Garasse, p
2. Lettre de M. de Béthune à Phelypeaux, 17 déc. 1625 (Bibl. nat., f. fr. 3677, f. 127).
3. Phelypeaux à Béthune, 14 janvier 1625. (Bibl. nat., f. fr. 3669, f. 52.)
Paris. Grâce à l'intervention de quelques amis il put se concilier la bienveillance du chancelier, et celui-ci pria Sa Majesté de lui permettre de rentrer à la maison professe. « C’est moi, répondit Louis XIII, qui ai commandé au P. Provincial de le faire sortir du royaume, et je l’ai fait à bon escient; et aujourd’hui qu'il refuse d'obéir à mes ordres et à ceux de son Général, je devrais le laisser retourner à Paris! Non, je n’y consentirai jamais!. »
Malgré un refus si catégorique, le P. Voisin persévéra dans son projet. Il vint à Paris où il logea, selon les uns chez M. de Modènes, selon les autres, chez un président de ses amis; mais il échoua dans ses tentatives, comme nous l’apprend le P. Le Jeune. « Après avoir icy derneuré trois ou quatre jours, et escrit diverses lettres sans lieu ny datte, il a faict prier la Reyne Mère d’obtenir du Roy qu'il se vinst jetter à ses pieds, ou pour se justifier ou pour luy demander pardon, s’il avoit offencé en quelque chose, avec: promesse de le mieux servir cy après. La Reyne Mère en parla au Roy qui respondit qu'il ne le vouloit point voir; et tout cela s’est passé si secrettement que nous n’avons rien sçeu que quelques jours après... On ne scait où il est, ny ce qu'il a faict du despuis ?. »
Invité par le P. Général à se retirer au collège de Chambéry, le malheureux dévoyé promit d’obéir et n’eut pas le courage de tenir sa promesse. Nous ne Le suivrons pas dans sa vie errante. À Lyon il séjourna plusieurs semaines au couvent des Carmes. Venu ensuite dans Avignon, il n’écouta point le pro-légat qui l'exhortait à se soumettre4, IL se montra même insensible aux avances charitables et paternelles de ses supérieurs. Devant ce scandale public, le P. Vitelleschi se vit contraint de menacer d'une peine sévère le religieux infidèle”. Sur son ordre, le P. Etienne Charlet, Provincial de Lyon, enjoignit au P. Voisin, au nom de la sainte obéissance, de se rendre au collège de Chambéry avant quatre jours, sous pemme d’excommunication {ps0 facto$. Les supérieurs ne demandaient qu’un signe de repentir pour ouvrir leurs bras à l'enfant prodigue; ils n’eurent point ce
1. Lettres du P. Ignace Armand et du P. Jacques Bertrix au P. Général, 7 mai 1626 (Francia, Epist. ad Gen., t. IV).
2. Lettre du P. Le Jeune au P. Provincial de Lyon, 26 mars 1626 (Franciae historia, t. 11).
3. Lettre du P. Général au P. Dominique de Jésus, 11 août 1626 (Epist. Gen. ad Extern., t. 1613-1672).
4. Lettre du P,Et. Guyon au P. Général, 4 nov. 1626 (Lugdun., Epist. ad Gen., t. Il).
5. Lettre du P. Général au P. Charlet, 22 sept. 1626 (Lugdun., Epist. Gen., t. I).
6. Præceplum datum a P. Charlet, 21 oct. 1626 (Lugdun., Epist. ad Gen., t.I1).
A zu Betas ee Le 2 RCE
bonheur. André Voisin se soumit à l’injonction du P. Provincial, mais il ne changea ni de sentiments ni de conduite. Aveuglé par l'orgueil, l’infortuné n’aspirait qu’à retourner à Paris et ne tenait aucun compte des prescriptions de la règle!. Le voyant incorrigible, le P. Général lui permit, suivant son désir, de passer à un autre ordre religieux?.
6. Richelieu s'était montré bien dur à l'égard du P. Voisin, pour quelques paroles de critique; il allait bientôt sacrifier un autre jésuite, coupable de n’être pas assez souple à ses volontés. . Le confesseur du roi exerçait depuis quatre ans une charge délicate qu’il n’avait point recherchée. Par sa réserve, son intégrité, sa vertu, il sy conduisait de facon à mériter les éloges du nonce et du Souverain Pontife’. Mais, s’il évitait d'empiéter à la cour sur les droits de personne, il ne renonçait pas pourtant à aucune des prérogatives inhérentes à ses fonctions. Or, ce qui était chez lui simple accomplissement du devoir, füt taxé d’orgueil par les malveillants. Un trait montrera la puérilité de leurs griefs.
Louis XIII, comme Henri IV, avait toujours pendant la messe son confesseur auprès de lui. M“ de L'Aubespine, évêque d'Orléans, froissé de voir un religieux à cette place d'honneur, prétendit que c'était faire outrage à la dignité des prélats, à qui seuls appartenait de se tenir aux côtés du roi pendant l'office divin. Surses plaintes, Sa Majesté décida que désormais le confesseur se placerait parmi les aumôniers. Le P. de Séguiran n'avait fait que suivre la coutume de ses prédécesseurs. Il déclara qu'il « seroit bien marri de ne pas rendre aux Seigneurs prélats l'honneur et le respect qui leur est dû“ ». Le bruit courut cependant qu'il avait prétendu à la préséance sur les évèques et les princes de l'Eglise. Intéressés dans la question, les cardinaux de La Rochefoucauld et Richelieu le défendirent : cette imputation, dirent-ils, était pure calomnie*.
Quant à Louis XIII, il avait exprimé plusieurs fois au P. Général la satisfaction avec laquelle il recourait aux lumières d'un
Epist. Gen., t. IV).
2. Lettre du P. Général au P. Binet, 1°" déc. 1629 (Lugdun., Epist. Gen., t. I).
3. Lettre de Corsini au card. Ludovisio, 21 janvier 1623 (Archiv. Vat., Bibl. Pia, n. 142, f. 17, 18). Du même au même, 23 février 1624 (Archiv. Vat., Nunz. di Fran- + cia, n. 60, f. 66-68). De Spada à Ludovisio, 9 mai 1624 (Ibidem, n. 405, 249)
4. Procès-verbaux des Assemblées générales du Clergé, t. I, p. 543.