‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 278 sur 308 · Fliche, Mémoires sur la vie... p · texte numérisé non relu

Fliche, Mémoires sur la vie... p

si légitime entrevue!. Au château de Moulins, demeure délabrée, d’autres mortifications l'attendaient. Soumise à une odieuse surveillance, elle ne pouvait sortir, même dans la ville, sans être accompagnée d'un exempt. Plutôt que de subir cette contrainte, elle resta confinée dans <a chambre, partageant ses pensées entre l’objet de son inoubliable peine et Dieu dont elle voulait connaître et suivre aveuglément le bon plaisir. Mais, dans cette disposition généreuse, les troubles, les obscurités, les tentations l’assaillirent : elle recourut aux conseils du P. Arnoux.

L'éminent directeur s’appliqua d’abord à pacifier cette âme brisée, mais toujours forte cependant, et d'une absolue bonne volonté. « Non, lui disait-il, l'impuissance à ne pas pleurer dans la prière, au souvenir de celui que vous avez perdu, ne constitae pas un mélange impur de la chair et de l'esprit. L'indicible contentement que vous ressentez, malgré votre immense chagrin, en priant, est une preuve que par ce moyen la grâce vous sollicite : c'est le royaume de Dieu qui s'établit au-dedans de vous*. »

En mème temps que les lettres du jésuite, la lecture des psaumes, du livre de Job, des épîtres de saint Paul, quelques entretiens avec le P. Claude de Lingendes, recteur du collège, et surtout la communion fréquente#, maintenaient la recluse volontaire dans les sphères les plus hautes et Les plus pures du surnaturel. Cependant le P. Arnoux avait deviné qu'à être toujours repliée sur ses propres blessures, elle allait rendre inutiles l’inclination naturelle et les dons excellents qu’elle avait reçus pour faire le bien. La duchesse lui ayant fait quelque ouverture à ce propos, il se hâta de lexhorter « à rendre toutes divines les bonnes intentions qui la portaient à soulager les malheuréux, en se proposant pour modèle et pour motif de ses actes de miséricorde la bonté même du Père céleste ». Elle obéit et, sans sortir encore de sa retraite, elle se mit à faire l'aumôûône comme avant son veuvage.

Toute à la pratique de la charité et d’autres vertus héroïques pour elle, comme l'amour des ennemis et le pardon des injures, M" de Montmorency n’en continuait pas moins à soui-

Page 1