Henrard, op. cûl., p
4. Lettre du P. Vitelleschi au P. Suffren, 21 oetobre 1634 (Francia, Epist. Gen., 1: Vi).
de ses amies et la seconde s'étant donnée au cardinal pour
marier son fils à M"° de Combalet !. L'expérience lui avait appris
àredouter les agents secrets du rusé ministre ; surtout pendant le séjour de Gaston dans la capitale des Pays-Bas, elle s’en crut entourée ; pour leur échapper, elle prit le parti de se réfugier à Gand. Le P. Suffren l'y suivit et s’y livra au ministère de la prédication avec son zèle accoutumé *.
Mais le climat de ce pays ne fut point favorable à la reine mère. Elle était tombée malade dès le mois de janvier 1633 ; la fièvre empira tellement, vers la fin du mois de mai, que l’Infante Isabelle dut prévenir le roi. Louis XJHIE dépècha aussitôt à sa mère un gentilhomme porteur d’une lettre bien courte et plutôt sèche %. C'était cependant une marque d'affection filiale dont Marie de Médicis se montra touchée. Mais, quand M. Des
Roches voulut lui présenter les condoléances du cardinal, elle
l'interrompit brusquement en lui disant qu’elle ne voulait recevoir ni de ses nouvelles ni de ses compliments“.
D’aprèsses instructions, Des Roches devait aussi voir Le confesseur de la reine mère et lui faire quelques recommandations, entre autres que Sa Majesté était bien assurée que ses conseils n'avaient pas été « des mauvais », Mais « sile P. Suffren ou quelque autre le vouloit embarquer en négociation d’affaires » il devait répondre «qu'il [était] bien aisé de juger à sa barbe qu'on ne l'avait] pas envoié pour négotier mais seulement pour sçavoir des nouvelles de la reyne dont le roy estoit en peine * ». Cette dernière observation, du moins ‘pour le P. Suffren, semble bien superflue : le prudent jésuite n’eût pas entrepris de sa propre initiative une négociation politique ; mais ilse préoccupait beaucoup de la santé de sa pénitente qu'il avait recommandée au P. Général. « Je suis très inquiet de la maladie de la Sérénissime Reine, lui répondit Vitelleschi, et je demande à Dieu qu'il lui rende une parfaite santé. Comment pourrions-nous
oublier dans nos prières celle qui a toujours tant affectionné la
Compagnie, qui l’a sisouvent protégée de son autorité et com-
1. Lettre de i’Infante à Philipe IV, 16 fév. 1632 (Bruxelles, Archiv. du royaume, Corresp., t. 29, f. 266). Cf., Henrard, op. cêl., p. 279.
9. Lettre du P. Général au P. Suffren, 28 juillet 1633 (Francia, Epist. Gen., t. V).
3. Lettre du roi à sa mère, 3 juin 1633 (Avenel, Leltres de Richelieu, t. IV, p. 467). Cf. Topin, Louis XIII et Richelieu, seconde partie, p. 175.
4. Lettre de Scaglia à Philippe IV, 12 juin 1633 (Bruxelles, archiv. du royaume, Corresp., 1. 32, f. 68). Cf. Henrard, op. cif., p.312.
5. Instruction au sieur Des Roches, 2 juin 1633 (Avenel, Lettres de Richelieu, t. IV, p. 466).
blée de ses bienfaits, et qui, récemment encore, a obtenu la délivrance d’un desnôtres prisonnier en Angleterre. Que Votre Révérence la remercie en mon nom et que Dieu si libéral la récompense par toutes sortes de consolations ! .»
De plus en plus isolée, instruite par beaucoup de déceptions et s’apercevant que le parti de Monsieur ne faisait rien pour elle, l’idée lui vint de traiter avec le roi à l'insu de Richelieu. Justement elle apprenait de France que le cardinal était dangereusement malade, et-que Louis XIII à plusieurs reprises avait manifesté quelque regret de l'exil imposé à sa mère. Elle pria done le roi d'Espagne d’agir auprès du P. Général de la Compagnie, pour que celui-ci recommandât au P. Maillan, confesseur de Louis XII, de disposer son royal pénitent à bien accueillir une demande qu'elle allait faire ?. Ces précautions prises, elle envoya vers la fin d'octobre (1633) à Paris un gentilhomme de sa suite, M. de Vilbers-Saint-Genest, parent de Saint-Simon alors grand écuyer du roi. Louis XIII le reçut courtoisement et s’informa de sa mère avec beaucoup d'intérêt; maisil se plaignit de ce qu’elle eût tant offensé et haï le cardinal : il se montra surtout mécontent de la protection dont elle couvrait le P. Chanteloube, un Oratorien de son entourage, intrigant notoire et, en politique, son principal confident ?.
Un peu plus tard, au mois de décembre, l’état de Richelieu empira; les chirurgiens déclaraient qu'il n'irait pas jusqu’à l'Épiphanie. La reine mère en concut les plus vives espérances de retour; elle profita du premier prétexte pour envoyer un de ses gens, le sieur Jacquelot, à son fils. Elle prenait déjà ses dispositions en vue de quitter les Pays-Bas et avait décidé que le P. Suffren la précéderait à la cour afin de préparer sa prochaine arrivée, quand Jacquelot revint tout à coup rapportant les
-nouvelles les plus défavorables. Le roi faisait dire à sa mère que,
puisqu'elle n'avait tenu aucun compte de ses désirs au sujet du renvoi des factieux qui l’entouraient, tous les agents qu’elle enverrait à Paris dans de pareïlles conditions seraient mal vus et ne réussiraient à rien.
Malgré ces déclarations, où l’on entrevoit l'influence du cardinal
1: Lettre du P. Général au P. Suffren, 28 juillet 1633 (Francia, Epist. Gen., t. V).
2. « Respueta que se dio al papel que en 23 de juglio dio el conde de Maure en nombre de la reyna madre » (Bruxelles, archiv. du royaume, Corresp. de Philippe IV, t: 32, f. 125).