‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 25 sur 308 · AD RAS · texte numérisé non relu

AD RAS

quelques-uns au fameux prédicateur de la Ligue, Jean Boucher. L'archidiacre de Tournai protesta qu'il n’y’ était pour rien et se justifia publiquement de la calomnie!. D’autres l’attribuèrent à Jansénius, qui plus tard écrivit contre la France un ouvrage encore plus insultant ; puis à Scioppius qui en était bien capable. « Je ne doute pas, écrivait le secrétaire d'État Phelypeaux à M. de Béthune, ambassadeur à Rome, que vous n'ayez vu par de là un meschant libelle que l’on tient avoir esté composé à Rome contre le Royen forme de remonstrance.…. Ce libelle a couru par toutela France... L'on tient que l'auteur est Gaspard Scioppius, Allemand ?.» Les ennemis de la Compagnie prétendirent que le per-

nicieux écrit avait été médité de concert avec la cour de Rome

et les Jésuites. Les uns nommaient le P. Scribani qui se disculpa ; d’autres le P. Eudaemon-Joannès?: ce dernier, lors de son voyage avec le cardinal Barberini n'aurait eu d'autres maximes, dans ses entretiens à Lyon, Avignon et Paris, que celles de l’Admonilio. « Mais ledit cardinal et tous les Jésuites, mandait de Rome M‘ de Marquemont, déchargent fort sa mémoire de ce crime, et ceulx qui ont considéré ses autres compositions semblent ne recognoistre pas son style en celle-cy{. » Il est tout à fait faux, falsissimo, écrivait de son côté le cardinal secrétaire d’État, que ce Père soit l’auteur des livres incriminés ÿ.

Les adeptes de Théophile de Viau, trop heureux de se venger du P. Garasse, le signalèrent comme le vrai coupable. Ils espéraient le faire poursuivre pour outrages envers la France et son roi. « Souvent, raconte le vaillant polémiste, je m’entendois saluer par la ville avec ces paroles : Admonitio ad rejem. Du Moustier, esprit enragé contre notre Compagnie, s’en alloit parcourir toutes les boutiques des libraires de la rue Saint- Jacques, demandant à haute voix si on n’avoit pas l’Admonition du P. Garassus contre le Roy? Ranphan, d'un autre costé, fit un sanglant libelle contre nostre Compagnie et nommément contre moy, me disant auteur de ce malheureux livre 6. » Le P. Garasse se défendit et rencontra dans le cardinal de La Rochefoucauld, le

1.Spada à Barberini, 31 oct. 1625 (Archiv. Vat., Nunz. di Francia, n. 64, f. 458). Cf. Baillet, Vie de Richer, p. 341.

9, Phelypeaux à Béthune, 21 nov. 1625 (Bibl. nat., fr. 1669, f. 94).

3. Spada à Barberini, 31 oct. 1625 (Archiv. Vat., Nunz. di Francia, n. 64, f.

4. Marquemont à Phelypeaux (Archiv. du min. des Aff. Etrang., Rome, corresp.,

t. XXXVILL, f. 431).

5. Barberini à Spada, 30 déc. 1625 sé Vat., Nunz. di Francia, n. 64, f: 696), 6. Garasse, Récit au vray..…, p.

Le

duc de Montmorency et le procureur général Mathieu Molé, des amis qui cautionnèrent sa probité. « Le Roy, qui a sceu le vrai auteur, nous à fait enfin cette faveur de dire, en présence de plusieurs seigneurs, qu'il scavoitque ce n’estoit pas un Jésuite. MF le cardinal de Richelieu et M“ le Nonce nous ont fait l’honneur de déposer le même et de dire publiquement que l’auteur de cet avorton ne futjamais un Jésuite, ni bon ami des Jésuites !! »

En vain avait-on fait planer sur plusieurs religieux d’indignes soupçons, jamaisonne putavancer contre eux une accusation formelle. Cependant les accusateurs ne. s’avouèrent pas vaincus : à les entendre, l’Admonition ne pouvait avoir été inspirée que par l'esprit de l’Institut dont elle reflétait la doctrine, et le Souverain Pontife avait positivement affirmé qu’un Jésuite en était l’auteur. Ce bruit pénétra jusqu’à la cour de Savoie, et le P. Pierre Monod, confesseur de la Sérénissime princesse, en avertit Le P. Général. Vitelleschi lui répondit, le 25 janvier 1626 : « Jamais le Souverain Pontife n’a pu affirmer cela, car il connait le véritable auteur du libelle, lequel, je crois, n’est point non plus ignoré du Roi Très Chrétien. Votre Révérence aura donc soin de dire à qui de droit la vérité, et elle profitera de la première occasion pour montrer la fausseté des accusations dirigées contre nous, la malice des calomniateurs et le dommage que la crédulité peut causer à la réputation du prochain. Dieu, en qui repose notre espérance, fera tout servir au bien général et aussi à notre profit spirituel, si nous supportons patiemment les injustes traitements des hommes?, »

7. Richelieu, dès l'apparition des deux libelles, s'était bien promis de les faire condamner par l'autorité judiciaire et l’autorité religieuse. ‘Le 30 octobre 1625, une sentence du prévôt de Paris déclara «lesdits livres pernicieux, méchants et séditieux. remplis desfaux bruits, etcontenant plusieurs maximes et propositions contraires à l'autorité des rois établis de Dieu et à la sûreté de leurs personnes, au repos des peuples, et tendant à Les induire à rébellion sous un faux et simulé prétexte de religion ». Elle ocdonnait en conséquence qu'ils seraient lacérés et brûlés en place de Grève; enjoignait à toutes personnes, de quelque qualité qu'elles fussent, d'apporter les exemplaires en leur pos-

Page 1