Mémoires de Montmorency, p
ce n’était point pourtant sans ressaut de la nature. « Mon Père, lui dit-il une fois, cette chair voudroit bien ressentir et murmurer, mais nous l’en empescherons avec la grâce de Dieu‘. » Et il s’efforçait d'obtenir par la prière le secours divin. « Avec les Jésuites qui estoient près de luy, il employoit le temps à dire les litanies de la Vierge, à réciter des psaumes, à faire des prières à Dieu pour son salut et des questions au P. Arnoux pour sa consolation, etentre autres si les âmes des bienheureux alloïent bien vite en paradis, et si, lorsqu'elles y sont, Dieu leur laisse la connoissance et le soin des amis qu'ils ont au monde; à quoy le Père ayant fait une réponse conforme à son désir, il s'éeria : « O mon Dieu que vous me donnez de consolation que je ne mérite pas *.
10. Les tout derniers moments du maréchal de Montmorency ont été racontés par maints historiens d’après les relations contemporaines. Peut-être apporterons-nous quelques détails nouveaux sur ce douloureux événement : nous les emprunterons à une lettre écrite par l’un des compagnons du P. Arnoux *, témoin oculaire, digne de créance, et retraçant d’une plume naïve des émotions encore toutes chaudes.
« Quatre heures avant le supplice, le Roy envora demander audit $ de Montmorancy son baston de Maréchal de France et son collier du Saint-Esprit. Il respondit : « Tenez, les voilà; je Les « remets volontiers au Roy, puisque je suis tout à faict indigne « de sa grâce. — Et puis se tournant vers les pères jésuites qui l’assistoient : « Mes Pères, dit-il, demandez à Dieu pour moy la « persévérance, la Foy, l'Espérance, la Charité, et à saint Ber- «nard, saint Ignace et saint Xavier. » Après, il leur feit dire le pseaume : In te Domaine speravi, etc. Puis on luy vint dire qu'il ne seroit pas lié s'il ne vouloit. « Lié, dit-il, je le veux estre « pour aller au supplice comme Jésus Christ. » 11 pieura de consolation baïsant le crucifix; 1l se repentit de lavoir baisé à la bouche. Il pria un des Ldes de demander pardon au Maréchal de Brézé, de sa part, et s'étant mis en calecon et en chemise alla ouïr son arrest à la chapelle de l’hostel de ville. Après l’avoir ouy, il dit à Messieurs les Commissaires qu’ils remerciassent le Parlement, de sa part; que l’arrest de la justice du Roy estoit