‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 270 sur 308 · Ibidem, p. 803. Cf. De La Serre, op. cil., p · texte numérisé non relu

Ibidem, p. 803. Cf. De La Serre, op. cil., p

larmes aux yeux, qu'il n'avait jamais pensé à pareille chose et

qu'il aimerait mieux mourir que concevoir un tel dessein, ne

pourra-t-1il pas recommencer, quand il le voudra, en disant au roi qu'ainsi l’exigent l'intérêt de l’État et le bien du royaume? Et alors la nouvelle situation sera pire, et la seconde captivité plus sévère que la première. Votre Paternité devine combien il m'est difficile de tout concilier, et même de donner tel conseil plutôt qu'un autre. D'un côté, si la reine retourne en France, n'est-il pas à craindre que malgré toutes les promesses qu’on lui fera, — on lui en avait bien fait en ma présence, quinze jours avant sa détention à Compiègne — elle n’ait à supporter les mêmes affronts que par le passé et peut-être de plus graves? car il est probable qu'on la surveillerait de plus près, pour l'empêcher de sortir une seconde fois du royaume. Mais alors que dirions-nous, moi et tous ceux qui auraient conseillé ce retour? D'un autre côté, si elle ne rentre pas, cet exil perpétuel, outre qu’il ne lui sourit guère, servira de continuel prétexte à des troubles ou révoltes en France. dir

« Quant à moi, j'essaie de toutes mes forces de ramener la paix et la sécurité, maïs tous mes efforts sont inutiles. Le souvenir d’un passé que je n'aurais jamais pu prévoir, autorise de tristes prévisions pour l'avenir. J'écris tout ceci avec simplicité à Votre Paternité, afin qu'elle sache qu'ilne dépend pas de moi de procurer la paix au royaume de France, et que, dans sa paternelle charité, elle veuille bien me suggérer quelque bon conseil dans une affaire si délicate et si difficile... Je fais, comme je le dois, si grand cas de sa direction qu'il me sera aisé de m'y conformer !.»

IL n’était pas facile au P. Vitelleschi, de donner au confesseur de la reine mère une direction précise dans une affaire très complexe dont il ignorait les dessous et les circonstances particulières. « Ce que je puis dire en général, répondit-il, c'est que vous ferez

une œuvre très agréable à Dieu et digne de votre piété en travail-

lant à la pacification des esprits et à l’affermissement de la paix que le Fils de Dieu nous a tant recommandée et qui, nous le savons par expérience, produit de si bons fruits. Je suis persuadé que Votre Révérence, avec sa prudence et son zèle habituels, n’omettra rien pour procurer une enviable concorde, si désirée de tous?.»

7. Après six semaines environ de séjour à Anvers, le P. Suffren

1. Lettre du P. Suffren au P. Général, 25 sept. 1631 (Franciae Ebpist., t. I, n. 88). 2. Lettre du P. Général au P. Suffren, 28 oct. 1631 (Francia, Epist. Gén., t. V).

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suivit Marie de Médicis à Bruxelles. Sauf les préoccupations politiques, il se trouvait, disait-il, aussi heureux qu'en France, grâce à la charité de ses «bien aimés Pères et Frères! » des deux florissantes provinces de Belgique. A son grand regret toutefois. l'ignorance de la langue flamande lui interdisait presque tout minisière en dehors de la cour. Il consacra ses loisirs à recueillir les matériaux de son beau livre, L'Année chrétienne, qui ne devait être publié qu'après sa mort. Il n’entrevoyait aucun espoir de rentrer en France. La reine mère restait convaincue qu'elle n’y vivrait point tranquille tant que le cardinal de Richelieu détiendrait le pouvoir, et l’on savait que le roi ne sacrifierait point un ministre qu’il regardait comme nécessaire ?. ;

