‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 37 sur 308 · EE D D · texte numérisé non relu

EE D D

Rod”

TR I TIR 2 SE la deal LU

de Saint-Jean de Lion, l’un appelé le comte de Cottenson, l'autre le comte de Rébe, qui est à présent arehevesque de Narbonne. 1l y avoit dix escolliers de Tours et les aultres estoient Auvergnats, Foresiens, et moy seul du pays de Vivaroïis. Il y avoit aussi dans la dite ville quantité d’escolliers Flamands, Lorrains, Allemands, Suisses, Piémontois, Milanoiïis et Savoyards. Il y avoit aussi quatre Irlandois de fort bonne mayson et quelques Anglois. Enfin c'estoit une académie peuplée d'aussi belle jeunesse et noblesse qui fût en France!. »

Les troubles de la régence, suivis de La révolte du Languedoc, mirent fin à cette prospérité. La ville prit l'aspect d’une place de guerre et en subit toutes les charges. Au duc de Montmorency qui ordonnait de lever sans délai un subside de huit cents livres pour le transport des munitions, les consuls répondirent le 21 juillet 1621 : « Notre ville se trouve: réduite en extresme paouvreté et nécessité, n'ayant pour lors aulcung commerce pour gaignier et profficter, le peu de proffict qu'elle souloit faire au moyen des escolliers cessant par le peu de nombre qu'il y en a depuis plusieurs années*?. »

Jusqu'à cette époque, le collège de Tournon, quoique plusieurs fois nanti de toutes les autorisations requises pour la « profession entière » de son programme d’études et la collation de la maïtrise ès arts, n'avait joui de ces faveurs que d’une manière spéculative, à cause de l'opposition de lUniversité de Toulouse. Le moment semblait venu, si l’on voulait prévenir la décadenee, d’exercer enfin des privilèges incontestables, et même d’en augmenter l'étendue. On résolut de profiter du passage de Louis XIIE à Lyon, en 1622, pour obtenir, avec une nouvelle confirmation des prérogatives universitaires, l'autorisation de conférer les grades en théologie. Le roi donc fut informé « qu’en Vivarez, Dauphiné et Lyonnois il ne se trouvoit aucune Université où il se fist Llecon de cette science, qu'au collège des Pères Jésuites de Tournon »; il comprit tout le bien que ces trois provinces pouvaient attendre d’un établissement d’où sortiraient « des personnes doctes et capables » d’être promues aux charges ecclésiastiques; et il donna, le 22 décembre, des lettres patentes, par lesquelles il main- 1. Mémoires ms. du chanoine Debane (Archiv. du Grand Séminaire de Viviers, ae des consuls, 21 juillet 1621 (Archiv. dép. de l’Ardèche, Tournon,

3. Lettre du P. Général au P. Arnoux, 20 mars 1623 (Aquitan. Espist. Gen., t. I).

he te DES b. + si. Don Ré 2 due réf

tenait le programme d’études du collège, approuvait l'augmentation de ses revenus et confirmait ses privilèges universitaires en les étendant à la théologie.

Le P. Général apprit avec joie ce nouveau bienfait du Roi Très Chrétien, mais tout de suite, il prévit et redouta une nouvelle opposition de l'Université de Toulouse. Il pria le P. Arnoux alors présent dans cette ville de solliciter « même en son nom sil le jugeait à propos », l'appui du premier président du Parlement dont l'autorité serait d’un grand poids dans cette affaire?. Les appréhensions du P. Vitelleschi parurent tout d’abord mal fondées. Dès Le 9 mars 1623, les lettres patentes de Louis XIII avaient été enregistrées au Parlement de Toulouse*.

