CHAPITRE IT
Sommaire. —1. L'Université de Paris s’oppose à l'établissement d’un collège de la Compagnie à Pontoise. — 2. Elle empêche l’achat du collège du Mans. — 3. Vicissitudes de l’Université de Tournon. — 4. Les Universités de France se liguent contre elle. — 5. Elle est supprimée. — 6. L'Université de Paris et le-collège d'Angoulême.
Sources manuscrites : I. Recueils de documents conservés dans la Compagnie : a) Francia, Epistolae Generalium ; — b) Francia, Epistolae ad Gèneralem ; — c) Franciae historia ; — d) Lugdunensis, Epistolae Generalium ; — e) Lugdunensis, Epistolae ad Generalem ; — f) Lugdunensis, Fundationes collegiorum ; — g) Tolosana, Epistolae ad Generalem; — h) Tolosana, Fundationes collegiorum ; — i) Epistolae cardinalium ; — j) Acta congregationum provincialium.
II. Paris, Archives nationales, M 241 et MM 388. III. Paris, Bibliothèque nationale, ms. fr. 9758. IV. Archives départementales de lArdèche, de la Haute-Garonne, de la Charente. Série D. Y. Archives communales de Pontoise, série BB.
Sources imprimées : Le Mercure francois. — Annales des soi-disans Jésuites. — Le Mercure Jésuite. — Comptes rendus au Parlement. — Le Charpentier, Les Jésuites à Pontoise. — Emond, Histoire du collège Louis-le-Grand. — Massip, Le collège de Tournon. — ‘Boissonnade, Histoire du collège d'Angoulême. — De Massougnes, Les Jésuites à Angoulême. — Jourdain, Histoire de l'Université de Paris. — Baudel, Histoire de l'Université de Cahors. — Dupont-Ferrier, Du collège de Clermont au Lycée Louis-le-Grand.
1. L'Université de Paris, en attaquant les doctrines romaines de la Compagnie de Jésus, n’agissait-elle, comme elle l'avait prétendu, que par amour de la: vérité, « sans invective ni passion »? Il est difficile de le croire, quand on la voit déployer tant d’animosité contre sa rivale sur le terrain de la liberté d'enseignement. Au lieu d'accepter loyalement une concurrence destinée à décupler les énergies des professeurs, elle consuma ses forces en de stériles débats, afin d’entraver les progrès de collèges florissants qui faisaient trop ressortir à son gré la décadence deses propres écoles. C’est ainsi qu’on la vit s'opposer
à la fondation d’un collège à Pontoise, à l'agrandissement de celui
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de Clermont à Paris, à la reconnaissance légale de l’Université de Tournon et de celle d’Angoulème.
Louis XIIT, par lettres patentes du 23 septembre 1614, avait permis au cardinal de Joyeuse « de bâtir, fonder et doter suffisamment à Pontoise une maison et résidence de Jésuites... sans que toutefois lesdits religieux y pussent tenir école pour l'instruction de la jeunesse! ». Les habitants de la ville, heureux de la concession royale, avaient facilité l'installation des Pères et. cherché à leur être agréables de toutes facons. Ils espéraient pouvoir un jour leur confier le collège fondé en 1564 par les soins de la Confrérie-aux-Clercs*. Le 27 janvier 1620, ils autorisèrent les échevins à « solliciter le plus fermement » possible cette faveur et à se pourvoir auprès du roi « pour obtenir des lettres de Sa Majesté ». Elles leur furent accordées le 21 mars 1621°. |
Mis au courant de toutes ces démarches, le P. Général ne se pressait point de donner son approbation. Déjà en 160% — il le savait — l’Université de Paris s'était opposée à l’ouverture d'un collège de la Compagnie à Pontoise. N’était-il pas à craindre qu'on rencontrât les mêmes difficultés, lesquelles deviendraient
peut-être une occasion de troubles pour les maisons de Paris?
Sa Paternité écrivit donc au P. Armand, provincial, d'examiner sérieusement la question avec ses consulteurs et de lui transmettre leur avis, se réservant, après l'avoir recu, d’en délibérer lui-même avec ses assistants.
