Annales des soi-disans.….. lc
7. On appelait Lettres d'État celles que le roi accordait à tous ceux qui étaient forcés de s’absenter pour le service public.
8. Arrêt du Conseil privé, 27 mars 1626; arrêt du Parlement de Toulouse, 29 aoû{1626 (Le Mercure françois, t. XI, ann. 1626, p. 110). ;
OUR CO NO be
privilèges d'Université accordés au collège de Tournon par les bulles des papes et les édits des rois.
Le dénouement a de quoi nous surprendre. Jusque-là le Parlement de Toulouse et le Conseil privé, s'étaient presque toujours montrés favorables à la Compagnie de Jésus. Comment donc s’expliquer qu'ils aient consenti à sacrifier les droits indéniables de l’un de ses collèges ? Une lettre du 3 septembre 1626, adressée au P. Général par le P. Pierre Lacaze, supérieur de la maison professe de Toulouse, nous donnera la solution de l'énigme. Dans les débats devant le Conseil, dit-il, la question politique domina la question scolaire. Influencés par les libelles répandus à profusion parmi le public, les conseillers et les ministres, au moins en majorité, se laissèrent persuader qu'il importait au bien de l’État de ne pas reconnaitre les privilèges universitaires à une Société toute dévouée au Souverain Pontife, exempte de la juridiction des Ordinaires et obéissant à un Général étranger, que l'on s’imaginait hostile à la France. Au Parlement de Toulouse, la même préoccupation détermina la conduite d’un certain nombre de magistrats. Le premier président, les présidents et les anciens conseillers de la Grand’Chambre restèrent dévoués aux Jésuites; mais les jeunes conseillers de la Chambre des Enquêtes embrassèrent le parti des Universités. De plus, suivant un usage établi depuis plusieurs années à Toulouse, les présidents et les conseillers qui faisaient partie des Congrégations dela sainte Vierge, devaient s'abstenir de siéger dans toutes les causes concernant la Compagnie; enfin, chose absolument nouvelle, la même abstention fut exigée, dans l'affaire présente, de tous ceux qui avaient leurs fils au pensionnat de Toulouse. Grâce à toutes ces exclusions, l’arrèt contraire aux Jésuites fut rendu à l'unanimité moins une voix!.
Cependant l’acte de la Cour suprême du Languedoc ne consacrait pas un droit commun pour toute la France ; il ne concernait qu'un seul collège de la Compagnie, les quarante autres restant parfaitement libres de renouveler des tentatives semblables dans leur contrat avec les municipalités, en vertu des privilèges qu’ils avaient obtenus du Saint-Siège. On comprend toutefois que, devant le parti pris d’hostilité, les Jésuites n'aient montré nul empressement, qu'ils aient même retenu sur une pente dangereuse des fondateurs trop zélés. C'était sagesse, comme on le verra
1. Lettre du P. Lacaze au P. Général, 3 sept. 1626 (Tolosan., Epist. ad Gen., t. I, n. 16).
LES UNIVERSITÉS CONTRE LES JÉSUITES. 0 ri540
par l'affaire d’Angonlème, assez semblable à la Dtisente et survenue à la même époque. ,
6. La‘famille des Valois-Angoulème avait toujours protégé les lettres et les arts. Jean le Bon, frère du poète Charles d'Orléans et grand-père de François I, conçut le dessein d'établir une Université dans le chef-lieu de son Comté; mais il mourut avant d’avoir pu réaliser son projet. Son petit-fils Francois, devenu roi de France, accomplit le vœu du «bon Comte Jean » en accordant à Angoulême, par lettres patentes du mois de décembre 1516, « collège, écoles et Université en toutes facultés et sciences! ». Les maitres, gradués, écoliers, bedeaux, messagers devaient y jouir de la même « juridiction, puissance et autorité, des mêmes privilèges, immunités, exceptions et franchises » que ceux des Universités de Paris, Poitiers et Toulouse. Françoisl® voulait ainsi récompenser « les bons services » rendus dans les guerres anglaises,
par l’une des principales clefs et frontières du royaume, du costé et endroit du duché de Guyenne ». Il était convaincu que les écoles serviraient beaucoup à la prospérité de la ville, comme « au profict et instruction des pauvres et jeunes personnages des pays circonvoisins, et à l’exaltation de la saincte foy catholique? ».
L'Université d'Angoulême eut à lutter dès sa naissance contre celle de Poitiers qui, redoutant une rivale, résolut de s'opposer à l'enregistrement des lettres patentes du Parlement de Paris. Sur la requête présentée le 7 mars 1517 par le procureur Deschamp, chargé de défendre les intérêts des Poitevins, l'avocat général conclut à l'audition des parties dans le délai de trois semaines. Par suite de longueurs dans la procédure, la vérification des lettres patentes n'eut lieu que les 2 avril 1549. La ville d'Angoulême, en possession de son droit, n’en avait pas encore profité, lorsque Louis XIII, par un brevet de 10 mai 1622, permit d’ z établir un collège de Jésuites ?.
Un article du contrat, passé le 11 juin entre la Compagnie et la municipalité, regardait spécialement les prérogatives universitaires. Le maire et les échevins, afin d’ « honorer et illustrer ledit collège », accordaient aux religieux de jouir du droit d’'Université « pour lettres humaines, philosophie et théologie », con-
1. Voir tome IF, p. 512 et suiv. — Cf. Boissonnade, Histoire du collège el Lycée d'Angouléme, p. 3-5.
Ra patentes de Francois I”, décembre 1516 (Archiv. comm. d'Angoulême, AA,