Aussi bien, ni Louis XIII ni Richelieu ne semblaient désirer le retour de Marie de Médicis; celui de Gaston d'Orléans leur importait davantage. « On travaille en ce moment, écrivait le P. Suffren le 8 octobre 1631, à réconcilier Monsieur, frère du roi, avec le cardinal, et à le détourner ainsi de la pieuse et tendre affection qu'il avait montrée jusqu'ici pour sa mère. La reine ne l'ignore pas et craint la réussite de ce projet; car, délaissée de ses deux fils elle entrevoit toute une suite de nouveaux malheurs. Je laisse à penser à Votre Paternité quelles sont les angoisses de mon âme au milieu de tout ce que j'entends et je vois. De puis dixsept ans que je suis à la cour, je sais par expérience la tendresse que la reine a toujours eue pour le roi et son royaume, tout ce qu'elle a fait et souffert pour l’un et l’autre, toutes les calomnies répandues contre elle en France et à l'étranger. Une seule chose nous console, c’est que la vérité sera connue un jour etnous délivrera?. »

Tels étaient, on peut Le croire, les vrais sentiments de la reine mère au moment où le P. Suffren écrivait, mais les choses ne tardèrent pas à changer de face. La tentative d’un accord entre Gaston d'Orléans et Richelieu ayant échoué, le prince n'hésitera pas à demander aux Espagnols des secours d'argent, même à lever des troupes, et Marie de Médicis, entourée d'intrigants, unira sa cause à celle de Monsieur soutenu par le due de Lorraine.

Au premier abord, Charles IV n’avait pas vu sans dépit le frère de Louis XIII se réfugier dans ses États. La seule présence du prince v’allait-elle pas attirer les représailles du gouverne-

. Lettre du P. Suffren, 25 septembre, déjà citée. . Lettre du P. Suffren au P. Général, 8 oct. 1631 (Franciae Epistolae, t. I, n. 89). - Lettre du 8 oct. 1631 déjà citée.

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ment français? Peu à peu ses appréhensions se dissipèrent, à l'idée des avantages qui résulteraient d’une alliance avec l'héritier présomptif de la couronne. Or, deux ans plus tôt, durant un séjour à la cour du duc Charles, Gaston avait paru distinguer sa sœur cadette, Marguerite de Vaudemont, alors âgée de 15 ans. Onluifit entendre qu’il ne devait pas songer à trouver asile en Lorraine, s'il ne s’engageait ele on avec la jeune princesse. Monsieur promit de l’épouser, et aussitôt il fut reçu à Épinal où s'était retirée la petite cour, chassée de Nancy par une maladie contagieuse. Marie de Médicis de son côté approuvait le projet de mariage: elle en pressait même la célébration. Mais la cérémonie dut être différée à cause des formalités à remplir vis-à-vis du roi et de la cour de Rome.

Entre temps, Gaston pratiquait des intelligences avec les Espagnols et les gouverneurs de quelques provinces françaises ; le duc de Lorraine, sous prétexte de renforcer les armées impériales contre Gustave-Adolphe, se mettait à lever des troupes elles étaient en réalité destinées à servir sous le duc d'Orléans, lequel devait entrer en France avec une puissante armée pour obtenir du roi manu militari le consentement à son mariage. Il devait bien prévoir, en effet, la puissante opposition de Louis XIII et de son ministre. L'un et l’autre, aux nouvelles reçues de Lorraine, furent vivement blessés : le roi ne pouvait agréer l'alliance matrimoniale de son frère avec une famille jadis rivale de celle des Bourbons, et Richelieu supportait mal les entraves apportées à ses grands desseins contre la maison d'Autriche . L'abbé du Dorat fut donc envoyé à Charles IV, avec ordre d' exiger des explications sur les levées de troupes et « de demander ce qu'il en était du bruit d'un mariage de Monsieur avec la princesse Marguerite ». Puis, comme déjà l’on savait à quoi s’en tenir, Louis XIII à la tête de son armée traversa la Champagne, et menaçant les frontières de la Lorraine il s'arrêta dans Metz avec Richelieu; pendant ce temps-là le maréchal de La Force s'emparait de Vic et de Moyenvie, places fortes occupées per des détachements impériaux. Le due Charles n'avait plus qu'à se rendre à merci ?. Par le traité de Vic (6 janvier 1632) il renonçait à toute alliance avec les ennemis du roi, livrait pour trois ans

. Mémoires de Gaston d'Orléans, p. 586, 587. — D'Haussonville, op. cil., p. 268- . — Mémoires de Richelieu, t. AE, p. 332.

2. Mémoires de Richelieu, t. IX, p. 252. — Le Mercure françois, t. XVIL, ann. 1631, p. 208. — D’Haussonville, op. ci. p. 279 et suiv.

