‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 222 sur 308 · Lettres annuelles 1623 (Miss. Constant., t. VIII, p · texte numérisé non relu

Lettres annuelles 1623 (Miss. Constant., t. VIII, p

4. Barberini à Spada, 22 avril 1624 (Archiv. Vat., Nunz. di Francia, n. 308, f. 25, 26). Cf. Lettre de Spada à la Propagande, 23 mai 1624. (Jbidem, n. 61, f. 230).

l'eust regardé, il demanda si c’estoit un Jésuite; sur quoy il luy fust respondu que non et qu’il estoit de l’ordre de saint François; à quoy il répliqua que le premier Jésuite quil verroit, 1l le vouloit faire empaler. » Ces paroles, rapportées à M. de Césy lui donnèrent à penser « que le patriarche Cyrille [avait] faict faire quelque meschant office aux Pères par quelque ambassadeur ou par aultre moyen! ». IL voulut s'assurer de leur exactitude. Elles n'étaient que trop vraies, comme il l'annonça lui-même au roi, le 7 juillet 1624, en lui rapportant l'entretien qu'il avait eu avec le ministre turc.

« Sire, les Pères Jésuytes ont esté à la veille d’estre chassés d’icy'et peut-estre avec violence et hasard de la vie de quelqu'un d'eux, si Dieu ne m'eust inspiré d'aller veoir le caymaçan à leur occasion; car lorsque je luy parlay du langage qu'il avoit tenu contre eux à l'interprette Ollivier, il fit comme l’estonné de ce qu'après les avoir menacés de la mort, ils estoient encore icy, et me dit que je les feisse partir plus tost ce jour-là que le lendemain, s'ils ne voulloient estre mal traittés, m’adjoustant que c'estoient gens très dangereux pour tous les Estats où ils habitoient, et m’allégua des exemples qui me firent cognoistre clayrement que les ennemis des Pères luy avoient imprimé dans l'esprit plusieurs mensonges que je luy laissay dire jusqu’au bout?. »

M. de Césy prit à son tour la parole et lui rappela que l'établissement des Jésuites à Constantinople avait été autorisé par le Grand Seigneur « pour la consolation et service particulier des ambassadeurs de France ». Le caïmacan ‘reparti que Galata possédait d'autres religieux qui ne refuseraient pas leurs services et qu'il fallait que les Jésuites sortissent de la ville, Sa majesté ne pouvant trouver « estrange que le Grand Seigneur chassast de son pays ceulx qui le voulloient troubler ». L'ambassadeur, l’interrompant, lui dit qu'il n’y avait aucune preuve contre:les Pères, qu'il démontrerait leur innocence en dévoilant la calomnie et que d’ailleurs « c’estoit faire tort à la grandeur de l'Empire ottoman de craindre que quatre pauvres Pères fussent capables de le troubler ». Après plusieurs autres raisons il conclut qu'il ne permettrait pas leur bannissement sans avoir vu le Grand Seigneur et lui avoir fait entendre ses remontrances à ce sujet. Le caïmacan finit par

1. Césy au roi, 23 juin 1624 (Bibl. nat., fr. 16150, f. 287 v., 288). 2. Césy au roi, 7 juillet 1624 (Bibl. nat., fr. 16150, f. 292-294).

accorder quelques jours de délai et promit à l'ambassadeur de ne rien faire sans l'avoir revu.

« Ce deslay, Sire, continue M. de Césy — me donna le temps de pouvoir récourir aux remeddes ordynayres du pays où quazy foutes choses se vendent: et après que j'eùs vu les aultres visirs avec des présents, et que le mufti eût accepté ce ce que je lui envoyay, je pris résollution de retourner voir ledit caymacan; mais je pris à très mauvais augure de ce que, contre la coutume des Turcs, il refasa un très beau présent que luy envoyay en luy demandant audience. Toutes foys je débattis sy heureusement la cause des bons Pères qu'il me

promit et asseura de les laisser en repos, à condition qu'ils

ne se mesleroient que de prier Dieu. A quoy Je répliquay tant de choses que je le forçay de me dire que des chrestiens, les plus grands et les premiers du pays, avoient fait plainte contre eux. Et cella, Sire, se doit infailliblement entendre du patriarche Cyrille ou de quelque ambassadeur!. »

