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messe, non plus dans la chapelle consulaire qui avait été fermée, mais d’abord dans l’église des Maronites, à quinze cents pas de la ville, et ensuite en secret dans leur propre chambre. En même temps 1 écrivirent à l’ambassadeur de France à Constantinople et attendirent sa réponse et celle du Saint Siège !. M. de Césy regrettait qu'on ne lui eût pas demandé plus tôt son avis et ses conseils. « Je vous diray, écrivait-il à M. de La Ville-aux-Clercs, que j'ay receu un extresme desplaisir de voir aller les Pères Jésuystes en Alep, sans avoir passé icy pour se munir des commandements nécessaires pour leur résidence, dont j’eusse retardé ou avancé l’establissement, selon la cognoissance que j'ay des affayrés du pays et de l'humeur de ceux qui gouvernent maintenant cet empire... Et diray encore une foys que les bons Pères ne debvroient point aller en Alep s'exposer à la haine des Vénitiens, Ana et Flaments, sans venir icy RRET a langue; et quand ils n’eussent eu Aube ennemys que les Pères de Hiérusalem, leur séjour en Alep n’eust jamais esté qu'avec périls. Je puis dire avec vérité que personne n’ayme plus que moy les pères Jésuystes, et croy le leur avoir tesmoigné : mais de tels embarquements mal à propos font recepvoir un contrecoup à la dignité du roy, ce quy est très fascheux et de n conséquence; et je crains bien que deux Pères que nous avons à Smirne chez le consul ne courrent fortune, lorsque le magistrat de ce lieu-là saura comme ceulx d’Alep ont esté mal -receus. Cest pourquoy je vous supplie, Monsieur, de parer et résister aux recherches que feront ces bons Pères, attendant un autre temps, car, pour cette heure, il est du tout impossible d’en establir un seul en quelque endroit que ce soit de cet empire ?. » L'ambassadeur n’avait que trop raison pour Alep, comme l'événement ne tarda pas à le montrer. Aux religieux qui avaient réduit les missionnaires à l’impuissance s’unirent d’autres adversaires de la Compagnie, parmi lesquels se signala lé consul vénitienÿ. Alors, pour contraindre les Pères à quitter la ville, on
1, Lettre du Consul d’Alep au Gârdien de Jérusalem, 8 novem. 1625 (Bibl. nat. fr. 16; 160, f. 122-123): Lettre du même à M. de Césy, 6 décembre 1625 (Archives du Min. des Aff. Etrangères, Turquie, Correspondance, t. III, f. 177). Decretum Sacrae Congregationis de Propaganda file, 23 janvier 1626, en faveur des Jésuites d’Alep (Venezia, Archiv. di Stato, Dispacci di Aleppo, n. 1, f. 42). Cf. Cordara, op. cût., 1. XV, n. 220. « Simplicissima narratio », déjà citée.
2. Lettre de M. de Césy à M. de la Ville- -aux-Clercs, 12 janvier 1626 (Bibl. nat., ms. fr. 16.150, f. 466). Cf. Rabbath, op. cit., p. 359.
3. Lettre du consul vénitien au sénat de Venise, 5 mars 1626 (Nbnenié: Archivio di Stado, Disp. di Aleppo, n: I, f: 13-14).
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n'eut pas honte de recourir à la calomnie. Le pacha gouverneur de la province, étant alors absent, on adressà au moussalem, son lieutenant, une supplique anonyme dans laquelle les Jésuites . étaient dénoncés comme espions de l'Espagne, ennemis des Turcs, perturbateurs de tous les Etats, et dont le Sultan lui-même avait tout à craindre si on ne se hâtait de les chasser. ignominieusement. La supplique était accompagnée d’une forte somme d'argent, moyen de persuasion tout-puissant en ce pays. Après en avoir pris connaissance, le moussalem porta plainte au cadi contre les deux étrangers et demanda leur renvoi, sous prétexte qu'ils n'avaient aucun commandement pour autoriser leur séjour. Le juge, obéissant à cette injonction, leur ordonna, sous les peines les plus sévères, de partir dans trois jours pour Alexandrette, où ils resteraient jusqu'à ce qu'ils eussent recu le commandement sollicité par l'ambassadeur 1.
