‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 277 sur 308 · Griffet, op. cil., p · texte numérisé non relu

Griffet, op. cil., p

et aux larmes de toute sa cour. On prétend même que, sûr son lit de mort, il protesta « qu'il avoit eu dessein de sauver la vie au: duc de Montmorency, mais qu'il s’étoit laissé entrainer par une foule de prétextes qu'on lui représentoit comme raison d'État:! ». Quant à Richelieu, il s’'applaudit toujours de son inexorable rigueur. « Ce châtiment, dit-il au roi dans son l'estament politique, ne se pouvait obmettre sans ouvrir la porte à toutes sortes -de rébellions dangereuses. lil} fit voir à tout le monde que votre fermeté égaloit votre prudence; et aussi que vos serviteurs préféroient les intérêts publics aux leurs particuliers, puisqu'ilsrésistèrent en cette occasion et aux sollicitations de plusieurs personnes qui leur devoient estre de grande considération, et aux menaces de Monsieur ?.

C'est vrai. L'impunité des nn désordres est le spectacle le plus démoralisateur que l’on puisse donner aux peuples. Aussi, à ne considérer que la morale et le droit devons-nous faire un mérite à Louis XIII et à son ministre de leur sévérité dans cette circonstance. Quel que sympathique que pût être ou devenir le rebelle, 1ls oñt eu raison de réprimer implacablement le crime

et le scandale d’une insurrection à main armée contre le Pouvoir légitime, sans aucun motif tiré des droits de la religion et de la cité.

11. Des Jésuites avaient assisté le duc de Montmorency dans sa prison et sur l’échafaud ; des Jésuites encore aideront son illustre veuve à gravir le calvaire où Dieu l’appelait aux faveurs de l’union divine.

Marie-Félice des Ursins avait brillé à la cour de France moins peut-être par ses charmes extérieurs que par sa distinction, sa bonne grâce, son grand sens, les dehors simples et aimables d’une très ferme et très délicate vertu. Dans le Languedoc, elle avait gagné toutes les sympathies par sa piété et son ingénieuse bienfaisance. Jusqu'à la révolte de son mari, elle avait eu l’estime profonde et affectueuse d’un roi très sensible aux qualités morales. Mais, comme elle était parente de la reine mère 3 et qu’on la savait épouse parfaite et très aimante, on la soupçonna d’avoir connu et favorisé l'alliance de Monsieur avec le maréchal. Quand

. Le Laboureur, Additions aux Mém. de Castelnau, PL ELDSD. s Richelieu, Testament politique, 1° partie, p. 40. 3. Fille du duc de Bracciano, elle était par sa mère petite-nièce du pape Sixte-Quint et appartenait par son aïeule Elisabeth à la famille des Médicis. Cf. Renée, Madame: de Montmorency, p. 193. :

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après le combat de Castelnaudary elle voulut se jeter aux pieds du roi pour solliciter le pardon du coupable, Louis XIII refusa de la recevoir. Retirée à son château de la Grange, gravement malade et accablée d’angoisses, elle n’apprit que par les larmes et les sanglots de ses serviteurs le fatal dénouement qui brisait sa vie!. Aussitôt elle dépêcha un exprès au P. Arnoux, afin d'avoir par celui-ci quelques détails sur les derniers moments du condamné. Le messager devait attendre la réponse et la rapporter *. La voici telle qu’elle fut écrite à la hâte et encore sous l'impréssion ressentie au spectacle d’une mort tragique et singulièrement édifiante.

