, et la répandit dans tout l'empire. « C'est, écrivait au roi notre ambassadeur, un livre capable d’infecter d’hérésie toute cette pauvre Église d'Orient, si on n'y rémédye; car 1l est entièrement plein d’oppinions calvinistes et luthériennes, lesquelles se pourront facilement glisser dans les faibles et ignorans esprits des Grecs... Je ne doubte point que luy et les ambassadeurs ses amys n’essayent de faire quelque mal ‘aux Pères Jésuites? » :

Bien que les prévisions de M. de Césy dussent un jour se réaliser, Cyrille tâcha tout d’abord de gagner les bonnes grâces des missionnaires et, par leur entremise, celles de l’ambassadeur de France*. Mais personne ne se laissa tromper par ces avances insidieuses. À Paris et à Rome, comme à Contantinople, on ne cessa de travailler à la déposition du perfide intrus£. Cyrille, à partir de ce moment voua aux Jésuites une haiïne mortelle.

Un religieux de Jérusalem, désirant obtenir un commandement dont il avait besoin, était allé, accompagné d’un interprète de M. de Césy, saluer Le caïmacan. « Après que celuy-ci

1. Césy à Puisieux, 2 octobre 1623 (Bibl. nat., fr. 16156, f. 218). Lettre du nonce au card. secrétaire d'Etat, 19 janvier 1624 (Archives Vat., Nunz. di Francia, n. 61, f. 58). Cf. Venezia, Arch. di Stato, Dispacci di Constantinople, n. 96, f. 127-129.

2. Césy au roi, 21 janvier 1624 (Bibl. nat., fr. 16150, f. 239).

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