Les Pères sortirent d'Alep, le 29 novembre 1625, sous la garde de deux janissaires qui les remirent entre les mains de trois serviteurs de l’aga d’Alexandrette, venus à leur rencontre. Après onze jours passés dans la prison de la ville, ils furent confiés au vice-consul qui les avait réclamés et demeurèrent plus d’un mois dans sa maison, attendant toujours, avec la réponse de l’ambassadeur, l'autorisation de séjourner dans Alep ?. Mais les adversaires qui:les en avaient fait chasser s’efforcèrent de leur en interdire le retour. L'aga d'Alexandrette, gagné à prix d'argent, ordonna tout à coup aux négociants français de lui apporter les clefs de leurs magasins et déclara qu'il ne les leur rendrait qu'après le départ des Jésuites. Ceux-ci, ne voulant point faire tort au commerce de nos marchands, perdirent alors tout espoir 3. Le 10 février 1626, ils furent embarqués sur un navire anglais, avec ordre au capitaine de ne les débarquer qu'en France; « mais la Providence qui détruit les projets des hommes, quand ils sont contraires à ses desseins, en ordonna autrement # ». Sur les côtes de Malte il s’éleva une si furieuse tempête, qu'on dut relâcher au port. Le P. Maniglier se trouvait alors dangereusement malade; le capitaine, touché de compassion, le mit à terre avec son compagnon pour en prendre soin. À peine le malade
1. « Simplicissima narratio. » Cf. Cordara, op. cit., n. 221, 222, 2. Lettre du consul d'Alep à M. de Césy, 6 décembre 1625 (Archives du Min. des Aff. Etrang., Turquie, correspondance, t. Ill, f. 177). 3, Cordara, L. c.
- 4. Mémoires du Levant, t. I, p. 121. — Lettre du consul vénitien d'Alep au sénat de Venise, 5 mars 1626 (Venezia, Archiv. di Stato, Disp. di Aleppo, n. E, f. 13, 14). COMPAGNIE DE JÉSUS, = T, IV, 23
fut-il rétabli, que les deux missionnaires, suivant un avis recu du P. Général, firent voile vers Constantinople. Là ils sollicite- . raient la protection de l'ambassadeur, et tâcheraient d’obtenir du Grand Seigneur le commandement dont ils avaient besoin pour retourner et se maintenir dans Alep!. Partis de Malte le 24 septembre 1626, écrivait le P. Maniglier au P. Assistant, « nous sommes arrivés heureusement au port de Constantinople le 5 novembre, si bien que pour faire environ six cens milles, nous avons consommé quarante-deux jours dans l’Archipel? ».
8. M. de Césy n'avait pas attendu ce moment pour commencer les démarches en faveur des missionnaires. Malgré tous les obstacles, il parvint à faire respecter, avec leurs droits, la volonté du roi son maitre, et le 18 octobre 1696 il pouvait annoncer une bonne nouvelle au P. Général. « Révérendissime Père, ce m'a esté un extresme regret d’avoir cy-devant rencontré quel-
ques difficultés dans l'esprit des ministres du Grand Turc touchant l’establissement d’une mission de deux Pères en Alep, et je prends Dieu à tesmoing sy j’ay manqué en ce pieux dessing ny d'affection ny de diligence; mays comme il n’y a rien au . monde de plus changeant que les choses de cette Porte Ottomane, Notre Seigneur a permis qu’un nouveau visir, maintenant en charge, s’est trouvé plus capable de raison que son devantier, mayant accordé aujourd’huy les commandements impériaulx que j'ay requis du Sultan pour l’establissement et seureté des deux Révérends Pères Gaspar Maniglier et Jean Stella; et je supplie Votre Paternité Révérendissime de croyre que je n'’espargneray jamais mon propre sang pour tesmoigner à toute la vénérable Société qu'homme du monde ne me peut surpasser en affection de la servir ?. »
A Rome, on avait été indigné des manœuvres employées pour faire échouer la mission, et l’on attendait avec anxiété le résultat des démarches tentées par l'ambassadeur“. Dès qu'il fut connu, le cardinal Ludovisi, au nom de la congrégation de la Propagande, et M. de Béthune, au nom du Saint-Père, s’empres-
1. « Simplicissima narratio.. ». — Lettre du P. Général au P. Maniglier, 16 juin 1626 (Gall. miss., Epist. Gen.).