Les Pères du collège envoyèrent alors à Rome un Mémoire pour demander au Souverain Pontife l’autorisation de graduer en théologie; « à quoi, ajoutaient-ils après l'exposé de la requète, Sa Sainteté sera d’autant plus facilement induite, qu’elle verra que ce m’est pas une nouvelle érection, mais une simple ampliation, et que ses prédécesseurs, par bulles exprès, ont concédé à nostre Compagnie d'accepter les Universités, conférer les degrés. etc., et en dernier lieu que Sa Majesté nous l'a déjà accordé‘ ». Cette instance auprès du Saint-Siège avait toutes chances de suecès, mais, par suite de circonstances que nous allons rapporter, elle resta suspendue.

k. Les lettres patentes de décembre 1622, destinées à sauver de la décadence le collège de Tournon, faillirent le perdre complètement. En effet elles excitèrent la jalousie de rivaux envieux et susceptibles. L'Université de Valence, où pourtant l’on n’enseignait que le droit, avait toujours vu avec déplaisir les faveurs accordées à sa voisine. Cette fois, elle ne se contenta pas de se plaindre; elle voulut nuire directement et sollicita les Universités d'Aix, de Toulouse et de Cahors dese joindre à elle pour frapper un grand coup. La première refusa, dans une assemblée solennelle, de soutenir une lutte qu’elle déclarait incivile; mais les

1. Patentes du 22 décembre 1622, en faveur du collège de Tournon. (Le Mercure françois, t. X, ann. 1624, p. 408.)

2. Lettre du P. Général au P. Arnoux, 20 mars 1623 déjà citée.

3. Arrét du Parlement de Toulouse, 9 mars 1623 (Archiv. de la Haute-Garonne, PB, 147).

4. Requête des Jésuites de Tournon au Souverain Pontife, 1623. (Tolosan., Fundat. colleg., t. IV, n. 68.)

ee Ras:

one e' ES

deux autres acceptèrent; avec les juristes de Valence elles pro -

testèrent contre l'enregistrement des patentes et s’opposèrent à

la collation des grades par les Jésuites de Tourn on !. Le Parlement de Toulouse, circonvenu par les adversaires de la Compagnie,

n'hésita pas à rapporter son arrêt du 9 mars, sans avoir entendu

la défense des religieux, et à faire inhibition au collège de Tour-

non (19 juillet 1623) « de prendre le nom, tiltre ni qualité d'Uni -

versité, ni baïller aucunes matricules testimoniales d’Estude, ni

aucuns degrez en aucune Faculté, ni aucune nomination aux

bénéfices à peine de nullité, et autre arbitraire ? ».

Mais les Jésuites ne tinrent nul compte de cet arrêt, les titres de Tournon leur paraissant indiscutables : ils continuèrent à délivrer, conformément à leurs droits antérieurs, des lettres testimoniales d'étude en parchemin, scellées du sceau du secrétaire et signées de la main du Recteur. Par un nouvel arrêt du 11 août le Parlement de Toulouse déclara « nulles et de nul effect et valeur » les lettres expédiées, « avec inhibitions à ceux qui les avaient obtenues, de s’en aider et servir, ni prendre le nom et qualité de graduez, à peine de faux et autres peines portées par les ordonnances 5. » Alors les Jésuites recoururent à la justice du roi; ils se pourvurent devant le Conseil privé pour faire casser l'arrêt qui leur était défavorable et maintenir l’Université de Tournon « en la possession et jouissance des privilèges, droits et pouvoirs accordés par les lettres patentes de 16224 ». Effectivement, l'affaire fut évoquée, et le Conseil ordonna (15 décembre 1623) qu’en attendant le jugement, « lesdits recteur et régens de ladite Université de Tournon jouiraient des mesmes privilèges, authoritez, prééminences et libertez dont ils jouissoient auparavant les dites lettres de décembre 16225 »., Ce dernier arrêt, rendu sur la requête du syndic des Jésuites, fut signifié aux syndics des Universités de Toulouse, de Valence et de Cahors, assignées à comparaître dans deux mois devant le Conseil « pour, parties ouyes, leur estre faict droit ainsi que de raison 6 ».

1. Cf. Baudel, Histoire de l’Université de Cahors, p. 144. — Massip, op. cil., p. 81. ‘

2. Arrèt du Parlement de Toulouse, 19 juillet 1623 (Le Mercure Jésuile, t. I, p. 242).

3. Arrêt du Parlement de Toulouse, 11 août 1623 (Le Mercure Jésuile, p. 244).

4. Requête des Jésuites au Conseil privé (Coudrette, Histoire générale de la naissance el des progrès de la Compagnie de Jésus, t. II, p. 190).

5. Arrêt du Conseil privé, 15 décembre 1623 (Le Mercure françois, t. X, p. 414).

Page 1