Mémoires de Richelieu, t. LE, p
3. Ibidem, p. 24. — Cf. Benoît, Hisloire de l’édit de Nantes, t. IH, Preuves, p.92. — De Felice, op. cil.; p. 322.
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pour Paris. C’est à ce moment, croyons-nous, que le monarque toujours animé d’un esprit de foi dont le mérite rejaillit sur les Jésuites ses directeurs, décida de faire construire dans la capitale une église dédiée à Notre-Dame des Victoires, acte touchant de reconnaissance pour le triomphe remporté sur l’hérésie. Cette église sera celle du couvent des Augustins Déchaussés, surnommés les Petits Pères, et deviendra plus tard, par le grand nombre des faveurs miraculeuses que la Mère de Dieu se plait à y répandre, l’un des sanctuaires les plus célèbres du monde. Le roi en posa la première pierre le $ décembre 16291.
Quant à Richelieu, après ure tournée dans le Languedoc, il ne tarda pas à rejoindre la cour qu'il savait agitée et très montée contre lui. Parmi ses ennemis, les uns lui reprochaient d’avoir trop ménagé les huguenots, les autres de brouiller le roi avec sa femme, sa mère et son frère. Mais le parti qui lui ménageait l'accueil le plus sévère était celui de Marie de Médicis, toujours irritée de n'avoir pu empêcher l’expédition d'Italie. Dès qu'il fut arrivé à Fontainebleau, le 13 septembre (1629), ‘il se rendit chez la reine mère avec les maréchaux de Schomberg, de Bassompierre et de Marillac; recu avec une froideur remarquée de tout le monde, il répondit à la reine qui lui demandait des nouvelles de sa santé : « Je me porte beaucoup mieux que beaucoup de gens qui sont icy ne voudroient. » Marie de Médicis rougit, et jetant les veux sur le cardinal de. Bérulle vêtu d’un costume de voyage, habit court et bottines blanches, elle se mit à sourire de cet accoutrement. Alors s’approchant d'elle, Richelieu lui dit : « Je voudrais être aussi avant dans vos bonnes grâces que celui dont vous vous moquez. » Elle lui répondit qu’elle ne pouvait s'empêcher de rire en voyant l'habillement extraordinaire de M. de Bérulle, qu'au surplus l'estime qu'elle faisait de ce prélat ne diminuait en rien les sentiments avantageux qu’elle avait pour le vainqueur de La Rochelle et de Montauban. Richelieu lui ayant présenté les maréchaux de Schomberg, de Bassompierre et de
1; Le Mercure françois, ann. 1929, t. XVI, p. 901 et suiv. Cf. Piganiol de La Force, Description de Paris, t. 11, p..517, 519. Sur la plaque de marbre posée dans les fondements par le roi on lisait cette inscription : « Deo,.Opt. Max. Ludovicus XIII, Dei gratia Francorum et Navarrae Rex Chrislianissimus, invictus et ubique victor, tot Victoriarum coelitus partarum, profligataeque haereseos non immemor; in insigne pietalis monumentum, FF. Augustinianis Discalceatis conventüs Parisiensis hoc tem-
plum erexit, Deiparaëque Virgini Mariae (sub titulo de Victoriis) dicavit anno Domini MDCXXIX, die IX mensis Decembris, Regni vero XX. »
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Marillac, elle affecta de ne parler qu'au dernier, frère du garde des sceaux son favori!. À ce moment le roi entra, et après avoir donné à son ministre toutes les marques possibles de son atfection, il s’enferma avec lui dans le cabinet de la reine mère. Là, Richelieu se plaignit de l'accueil qu'il venait de recevoir de Marie de Médicis, et demanda la permission de se retirer du ministère. Le roi lui offrit de les raccommoder; et, em effet, sa mère étant venue se plaindre de son côté, il lui dit que si le cardinal lui avait manqué de respect, il serait le premier à le condamner, mais qu'il la suppliait de pardonner cette offense*.
Cependant Richelieu, le jour même, avertit la marquise de Combalet, sa nièce, dame d'atour de la reine mère, et plusieurs officiers qu’il avait placés dans la maison de cette princesse, de se tenir prêts à en sortir parce que lui-même était résolu de quitter la cour. Puis il écrivit à Marie de Médicis une lettre, en apparence soumise et affectueuse, où il offrait de renoncer au ministère si elle le jugeait à propos. L'indignation de la reine mère ne s'apaisa point devant ces marques de déférence. « L'affaire alla jusqu'au point que le roi, craignant qu'elle n'eût point de remède, en pleura très amèrement presque tout un jour, et son confesseur [le P. Suffren] homme de très rare vertu, en fut surpris d'un choléra morbus dont il faillit mourir… Le roi, enfin, détrempa par ses larmes la colère de la reine, qui reconnut que [le cardinal} n'avait d'autre tort que celui de lui avoir trop tôt demandé son congé*. »
10. Marie de Médicis ne tardera pas à concevoir contre Richelieu de nouveaux griefs : sa rancune sera envenimée par une séconde intervention de la France dans l'affaire de la succession de Mantoue, intervention amenée et vouiue par la politique du cardinal. L'empereur d'Autriche, Ferdinand II, tenant à l'égard du roi de France une conduite étrange, osa soutenir par les armes les compétiteurs du duc Charles de Gonzague. Après quelques mois de négociations, où le ministre de Louis XIII, déploya son habilité ordinaire, trente mille Autrichiens enva-
1. Recueil de Mathieu de. Mourgues, cité par Daniel, Histoire de France, t. XIE, p. 681. |
2. Mémoires de Bassompierre (Edit. Michaud, t. XVII, p. 307). — Cf. Fouqueray; Le P. Suffren à la cour de Louis XIII et de Marie de Medicis (Revue des questions historiques, t. LXVIII, juillet et octobre 1900).