Louis XII ne douta pas que Cyrille ne fût appuyé dans ses projets de vengeance par Les représentants de Hollande et d'Angleterre, et même par le baile de Venise, car la Seigneurie, depuis ses démélés avec Paul V, en voulait toujours à la Compa- &nie de Jésus. Il répondit donc à son ambassadeur, le 16 août 1624 : «Je ne puis moins que vous recommander les Pères Jésuites, lesquels, exposés à la furye du caymacan, seroient pour soulfrir, si de bonne heure vous n’y remeddiez, et mesme estant baïs des chrestiens [hollandais et anglais] en recevroient du mal, ce que je désire que vous éclaircissiez. Et si vous voyez que le baile de Venise trempe aux accusations qu’on leur impute, je désire que vous luy faciez sentir que cela ne pourra jamais estre interpretté à bonne fin et que moy, qui suis le protecteur de ces bonnes gens, auray sujet et moyen de m'en ressentir. Je crois qu'en la destitution de Cirille l’on trouveroit fin à ces maux : aussy est-ce chose à quoy il faut travailler: ...à quoy — ajouta-t-il le 4 septembre — je me passionne pour la gloire de Dieu et Le salut de tant de pauvres âmes qui sont en Orient 2.»

La destitution de Cyrille n’était guère possible qu'à une conditon : recourir, de nouveau, aux « remeddes ordinaires du pays où quasy toutes choses se vendent ». Louis XIII et le Souverain Pontife ne répugnaient point à employer cet unique moyen

1. Césy aù roi, 7 juillet 1624, lettre déjà citée. 2. Du roi à Césy, 16 août et 4 septembre 1624 (Bibl. nat., fr. 16156, f. 450 v, 453 v).

de sauvegarder la foi des Grecs contre les agissements du patriarche !. On était décidé à dépenser au besoin dix mille écus, dont trois mille seraient fournis par le Saint-Siège. Mais l’exécution présentait de graves difficultés. « Si les Vénitiens, déclarait M. de Césy, descouvrent que l'argent qui sera envoyé 1Cy part de Rome, l’allaire est ruynée, je dis ruynée absolument ? .» Dans ce cas, écrivait-il au roi, il eût mieux valu feindre une réconciliation avec le patriarche « que de paroistre son ennemy et ne luy pouvoir nuire... ». Et il ajoutait : « Maintenant que Vostre Majesté me commande de travailler à sa ruyne et me donne espérance de quelques secours de Rome,je m'en vais recommencer de nouveau ?. »

Malgré son zèle, hautement reconnu par le Saint Siège 4, M. de Césy ne réussit pas dans son entreprise. Les ambassadeurs de Hollande, d'Angleterre et le baïle de Venise enchérirent sur les offres de l'ambassadeur de France, et Cyrille conserva Jusqu'en 1633 le siège patriarcal de Constantinople 5. Les Jésuites devaient donc s'attendre à éprouver bientôt les effets de la colère de leurs puissants ennemis. Elle atteignit d'abord deux Pères

originaires de Ch1o.

n. On se souvient qu’il y avait dans cette île uné résidence de Jésuites, dépendante de la Province de Sicile6. Comme il sy trouvait quelques religieux Siciliens, dont la nationalité était odieuse aux Turcs, M. de Césy aurait préféré qu'elle ne comprit que des Grecs et des Francais. Dès l’année 1624 il écrivit dans ce sens au Père Général. Celui-ci remercia l'ambassadeur de sa sollicitude, mais il ne voyait aucun inconvénient à ce que cette maison restât ce qu’elle avait toujours été depuis sa fondation sans éprouver aucune difficulté 7. Les Pères, qui la composaient, pour la plupart natifs du pays, et sachant dès leur bas âge les langues grecque et italienne, entreprenaient de nombreuses “excursions apostoliques dans les iles de l'archipel.

1. Lettres de Barberini à Spada, 22 sepf. 1624; de Spada à Barberini, 10 février1625 (Archiv. Val., n. 304, Ÿ. 67; — n. 62, f. 15).

2, Césy à M. de La Ville-aux-Cleres, 4 août 1624 (Archiv. Vat., Nunz. di Francia, n. 415, f. 240-243). :

3 Lettre de M. de Césy au roi, 4 août 1624 (Ibidem, fol. 239-240).

4. Bref d'Urbain VIII à M, de Césy, 22 janvier 1625 (Bibl. nat. Cinq-cents Colbert, 1.183, f. 198). |

5. Lettres de Césy à M. d'Herbault, 27 juin et 23 août 1627 (Bibl. nat., fr. 16.150, f. 676, 698). “ie

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