‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 276 sur 308 · Mémoires de Montmorency, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Montmorency, p

3. Au début de cette lettre, l’auteur nous apprend que « le P. Arnoux fut accompagné

de deux autres Pères pour estre soulagé »,c'est-à-dire aidé ou remplacé au besoin dans son ministère auprès du condamné.

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pour luy un arrest de la miséricorde de{Dieu; qu'on luy faisoit grâce de le faire mourir dans la Maison de ville; qu'il en estoit bien aise pour éviter la vanilé qu'il craignoit, mourant avec courage, mais qu'il en estoitaussi marry, mourant avec moins de confusion. Il receut la dernière absolution et dit au père qu’il ressentoit une si grande grâce et égalité d’esprit, que cela seul estoit suffisant pour luy faire croire en Dieu, quand il ne l’auroit pas creu pendant sa vie. « Car, dit-il, je ne suis jamais allé avec tant de repos «d'esprit à aucun plaisir, comme je vais au supplice. » Il se mit à nud luy-mesme jusques au nombril, tendit les mains au bourréau, et en cet équipage pitoyable, parmy les sanglotz et gémissemens des gardes et de toute l'assistance, descendit de la chapelle en la première basse-court. Estant arrivé près de l’eschafault, il dit à l’un des pères qui l’assistoient : « Mon père, «passez de ce costé-là pour empescher ma teste de tomber si elle « bondissoit, » Après, il monta, s’ajusta luy mesme sur le poteau, dit au bourreau : « Mon amy, je te pardonne de bon cœur. » Puis, regardant le P. Arnoux : « Adieu, mon père, dit-il, je m'en « vais d'un seul coup sans languir. » Enfin, regardant le ciel, prononca dévotement ces belles paroles: Domine Jesu, accipe spiritum meum. Puis se baissa sur le poteau, d'où son âme s’en est vollée au Ciel, après Le coup receu. Jamais il ne s’excusa, jamais il ne se plaignit, jamais 1l ne montra que douceur pour ses. ennemis!. » A

Le cœur du courageux duc fut porté, ainsi qu'il l'avait désiré, à l’église de la maison professe des Jésuites, et son corps enterré dans l’église de Saint-Sernin ?.

Immédiatement après l'exécution, le P. Arnoux, suivant un ordre formel, était allé trouver le roi. « Sire, lui dit-il, Votre Majesté a fait un grand exemple sur la terre par la mort de M. de Montmorency; mais Dieu, par sa miséricorde, en a fait un grand saint dans le ciel. — Mon Père, répondit le roi en soupirant, je voudrois avoir contribué à son salut par des voies plus douces. »

Louis XIII se reprocha, dans la suite, d'avoir résisté aux prières

1. Relation de la mort du duc de Montmorency par un des Jésuites qui l'avaient assisté (Bibl. nat., f. Dupuy, 1. 378, f. 114, 115).

2. Mémoires de Montmorency, p. 73, 74. Pour donner une place d'honneur à cecœur magnanime la duchesse fit élever une chapelle et un mausolée dans l'église de Saint-Ignace (Accord entre les Jésuites et M° de Montmorency, 1635, aux Archiv. de la Visitation de Nevers); il y resta jusqu'en 1767, et fut alors transporté au Cloiître de la Daurade: la Révolution lé jeta à la voirie (Dubedat, Histoire du Parlement de Toulouse, 11, 193). .

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