Asseline, op. cül., t. II, p
4. Mémoires chronologiques pour servir lHistoireue Dieppe, t. I, p. 129.
5. Fondation de la maison de Dieppe (Francia, Fundat. colleg., cahier B, n.: 42°)
-en 1762, sous la plume du substitut du Procureur Général au Parlement de Rouen, le prétexte des plus perfides insinuations!, renouvelées et amplifiées en 1841 par M. Floquet, dans son Histoire du Parlement de Normandie ?. Le P. Garasse a raconté ce drame judiciaire tel qu'il l'avait appris du P. de Brébeuf et du P. Guyot ?; nous suivrons donc son récit comme celui du témoin le mieux informé.
Aux environs de Dieppe, dans la paroisse d’Estran, demeurait
«un meschant prestre », nommé Francois Martel, qui cachait sous les dehors d’une vie régulière une âme vile et criminelle. I avait choisi pour confesseur le P. Guyot; mais, comme il l’avoua depuis, il abusait des sacrements ; hypocrisie sacrilège que, dans sa candeur excessive, le jésuite n'avait point soupconnée. Celui-ci entretenait donc avec le fourbe des relations amicales. Un jour qu’il allait le visiter « par manière de promenade » avec le Frère Benoit, il rencontra « quatre pauvres soldats espagnols qui lui demandèrent l’aumône ». Comme il n’avait point d’argent, il leur dit de l’accompagner chez « un homme de bien » où ils trouveraient quelque secours. Chemin faisant, on parla des affaires de la Valteline qui occupaient alors tous Les esprits.
À la cure d'Estran la conversation reprit sur le même sujet; les Espagnols, en bons patriotes, chantèrent merveilles de leur pays et du gouvernement de leur souverain. « Plüt à Dieu, s’écria
le P. Guyot, que le roi de France fût aussi bien servi que celui d'Espagne ! » À ce vœu d’un fidèle sujet, le curé repartit que le roi d'Espagne méritait d’être roi de France. Le Père et son compagnon relevèrent ce propos avec une indignation bien légitime, mais si vive, que François Martel, outré de dépit, résolut de se venger à la première occasion. Elle n’allait pastarder. Peu de temps après, ce mauvais prêtre, dont on avait enfin découvertles crimes, fut arrêté avec Nicolas Galeran, son domestique et son complice, et emprisonné à la conciergerie du Parlement de Rouen. Mis à la question, il s’accusa d’une faute dont il n’était point coupable, en prétendant qu à la suggestion du P: Guyot il était entré avec quatre Espagnols dans un complot contre le roi. Cette délation fut aussitôt prise au sérieux par le premier président, Faucon de Ris, qui croyait avoir à se plaindre du P. de
1. Comples des Constilutions et de la Doctrine de la Société se disant de Jésus (1769, in-12), p. 170-172.
2. Floquet, Histoire du Parlement Normandie, t. IV, p. 419-493.