‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 236 sur 308 · Narré. déjà cité. — Fleuriau, op. cil., p · texte numérisé non relu

Narré. déjà cité. — Fleuriau, op. cil., p

D Poe Ca è à

que publiquement on lui portast le Très Saint-Sacrement.. Dans le temps qu’il eust disposé de ses affaires temporelles, il ne voulust qu'on luy parlast d’autre chose que de Dieu et, pour ce, supplia le P. de Canillac de ne l’abandonner point, comme il ne fist. jusque à la mort !.»

Le P. Supérieur, non content de prodiguer ses soins aux Latins: et voulant aussi pourvoir au salut des Grecs, avait fait venir de Constantinople, en 162h, le P. Jérôme Queyrot?. Celui-ci, à peine: arrivé à Smyrne, fut invité à prêcher dans l’église Saint-Georges. ce qu'il continua de faire les jours de fête et Le carême*. Peu de temps après, il ouvrit dans ses appartements une classe pour les. enfants des Grecs “. Le Métropeolite y mena son filleul et son neveu: pour être instruits avec les autres ; lui-même, par suite de ses. relations avec les Pères, vit tomber beaucoup de ses préjugés, connut mieux la Compagnie et se prit d'affection pour l’Église latine *.

L'instruction étant gratuite, le nombre des.écoliers s'éleva rapidement à quatre-vingts. Les parents, satisfaits des résultats: obtenus, songèrent à se procurer un local plus commode ; seuls, quelques calvinistes jaloux firent échouer le projet. Au reste l'enseignement sé donnait dans des conditions très pénibles. Manquant de livres, le maître était obligé d'écrire de sa main des. feuilles qu'il distribuait aux élèves. Mais cette peine fut bien adoucie par les fruits merveilleux qu'on ne tarda pas à recueillir. Les enfants, de retour à la maison paternelle, rapportaient à leurs parents et à leurs domestiques les principes de la doctrine chrétienne, qu’ils avaient appris en classe, et leur inspiraient ainsi le désir d'entendre eux-mêmes les leçons du professeur.

Afin de satisfaire ce louable empressement, le P. Queyrot institua, pour les jours de fête, un catéchisme commun aux enfants. et aux adultes. Au commencement des réunions, un des enfants récitait en grec vulgaire l'Oraison dominicale, le Symbole des Apôtres et les dix commandements de Dieu; puis venaient les interrogations sur les parties de la doctrine chrétienne apprise durant la semaine. Le Père expliquait une ou deux des prin-

.{. CNarré..…. »

9. Lettre du P. Général au P. Queyrot, 30 nov. 162% (Gall. miss., Epist. Gen.).

3. Lettre du baile de Constantinople au sénat de Venise, 4 janvier 1625 (Venezia, Archiv. di Stato, Senato, Deliberazioni Const. Reg. XV, f. 163). — Lettre du P. Général au P. d’Aurillac, 7 fév. 1625 (Gall. miss., Epist. Gen.).

4. Lettre du P. Général au P. d’Aurillac, 7 février 1625 (Gall. miss., Epist. (en.).

5. Lettre du P. Géneral au Métropolite de Smyrge, 19 sept. 1627 (Epist. Gen. ad.

externos).

‘cipales vérités de la foi, et l’on terminait l'exercice en chantant à l'unisson les litanies de la Très Sainte Vierge. Tous, avant de se séparer, récitaient une prière pour le Souverain pontife, Par ce moyen «on apprivoisait à l’Église cette nation tant us du Saint-Siège ! ».

Telle était l'ignorance religieuse des Grecs dat l’arrivée des. Jésuites, qu'un grand nombre ne savaient pas même former le signe de la croix. De graves erreurs s'étaient introduites parmi le peuple. Les uns present que le précepte de la confession n'obligeait les hommes qu'à l’âge de vingt ans et les femmes qu'après leur mariage. D’autres croyaient que le, confesseur n’était lié par aucun secret; de là, bien des abus : ou l’on omettait une partie de ses fautes ou l’on s’abstenait du sacrement de pénitence. Grâce aux catéchismes toutes ces idées fausses disparurent, et avec elles la haine implacable que les Grecs avaient vouée aux Latins et à la religion romaine, plus odieuse pour: eux que les superstitions des Turcs. Ils finirent par apprécier la Compagnie de Jésus que leurs caloyers leur avaient appris à détester; on les vit fréquenter les Pères, leur demander conseil et même s'adrésser à eux pour la confession *.

5. Aucun des missionnaires ne connaissait la langue des Arméniens; ils n'avaient donc pu jusque-là s'occuper de cette nation qui méritait pourtant quelque intérêt. Plus dociles et de nature plus ouverte que les Grecs, les Arméniens ne montraient pas à l'égard des Latins la même hostilité; mais, pour leur ignorance de la religion chrétienne, ils rose Lieu à des païens. Ils avaient à Smyrne un curé et un évêque. Le curé ne savait ni lire ni écrire; il récitait de mémoire les prières liturgiques. L'évêque n’était guère plus instruit. Un Père l'ayant prié, par interprète, de lui écrire l'oraison dominicale en Arménien,

il dut la transcrire en lisant dans un livre*. Quand le P. de Canillae fut contraint par l’état de sa santé de quitter la ville, on le remplaea par le P. Artaud Riondet qui ‘64 savait un peu l'Arménien. Faute d'usage de la langue le nouveau ‘ missionnaire ne réussit d’abord qu’à moitié; puis, à force de patience et d'étude, il acquit une grande facilité, et son ministère

fut dès lors couronné de succès.

Page 1