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la ville de Marsal, sa principale forteresse, et promettait de ne donner aucune retraite à Monsieur, ni à la reine mère, ni à leurs partisans. Mais ces engagements arrachés par la contrainte, Charles IV comptait bien ne pas les remplir. Louis XII lui ayant signifié son opposition au mariage projeté entre son frère et : Marguerite de Vaudemont, il protesta que cette union n'aurait jamais lieu. Or, quelques jours auparavant, le 3 janvier au soir, à Nancy, dans une chapelle du prieuré de Saint-Romain, en présence de Catherine de Lorraine, abbesse de Remiremont, du duc d’'Elbeuf, de Puylaurens et de la dame Nouvelette, gouvernante de la jeune princesse, le mariage avait été béni par Frère Albin Tellier, de l’ordre de Saint-Benoît, auquel le cardinal Nicolas François de Lorraine, évêque de Toul, avait donné tout pouvoir !.

Aux termes du traité de Vic, Monsieur devait quitter la Lorraine. Le roi lui offrit l'oubli du passé et son retour à la cour : il préféra se retirer auprès de la reine mère à Bruxelles?.

Durant leur séjour à Metz, Louis XIII et Richelieu témoignèrent plus d’une fois leur bienveillance pour la Compagnie de Jésus. Le P. Ignace Armand, alors provincial de Champagne, accouru de Pont-à-Mousson pour les saluer, reçut d’eux le plus aimable accueil. Le jour de la Circoncision (1632), fête très chère aux Jésuites, Le roi vint à l’église de leur collège pour y commencer d’une facon vraiment chrétienne la nouvelle année; le cardinal y célébra la sainte messe. Le soir, des musiciens de la chapelle royale chantèrent les vêpres qui furent suivies d’un sermon auquel assistèrent Louis XIII, Anne d'Autriche et les

principaux personnages de la cour.

8. Le 13 février Le roi partait de Metz pour retourner en France. 11 n’eut pas plutôt quitté la Champagne que Charles IV renouait des intelligences avec les ennemis du royaume. L'empereur Ferdinand s’engagea, aussitôt qu'il aurait repoussé Gustave- Adolphe, à envoyer en Lorraine une puissante armée pour reprendre Marsal. Le roi d'Espagne, Philippe IV, promit au duc l’aide de ses finances et de ses armes. Mais aucune de ces démarches n’échappait à la perspicacité de Richelieu. Dans un conseil assemblé par le roi, il dévoila le complot et demanda des 1. Griffet, op. de tAT:D/212.

2. Le Mercure françois, t. XVIIT, an. 1632, p. 17-19. 3. Lettre du P. Général au P. Armand, 18 mars 1632 (Campan., Epist. Gen., t. 1).

Annales 1632 (Campan.hist., t. I, n. 18). Cf. Cordara, Hist. Soc. Jesu, P. VI, 1. XVII,

mesures énergiques contre le duc de Lorraine, « prince sans parole, sans foi, sans prudence, fourbe, déloyal et peu sage, animé contre le roi, lié particulièrement à ceux qui en voulaient à Sa Majesté ». Louis XIII, approuvant la politique deson ministre, se remit en route pour aller prendre le commandement de son armée. Le 12 juin les ducs de La Force et d’Effiat occupaient Nomény, le lendemain Pont-à-Mousson. Le roi, de son côté, après s'être emparé de Bar et de Saint-Mihiel, arrivait le 24 juin sous les murs de Naney. La ville mal ravitaillée ne pouvait offrir une longue résistance : Charles IV une seconde fois demanda la paix etson pardon. Le traité de Liverdun (26 juin 1632) lui enleva les villes et citadelles de Stenay et de Jametz et tout le comté de Clermont; il devait en outre exécuter les autres clauses du traité de Vic, etson frère, le cardinal Nicolas-François, demeureraiten otage jusqu'à la reddition des places promises. Aussitôt le prélat se rendit auprès du roi à Pont-à-Mousson !. |