2. Lettre du P. Maniglier au P. Christophe Baltazar, 15 nov. 1626 (Miss. Constant, tin 129)
3. Lettre de M. de Césy au P. Général, 18 oct. 1626 (Bibl. nat., fr. 16.158, f. 414).
4. Lettre d’Ingoli, secrétaire de la Propagande au P. Aug. Burlo, observantin, à Jérusalem, 24 juin 1626 (Venezia, Archiv. di Stato, Dispacci di Aleppo, n. 1, f, 120).
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sèrent de remercier M. de Césy de son dévouement aux intérêts de la religion !.
Tout semblait promettre qu'un nouvel essai de mission réussirait. Outre les commandements du Grand Seigneur pour les autorités turques, on avait obtenu un décret de la Propagande recommandant aux religieux d'Alep de ne point s'opposer aux ministères des Pères de la Compagnie ?. Mais il semble qu'on ne prévoyait pas assez l'attitude hostile des consuls étrangers, surtout de celui de Venise; or celui-ci avait reçu ordre de la Seigneurie de combattre de tout son pouvoir l'établissement des Jésuites. Prévenu des luîtes à soutenir de ce côté, le P. Maniglier avouait au P. Général qu'il comptait uniquement sur le secours de Dieu et les prières de la Compagnie. Sa confiance fut récompensée.
La Turquie était alors en guerre avec la Perse. Le 11 Janvier 1627 le grand visir, ami de notre ambassadeur, partait de Constantinople pour rejoindre l’armée campée sous les murs d'Alep. Les PP. Stella et Maniglier s'embarquèrent le 21 du même mois sur les galères de Chypre, et parvinrent à Alexandrette le 15 avril. L'aga, prévenu de leur arrivée, les fit arrêter; mais à la vue du commandement signé par le grand visir, il leur permit de continuer leur route #, Deux jours après, les missionnaires rentraient à Alep d’où ils avaient été chassés seize mois auparavant. Un
de leurs mortels ennemis s'était vanté d’avoir en mains onze -
mille piastres « destinées à leur procurer un second bannissementi». À son instigation, les consuls d'Angleterre et de Venise les accusèrent, de nouveau, d’être des perturbateurs du repos public et d’avoir engagé les sujets du Grand Seigneur à se faire Francs, c'est-à-dire catholiques romains ?. Le grand visir manda devant lui les deux Pères et leurs accusateurs : « Vous êtes des imposteurs, dit-il À ces derniers : Je connais ces religieux; je les ai vus à Constantinople et j'ai signé moi-même le commandement donné en leur faveur; je ferai mettre aux fers le premier de vous
1. Lettre de Ludovisi à M. de Césy, 11 déc. 1626 (Bibl. nat., fr. 16158, f. 150). Lettre de Béthune au même (Zbidem, fr. 16.150, f. 633).
2. Decretum SS. C. de Propag. in causa Alepp., 23 janv. 1626 (Miss. Constant., t. I, n. 119).
3. Lettre du P. Stella au P. Général, 26 mai 1627 (Miss. Const., t. I, n. 128). — Lettre du consul vénitien d'Alep au sénat de Venise, 28 avril 1627 (Venezia Archiv. di Stato, Disp. di Aleppo, n. 1, f. 127-134).