‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 265 sur 308 · Dupleix, Histoire de a le Juste, p · texte numérisé non relu

Dupleix, Histoire de a le Juste, p

à. Mémoires de. Richelieu, t. HI, p. 319.

4. Par ordre du cardinal, la princesse de Conti, fille aînée du duc de Guise, dut se retirer à Eu. « Elle fut tellement outrée de douleur de se voir séparée de la reine mère, qu'elle ne voulut ni ne sut pas survivre » (Mémoires de Bassompierre, p. 324). Son corps fut inhumé dans un petit caveau de l’église du collège des Jesuites, sous la chapelle Sainte-Catherine (Cordara, Hist. Soc. Jesu, P. VI, 1. XVI, n. 460). — Bréard, Hist. du collège d'Eu, p. 87, S8).

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se trouvait bien près de Paris; les partisans de la reine mère ne tenteraient-ils point de la délivrer? Dès le 24 février, M. de La Ville-aux-Cleres lui fut envoyé pour l’engager à se rendre à Moulins et lui offrir le gouvernement du Bourbonnais. A cette proposition elle se répandit en invectives contre le cardinal ; s’imaginant que Moulins ne serait qu’une étape vers l’Italie, elle: déclara d’abord qu'elle souffrirait plutôt tous les outrages que de s’y rendre; puis, cédant aux représentations du P. Suffren et de Cottignon, secrétaire de ses commandements, elle écrivit au roi qu'elle se résignait à lui obéir. Mais, comme la peste désolait Moulins et que le château était fort délabré, elle suppliait son fils dé trouver bon qu’elle demeuràt quélque temps à Nevers!. Elle n’avait demandé que huit ou dix jours pour préparer son départ, bientôt elle réclama de nouveaux délais qui lui furent accordés.

Durant ces pénibles négociations, quelle avait été l'attitude du P. Suffren? Le roi, er partant de Compiègne, lui avait ordonné de rester jusqu’à nouvel avis auprès de Marie de Médicis afin de l’assister de ses conseils, et nous savons par la correspondance de Louis XIII avec le maréchal d’Estrées? que le religieux s’acquitta de son rôle à la satisfaction de tous. On espérait si bien qu’il déterminerait la reine à se rendre au lieu de son exil, qu'on lui donna l’ordre, le 18 mars, de ne plus la quitter”. Mais on se trompait fort sur l’apparente docilité de la prisonnière. Sachant qu’elle ne manquait point à La cour d’amis prêts à se déclarer au moment opportun, elle avait le dessein de ne point s'éloigner de Paris; elle avait aussi l’espoir que son fils Gaston en viendrait, comme il l'avait déjà fait tant de fois, à un accommodement dont elle pourrait profiter. Quel ne fut donc pas son étonnement, quand elle apprit que Monsieur levant l’étendard de la révolte faisait appel à tous les mécontents pour hâter la chute du cardinal. A la vérité 1l eut peu de succès, car il n’inspirait aucune confiance ; quelques rares gentilshommes se joignirent à lui; les autres communiquèrent au roi les lettres par lesquelles on réclamait leur concours. A peine Louis XIIT, à la tète d’une petite armée, commenca-t-1l à marcher sur Orléans, que Monsieur affolé s'enfuit en Bourgogne. Poursuivi d'étape en étape, il dut passer en

1. Lettre de Marie de Médicis au roi, 24 février 1631 (Bibl. nat., coll. Dupuy, vol. 49, f. 213).

2. Lettres du roi à d'Estrées, 6 mars 1631 (Jbidem, f. 52); 14 mars (Jbidem, f. 78).

3. Réponse du P. Suffren au roi, 25 mars 1631 (Ibidem, f. 117).

Franche-Comté d’où il négocia avec le duc Charles IV sa retraite en Lorraine.

#. Cependantla sortie de Monsieur du royaume avait confirmé Marie de Médicis dans son idée de ne pas quitter Compiègne. En vain le roi lui envoya le marquis de Saint-Chamond pour lui ordonner de se rendre à Moulins : elle refusa de partir, prétendant qu’on lui tendait un piège et que des galères l’attendaient à Marseille pour la conduire en Italie*. Les instances du maréchal d'Estrées et du P. Suffren ne firent qu'augmenter ses soupçons. Elle n’accueillit pas mieux l'offre d'échanger Moulins pour Angers; à tous les raisonnements elle répondit « qu’il en arriverait ce qu'il plairait à Dieu“ ».