L'ancienne Histoire et les Lettres Annuelles de la Compagnie ont gardé quelques souvenirs du passage de Louis XIII dans la vieille cité universitaire et de sa visite au collège des Jésuites. S'il y fut recu avec courtoisie, on s'abstint cependant de solenmelles manifestations : Pont-à-Mousson était une ville lorraine où le roi avait pénétré en vainqueur plutôt qu’en ami. Après avoir assisté dans l’église des élèves à la célébration des saints mystères, il entra dans l'intérieur de la maison et visita toutes les classes. Aux murs étaient suspendus des tableaux représentant des sièges de villes, des triomphes, des jeux, des festins et plusieurs autres sujets empruntés à l’histoire romaine. Il interrogea les enfants, leur demanda l'explication de toutes ces choses et s’entretint familièrement avec eux. En passant près de la chapelle des Congréganistes où se conservait le Saint Sacrement : « Voila, dit-il, mes deux dévotions préférées, la Sainte Eucharistie et la piété enversla Mère de Dieu. » Mais il ne se contenta pas de paroles aimables. Songeant aux calamités que la guerre entrainait après elle, il voulut en préserver les propriétés du collège. Il les prit officiellement sous sa protection, et, par un ordre du jour, défendit aux soldats de loger dans les édifices ou de commettre aucun dégât dans les champs. On vit alors se réaliser les paroles du poète : courtisans et sujets s'empressèrent d'imiter le roi. Richelieu voulut bien donner à la communauté

1. Mémoires de Richelieu, p. 388. — De Flassan, 0p. cils, te 1, Pe 7; 8

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des marques signalées de son estime; le maréchal d’Effiat vint diner au collège et demeura toute la soirée au milieu des Pères, les traitant avec une exquise simplicité. Les officiers préposés à l'établissement des camps s’enquirent avec soin où se trouvaient situés dans les environs les domaines appartenant à la Compagnie, afin de les préserver de tout dommage. Telle fut ou la vigilance des chefs ou la réserve des soldats, que dans un jardin ouvert durant plusieurs jours à une foule nombreuse, personne ne se permit de cueillir aucun des fruits mûrs qui pendaient aux branches des arbres !.

Le 7 juillet, lorsque les places fortes exigées de Charles IV eurent été remises aux garnisons francaises, Louis XII quitta

Pont-à-Mousson et ia Lorraine.

9. Cependant, à Bruxelles, Gaston d'Orléans n'était pas resté inactif au milieu des fêtes données en son honneur. Il révait à nouveau de rentrer en France les armes à la main. De puissants personnages lui avaient promis leur concours et parmi eux Henri Il de Montmorency, alors gouverneur du Languedoe, « le premier des grands du royaume ». Mécontent d'être tenu en suspicion par Richelieu et flatté du titre de connétable qu'on fit briller à ses yeux, il crut généreux de se mettre à la tête d’un parti qui ramènerait-à la cour la mère et le frère du roi. Mise en éveil sur ses agissements, sa femme, Marie-Félice des Ursins, s’efforca, croit-on, de le-faire revenir sur ses pas?. IL était trop tard : le grand seigneur voulut rester fidèle à une parole donnée imprudemment. Toutefois il avait déclaré à Monsieur que son concours ne pourrait être effectif qu’à la fin du mois d'août, après le vote de subsides que les États du Languedoc devaient mettre à sa disposition. Avec sa légèreté coutumière Gaston ne tint aucun compte de cet avertissement. Dès la fin de juillet, à la tête de dix-huit cents chevaux, rebut de l’armée espagnole,

il se jette en France par le Bassigny pour gagner la Bourgogne;

1. Annales 1632, (Campaniae historia, t: I, n. 18). Cordara, Historia Soc. Jesu, P:'NI, Ï. XVI, n: 215.

2. Nous suivons sur ce point les Chroniques de la Visitation. Cf. Fliche, Mémoires sur la vie... de Marie-Félice des Ursins d'après les chroniques de la Visitation. p. 152-154. L'auteur à utilisé surtout un travail manuscrit, probablement composé par les Visitandines de Moulins après la mort de la duchesse, et conservé à la Visitation de Nevers sous le titre de Mémoires simples el véritables de ce qu'on à pu savoir de certain de la conduite et des vertus de feu Madame la duchesse de Montmorency, in-4° de 475 p. Rappelons qu'après la Révolution l'ancien monastère de Moulins fut transféré à Nevers avec lout ce qu'il avait pu sauver de sés trésors.

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