‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 51 sur 308 · Garasse, p · texte numérisé non relu

Garasse, p

côtés aucune réponse, il vendit enfin la correspondance à un grand seigneur, ennemi mortel des Jésuites. Après l'avoir parcourue, l'acquéreur s’imaginant avoir en sa possession le moyen de les perdre, courut à Compiègne la montrer au roi. Louis XII renvoya les lettres au chancelier, lequel en confia l'examen à MM. Le Doux et Du Chatelet, maïtres des requêtes ordinaires de l’Hôtel!. Tandis qu'ils remplissaient consciencieusement leurs fonctions, on répandit dans la capitale les bruits les plus absurdes, les plus invraisemblables, qui, comme il arrive d’ordipaire, n’en trouvèrent que plus de créance. Cet Oudin était un Jésuite, de ceux qu'on appelle in-voto, ne revêtant pas l’habit de la Compagnie, mais admis à la participation de tous ses mérites. Il était entretenu par le P. Général comme agent et correspondant; c’est lui qui recevait les lettres en latin et les traduisait en français pour les plus chers confidents de la Compagnie. Quant aux documents découverts, ils étaient excessivement graves, et pour preuves on en fit circuler de prétendus résumés, bien que les lettres du P. Arnoux n’eussent point quitté les mains des magistrats enquêteurs. On y lisait que les Jésuites délibéraient sur toutes les affaires de l'État; que le procès-verbal de ces délibérations faites à La Flèche était envoyé au P. Général; que le P. Arnoux se trouvait fort avant dans ces machinations, et que dans ses lettres en chiffres il traitait le roi avec mépris, le désignant par un zéro. Bref, dans toutes ces missives, au nombre de plus de trois cents, écrites par le P. Arnoux depuis sa disgrâce, on voyait « toute l'intrigue et l'esprit de cabale de la Société et l'effet de son gouvernement? ».

Le plus répandu de ces résumés-avait pour titre Mémoire contenant les principaux points des lettres que le P. Arnoux, Jésuite,. avoit escriles à un nommé Oudin, après qu'il fut chassé de la cour, présenté au Roy et dressé par un des commissaires députez par Sa Majesté pour veoir lesdictes lettres et informer sur le contenu en icelles. C'était un misérable pamphlet que l’auteur, pour mieux tromper le publie, présentait sous une apparence officielle. Dirigé principalement contre le P. Arnoux, il reproduisait brièvement les bruits répandus au moment de sa disgrâce, et prétendait en prouver la véracité par des extraits supposés de la correspondance

1. Annales des Soi-disans Jésuites, t. III, p. 2, note. 2. Ibidem, p. 2-3, note.

Et ne

incriminée; mais l’ensemble présentait si peu de vraisemblance que pour tout esprit réfléchi l'illusion était impossible.

Oudin mourut pendant l'enquête. Celle-ci, poursuivie avec ‘un soin minutieux, devait révéler l’exacte vérité. Les maîtres des requêtes, Le Doux et Du Chatelet, déclarèrent en plein conseil qu'ils n'avaient trouvé dans les lettres « chose aucune digne de blasme ou qui püût estre soupçonnée contre l'Estat! ». Le jésuite ne méritait qu'un reproche, celui d’avoir eu trop de confiance dans un homme qui ne s’en montra pas digne. « En somme, disait le nonce, cette intrigue ourdie par la malice humaine, la Providence divine, l’a fait tourner à la gloire de Dieu et à l'avantage de la Compagnie?. »

Le P. Général, de son côté, avait interrogé l’ancien confesseur du roi et bien vite reconnu l’imposture, aussi s'empressat-il d'exprimer à Louis XIII son intime conviction. « Rien ne me serait plus pénible, lui écrivait-il, que de voir un religieux de la Compagnie manquer de respect envers Votre Majesté, surtout s’il s'agissait du P. Arnoux, qui aurait ainsi répondu par la plus noire ingratitude à tous les bienfaits dont il a été comblé, et je ne manquerais pas de punir d'une facon exemplaire une si grande faute. Mais, grâce à Dieu, je puis le certifier, ce Père, que je connais intimement et par ses lettres et par ses entretiens, a toujours montré un profond respect, une cordiale affection envers Votre Majesté, et témoigné la plus sincère gratitude pour les faveurs reçues de sa royale munificence; ce qu'il continue de faire maintenant. Quant aux papiers récemment découverts, où il est question de Votre Majesté, les explications du Père me semblent si satisfaisantes qu'à mon avis elles méritent une entière créance, et l’obtiendront sans aucun doute de votre parfaite justice. »

Le P, Coton pouvait, comme le P. Général se porter garant des bons sentiments du P. Arnoux, mais il n’eut pas à intervenir directement dans une cause où, pour faire triompher l’innocence, il suffisait de l'intégrité des magistrats. Il n'en fut pas de même dans une étrange affaire où se trouvèrent impliqués les religieux de la résidence de Dieppe.

; de Garasse, 0: CD Le

2. Spada à Barberini, 15 mars 1625 (Archiv. Vat., Nunz. di Francia, n. 399, fol.

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8. Lettre du P. Vitelleschi à Louis XII, 10 mars 1635 (Epist. Gen. ad externos, AREA 3 À

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L. Cette ville, l'un des plus ardents foyers du calvinisme, nepossédait que depuis peu une maison de la Compagnie, bien que, dans le passé, elle eût été plusieurs fois le théâtre de ses travaux apostoliques. Nous avons mentionné au cours de cette histoire les succès des PP. Antoine Possevin et Olivier Manare en 1570, et le séjour prolongé du P. Jean Gontery en 1608, sur Lordre de Henri IV'. Deux ans plus tard les habitants s'assemblèrent, et même se cotisèrent, pour fonder un collège: mais, remarque un vieil historien, « bien que le zèle de quelques-uns eût paru en l'exécution de cette entreprise, la froideur de quelques autres la fit avorter? », Au mois de juin 1618, quelques Pères étant revenus évangéliser la ville, leurs partisans songèrent à les y établir en simple résidence, à titre de missionnaires. Même ainsi, on se heurtait à de fortes oppositions, quand survint une circonstance qui fit tomber les préjugés. « Comme la peste moissonnait le peuple, deux de ces Pères s’exposèrent au péril pour l’assister »; par leur charité, leur couragé « à risquer leur vie pour la conservation de celle de l’âme et du corps des Dieppois », ils gagnèrent « Les cœurs et les affections de leurs ennemis ». Dès

lors disparut la malveillance qui avait ue jusque- -là leur

établissement :.

La chambre de ville les admit en 1619, à rh condition qu'ils ne. pourraient avoir qu'une maison d’ a destinée à recevoir les missionnaires du Canada, soit à leur embarquement soit à leur retour. Les Jésuites s'installèrent « rue du Bœuf, prothe de l’église Saint-Jacques », dans une maison qu'ils acquirent pour quatrorze mille livres, grâce à la libéralité d’un généreux bienfaiteur, Alexandre Bouchard, sieur de Caudecoste *.

En 1625 la modeste résidence de Dieppe, dépendante du collège de Rouen, était composée de trois religieux, lé P. Étienne Chapuis, le P. Ambroise Guyot etle Frère Benoit. Or, il arriva qu'au commencement de cette année, le P. Guyot fut accusé faussement du crime de lèse-majesté, enfermé dans les prisons de Rouen et enfin reconnu innocent par le Conseil du roi. L'affaire n'eut pas alors un retentissement considérable, maiselle devint,

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