Ibidem. — Cordara, n
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supplie d'agréer ce desseing, en cas que Votre S. R®° le trouve raysonnable et bien fondé. Et véritablement on juge que toute l’Archipelague ne doit pas estre abandonnée de tels secours spirituels. Considérant le notable fruict qu’on von y fayre en plusieurs isles où le peuple ne demande qu'à estre enseigné, et voyant qu'on travaille à des establissements incertains et hasardeux en plusieurs endroits du monde, je ne puys comprendre par quelle ra yson on ne vouldroit pas ayder tant de pauvres âmes en ces quartiers de l'Archipelle, où nous voyons que, quand vos Pères y ont été prescher, ils ne pouvoient fournir et satisfaire aux confessions. Ce que Votre S. R"° scachant mieux que moy, je ne me veulx étendre d'avantage, la suppliant me voulloir faire responce et me croyre pour tousjours de cœur et d’âme, de Votre S. R°°, Bien humble et très affectueux serviteur.
« Il est très: important, ajoutait-il en post-scriptum, que Votre S. R"* soit advertie que la prétendue résidence de Naxie ne peult estre sinon dépendante de Constantinople, puysqu’aultrement elle ne seroit ny seure ny selon le désir des Naxiotes et de moy en particulier !. »
Le P. ac de acer do la bielle ani avait toujours témoignée à la Compagnie. Il se déclara tout disposé à permettre l'établissement d’une nouvelle mission; mais il se réservait d'examiner à quelle résidence on devrait la rattacher, à Chio ou à Constantinople ?.
Cependant le P. Perrin, sur les vives instances de M. de Césy, s'était déjà rendu à Chio pour s'entendre avec les Pères Siciliens et à Naxie pour connaître les conditions dans lesquelles on pourrait s'y. établir. L’archevéque et le consul l’accueillirent « moins comme un hôte que comme un père ». On rédigea un acte par lequel les habitants, d’un consentement unanime, donnaient à la Compagnie, avec un revenu annuel, la chapelle ducale appartenant à une confrérie de pénitents, et une maison adjacente pour servir d'habitation. La mission devait dépendre de la résidence* de Constantinople. Deux Pères la composeraient, l’un chargé des prédications, l’autre de l'instruction des enfants‘.
Malgré l’unanimité exprimée dans l’acte de donation, quelques-
1. Lettre de M. de Césy au P. Général, 26 juillet 1627 (Bibl. nat., fr. 16158, f. 415).
2. Lettre du P. Général à M. de Césy, 21 septembre 1627 (Epist. Gen. ad Exlernos, t. 1613-1672).
3. Lettre du P. Perrin au P. Général, 23 août 1627 (Miss. Const., t. VUE, n. 45).
4. Documentum donationis (Miss. Consi., t. XI, n. 46). Lettre du P. Perrin au P. Général, 3 octobre 1627 (Ibidem, n. 47).
uns se montrèrent mécontents que la mission dépendit de Constantinople et non de Chio. Ils écrivirent « sous main » au P. Général afin qu’il la rattachât à la Province de Sicile. Ce fut sans doute en vue de concilier les esprits qu’on envoya aux Naxiotes un Père Français, Mathieu Hardy, et un Père Sicilien, Georges Casa. Mais cet expédient ne servit qu'à entretenir la division‘. Sur les représentations de M. de Césy, le P. Général décida que désormais Naxie ne recevrait plus que des religieux grecs ou français ?.
Les premiers missionnaires trouvèrent dans l'île de nombreuses superstitions et des coutumes extravagantes qu'ils s’efforcèrent d’abolir. Donnons un exemple entre beaucoup d’autres. « Une femme qui avoit perdu son mary ou une mère qui avoit perdu sa fille assistoient à leurs funérailles comme des désespérez, ou plutôt comme des furies, s’arrachant les cheveux, se battant la poitrine, déchirant leurs habits et hurlant d’une manière épouvantable, mêlant avec leurs cris des blasphèmes contre la Providence. La cérémonie achevée, elles s'enfermoient six mois ou un an durant dans leurs maisons sans en vouloir sortir, non pas même pour aller à la messe et à l’office divin aux jours les plus solennels de l’année. » | eu
L'ignorance des vérités religieuses et le relâchement des mœurs n'étaient pas moins grands que la superstition. Les ecclésiastiques eux-mêmes vivaient dans l’oisiveté et la mollesse, célébrant rarement le saint sacrifice et s'acquittant très mal de leurs autres devoirs. Les missionnaires, sachant par expérience que la réforme des peuples dépend de celle de leurs pasteurs, s’appliquèrent d’abord à l'instruction de ceux-ci; quand ils furent instruits, tous ensemble travaillèrent à enseigner les fidèles, et avec tant de fruit que bientôt la vérité et la vertu régnèrent à Naxie sur les ruines du vice et de l’erreur“.
10. Au centre des Cyclades il y avait une autre ile qui pouvait encore offrir à la Compagnie de Jésus un champ fertile d'apos-
1. Lettres du P. Hardy au P. Général, 4 avril 1627; s. d. 1630; 4 octobre 1630 (Miss, Const., t. XI, n. 48, 49, 69). |
2. Lettre de M. de Césy au P. Général, 30 juin 1630 (Miss. Const., t. VIIT, n. 81). Lettre du P. Général à M. de Césy, 22 octobre 1630 (Epist. Gen. ad Externos, 1613- 1672).
3. Fleuriau, op. cit., p: 232-233. — Litt. ann. resid. Naxiensis, 1637 (Miss. Const., t. VII, n. 109) |
4, Fleuriau, op. cit., p. 235.