« Madame,

« Si vous l’aimés au dernier point, consolés-vous de ce que je vous proteste, devant le Dieu qui me doibt juger, que sa fin à esté dans l’extase d'amour de Jésus mourant en croix. Le mespris absolu de tout ce qui peult affliger. L'exercice de toutes les vertus solides, à l'envy l’une de l’autre; une livraison parfaite de son esprit à Dieu par l’entiér abandonnement de toutes les créatures. La joye sensible de la disposition du ciel apercu (sic). La générosité de cœur [la] plus vive. Le souvenir tendre et continuel de sa chère moitié. La charité ardente envers tous ceulx qu'il a peu avoir à contrecœur. L'horreur de vivre plus longtemps. L'impatience de voir son Créateur. L’asseurance d’en jouir ce jour-là. La confession et détestation admirable de toutes ses fautes. La satisfaction morale de sa conscience. La préparation à souffrir dix mille fois davantage. Les discours d’un homme qui va au festin d’un grand roy. Le souvenir particulier de tous ses serviteurs. L'oubli absolu de toutes les délices et attaches de la vie. La cognoissance et recognoissance au dernier degré (sic). Le succès de toutes ses actions les plus particulières digne de son courage, et la persévérance jusqu'au bout, sans altération ni variété qelconque. En un mot je n’ay jamais veu ou imaginé rien de semblable sauf des saints martyrs, ni je ne scaurois luy souhaïtter un plus grand bien que celuy qui luy a esté procuré par l’arrest de là justice du prince, qui a esté une sentence favorable de la miséricorde de Dieu. Je me perds en me resouvenant de tout ce que la grâce a opéré en luy, et le contemple dans le ciel entre les

1. Fliche, Mémoires sur La vie. de Marie-Félice des Ursins, t. }, p. 163, 173,

>. Mémoires simples et véritables de ce qu'on & pu savoir de certain de la conduite et des vertus de feue Madame la duchesse de Montmorency... déjà cités.

bras de Dieu, où il demande ardemment pour vous-que vous aiés à mes parolles la créance que vos yeulx vous eussent donné lors que ce spectacle c’est passé avec tant et tant de bénédictions de Dieu qu’on ne peult plus y treuver aucun subject de regret, sinon pour ceux qui ne l’entendent pas. Adorés, Madame, les volontés de Dieu; proffités [de] ceste occasion, la plus belle qu'ait jamais eu aucune veufve en France. Conformés-vous aux intentions de celuy qui n’a rien tant appréhendé que vostre desplaisir. Et s’il luy reste quelque chose à expier en l’aultre monde, ce que je ne pense pas, — et, à vous dire tout, il n’en a point eu de peur, tant il estoit intérieurement plein du Dieu de grâce, et visité amoureusement de son Ange Gardien, de saint Bernard, saint Ignace, saint Xavier, ses saints particuliers, et surtout de la Vierge dolente et mourante au pied de la Croix, — suppléés y par votre patiance. Dans peu de jours vous aurés les particularités de tout ; ce qui se passa dans les trois jours pendant lesquels le roi m'ordonna de l’assister sans cesse selon son désir, qui est une des erandes grâces que j'aye jamais receue de ma vie, quand ce n’eust esté que pour vous tesmoigner par mon service de quel cœur je luy ay esté et vous suis très humble, très affectionné et très obéissant serviteur !. »

Avec cette lettre, le messager de M de Montmorency lui apporta celle que son mari lui avait écrite avant d’aller au supplice et que nous avons citée plus haut. L'une et l’autre avivèrent et consolèrent tout ensemble sa grande douleur. Soutenue par la foi, elle adora les jugements insondables du Très Haut, et attirée déjà vers la vie parfaite, on l’entendit s’écrier : « Je n’aimais que lui, mon Dieu; vous me l’avez Ôté pour que je n’aime plus que vous?. » L’ascension de son âme se fit | graduellement. Après avoir atteint son cœur de femme à l'endroit le plus sensible, le Seigneur la priva de tout appui. Elle reçut du roi l’ordre de se rendre à Moulins. Lyon était sur son passage, et là elle espérait trouver un soulagement à sa tristesse auprès de la Mère de Chantal : mais l'archevêque, frère du cardinal ministre, empêcha par un moyen détourné cette

1. Lettre s. d. du P. Arnoux à Marie-Félice des Ursins (Papiers de la duchesse de Montmorency, Archives de la Visitation de Nevers). Cette lettre, croyons-nous, est inédite, au moins sous sa forme authentique.

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