Malgré ces hésitations et ces retards, les habitants ne renoncèrent pas à leur dessein; ils prièrent M. d'Halincourt, « leur seigneur », de solliciter en leur nom du P. Général l'approbation si ardemment désirée’. Devant leur insistance, appuyée par un vœu de la congrégation provinciale, Vitelleschi se détermina, non sans quelque inquiétude, à donner son consentementf. « Instruit par l’expérience des difficultés qu’entrainera presque nécessairement une telle mesure, nous serions porté à ne point
1. Voir t. HI, L. IT, chap. vi, p. 365. Comptes rendus au Parlement, t. VI, p. 235.
2. Délibération du Corps de ville, 27 mars 1615 (Archiv. comm. de Pontoise, BB, 1, reg. 1608-1683). Cf. Le Charpentier, Les Jésuites à Pontoise, p. 10.
3. Le 18 septembre suivant de nouvelles patentes ordonnèrent l'exécution des premières' (Annales des soi-disans Jésuites, t. IL, p. 808, 809).
‘4. Lettres du P. Général au P. Armand, 28 déc. 1621, 12 sept. 1622 (Francia, Epist. Gen,, 4, IV).
5. Lettre de M. d'Halincourt au P. Général, 14 mars 1622 (Francia, Fund. coll., 1. El, n. 142). Ë
6. Acta congr. Prov., 1622, Cf. Lugdun., Fundat. colleg., t. VI, n. 122.
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l’adopter, mandaït-il au P. Armand. Mais puisque la congrégation provinciale le demande, je permets à Votre Révérence (si elle juge avec ses consulteurs que les inconvénients puissent être suffisamment évités), de changer la résidence en collège. J'y mets cependant une condition, c’est qu’elle signifie aux habitants de Pontoise qu'on commencera les classes seulement à l'essai, en sorte qu'il nous soit loisible de résilier le contrat et de
renoncer à l'enseignement s'il doit en résulter quelques troubles !.»
Les difficultés prévues par le P. Vitelleschi ne tardèrent pas à surgir. L'Université de Paris résolut d’empècher l'ouverture du collège, comme contraire à la clause précise et conditionnelle de l'admission de la Compagnie à Pontoise. Le 31 mai 1623 elle dénoncça son opposition à la ville de Paris, laquelle arrèta d'intervenir en cette cause et de présenter requête au Parlement, son juge naturel. Les Pontoisiens, d'autre part, portèrent leurs réclamations au Conseil du rol; ce fut en vain : le Conseil accepta bien de retenir « le procès et différend des parties », mais par un arrêt du 3 février 1624 il débouta la ville de Pontoise de l'entérinement des lettres patentes que Sa Majesté révoqua « avec défense de s’en aider? ».
En 1637 les habitants, soutenus par la duchesse de Guise, renouvelèrent leur tentative; ils ne réussirent pas mieux que la première fois5. IL en fut de même en 1648. « Les officiers, échevins et syndic de la ville » avaient encore décidé, malgré l’abstention du procureur du roi, de confier le collège à la Compagnie*. Mais l'Université de Paris, de plus en plus hostile à cette entreprise, recourut au Parlement, et la cour, par arrêb du 2 juillet 1650, fit défense aux Jésuites « d'enseigner au collège et dans la ville et faux-bourgs de Pontoise, d'y tenir écoles ou études, ni même de s’ingérer audit collège dans aucune direction ni instruction, directement ou indirectement? ».
2. Pour empêcher le succès des Jésuites, les Universitaires semblaient n'avoir d’autres ressources que d'empêcher la fondation
1. Lettre du P. Général au P. Armand, 15 janvier 1623 (Francia, Epist. Gen., t. IV).
2. Requête de la ville de Paris au Parlement, juin 1623 (Annales des soi-disans Jésuites, t. 11, p. 810, 811). Arrêt du conseil, 3 février 1694. (Ibidem, p. 812.) Cf. Le Mercure françois, t. X, ann. 1624, p. 403. Le Mercure Jésuite, t. I, p. 215-219.