Cet entêtement, cette résistance fut bientôt un scandale à la cour et dans tout le royaume. Les ennemis de la Compagnie en profitèrent pour rejeter la faute sur le confesseur de la reine mère et du roi. On allait chuchotant que Louis XIIT, peu satisfait du P. Suffren, songeait à se séparer de lui et à renoncer à tout Jésuite pour la direction de sa conscience. Ce prétendu projet fut aussitôt démenti par Richelieu. « Mon Père, écrivait-il au principal intéressé, on n’a point pensé à faire changement en ce qui touche votre personne. Je ne trouve point estrange que le bruit, qui dit tant de faussetés, l’ayt publié. Il avoit bien esté jusque-là qu'on disoit qu’on changeroit vostre Ordre, et toutesfois vous scavez bien que le Roy l’aime de telle sorte... que, quand même Dieu vous auroit appelé, jamais ce changement n’arriveroit. Je m'estonne un peu que vous ayez eu cette créance; mais nous en parlerons plus amplement vous et moy. »

En l'absence du P. Suffren, Louis XIII s’était adressé pour la confession au P. Aléxandre Jarri, jésuite, natif de Poitiers 5. Ce ne fut pas lui cependant qu'on choisit comme confesseur ordinaire de Sa Majesté, quand on décida que le P. Suffren resterait avec Marie de Médicis. Un sermon que ce dernier prêcha dans une église de Compiègne aurait été, au dire du P. Griffet, l'occa-

1. Mémoires de Gaston, p. 586, 587. Cf. D’Haussonville, Histoire de la réunion de la Lorraine à la France, t.T, p. 267.

9. Lettre du roi à la reine mère, 1* avril1631 ; — réponse de la reine, 11 avril (Bibl.

nat., Cinq-cents Colbert, t. XX, f: 49, 50).

3. Lettre du roi à sa mère, 28 mai; — réponse de la reine, 31 mai (/bidem, f. 51, 52)

4. Lettre inédite de Richelieu au P. Suffren, 10 mars 1631 (Bibl. de l'Institut, coll. Godefroy, t. XV, fol. 429).

© 5. Oroux, Histoire ecclésiastique de la cour, t. IF, p. 392. — Grégoire, Histoire des confesseurs des rois, p. 339.

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sion ou le prétexte de son changement. « On prétendit qu'il y avoit clairement désigné la reine mère et le cardinal de Richelieu,

l'une comme personne injustement maltraitée, et l’autre comme un persécuteur. Le roi, aui.en fut bientôt informé, lui en sut très mauvais gré, et, quoique [le Père] se défendit d’avoir eu l’intention qu’on lui attribuoit et qu'il rejettât sur la malignité de quelques-uns de ses auditeurs l'application que l’on avoit faite de ses paroles, le cardinal engagea le roi à choisir un autre confesseur, qui fut le P. Maïllan, jésuite, et il chargea le marquis de Saint-Chamond, par une instruction datée de Dijon Le 2 avril 1631, de faire entendre au P. Suffren que Sa Majesté, le jugeant très nécessaire auprès de la reine sa mère, s’étoit résolue de s’en pri-° ver pour le lui laisser entièrement, ayant fait choix d’un de leurs Pêres pour être son confesseur. » On ajoutait dans la même instruction « qu'il n’y auroït pas grand mal de lui faire connaitre

que Sa Majesté n'étoit pas trop satisfaite de sa dernière prédi-

cation ! ».

Pour un religieux nus détaché du monde que le P. Suffren, l'abandon d’une cour orageuse n’était pas un sacrifice mais une heureuse délivrance. Son successeur, Le P. Charles Maïllan, était provincial de Lyon lorsque les deux cardinaux de Richelieu ? le proposèrent à Louis XIIL; l’un et l’autre avaient eu l’occasion d'admirer ses qualités et sa vertu à toute épreuve. Le roi, dès qu'il l’eut vu, l’accueillit avec joie etne voulut plus s’en séparer. Toutefois ce vrai jésuite, peu touché de l'honneur d’un poste si éclatant, n'avait point caché sa répugnance à l’accépter. « Celui qui aime sincèrement la vie religieuse, disait-il, ne peut aimer la vie des cours. » Il se résigna par obéissance et dans l'espoir de servir la cause dé Dieu ?.

Le P. Général se montra très heureux de ce nouveau choix, et, en félicitant le Père d’avoir été jugé capable d’un si lourd

fardeau, il lui disait les moyens de le porter d’une facon utile

et honorable. Il écrivit aussi à Richelieu et au roi pour les remercier de l'affection qu'ils avaient témoignée à la Compagnie en cette circonstance

1. Griffet, Hisloire du règne de Louis XIIT, t. II, p. 161. — Instruction du Sieur marquis de Saint-Chaumont (Avenel, Lettres de Richelieu, t. IV, p. 121).

2. Sur Alphonse de Richelieu archevèque/de Lyon, voir : G. de Mun, Un frère de Richelieu. Le cardinal de Lyon, dans la Revue d'Histoire diplomatique, année 1904, p. 161-199.

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