Ibidem
1. Lettres du P. Général au P. Filleau et au P. Suffren, 25 juillet 1628 (Francia,
religieux du plus grand méritef. Il en fallut, en effet, au P. de.
Séguiran pour se maintenir plusieurs années en dépit des intrigues qui se déclarèrent dès le début. Richelieu, en parvenant au pouvoir, lui montra d’abord beaucoup de bienveillance; mais quand il eut constaté l'esprit d’hostilité régnant contre lui à la cour, il ne fit rien pour s’y opposer. Cela s'explique. Le jésuite, dans l'exercice de ses fonctions, ne prenait conseil que de sa
conscience ; il ne savait point flatter les puissants, ni capter leurs.
faveurs par d’adroits témoignages d’admiration. Or le ministre de Louis XIII préférait les hommes disposés à approuver ses actes. Pour les indépendants il n'avait que froideur, en attendant l’occasion de les éloigner sans éclat. Il fallait à son absolutisme un entourage de serviteurs complaisants ; le P. de Séguiran n’en était point : son éloignement fut résolu. Mais par qui le remplacer? Choisirait-on encore un jésuite? L'affaire des libelles Mysteria politica et Admonitio ad Regem avaït indisposé Richelieu contre la Compagnie; les désagréables aventures des PP. Arnoux, Guyot et Voisin avaient encore augmenté les prévertions contre elle à la cour. Par ailleurs l'Oratoire était vu d'un œil favorable, depuis que le P. de Bérulle avait gagné les
bonnes grâces du ministre en assurant par son habileté le
mariage de Henriette de France avec le roi d'Angleterre. On songea done d’abord à prendre le successeur de Séguiran parmi les Oratoriens. « Les Jésuites, écrivait le sieur de Valavez à Peirese, sont ici en fort mauvais prédicament, tant à cause des lettres du P. Arnoux que de la déposition de ce malheureux prêtre (François Martel), comme aussi parce que le cardinal ne les ayme point à cause du livre qui a esté fait à Rome contre luy. On parle de donner au Roy pour confesseur le P. Chanteloube, de ceux de l’Oratoire.. Je ne scay si cela se pourra faire ?... »
En effet deux obstacles s’opposaient à la réalisation de ce dessein : là conduite irréprochable du P. de Séguiran, qui ne don-
nait aucune prise à la critique” ; la volonté formelle du roi qui
tenait à garder son confesseur. Quels moyens employer pour prévenir l’esprit de Louis XIII et Le détacher d’un religieux estimé ? La calomnie ne pouvant atteindre la personne du confesseur,
1. On le sait par une réponse du P. Général (10 mars 1625) à une lettre élogieuse de Louis XIII (Epist. Gen. ad diversos, t. I).
2. Lettre de Valavez à Peiresc (Bibl. de Carpentras, mss. coll. Peirese, t. 48, f. 389, 390). Le nonce parle aussi du projet de choisir un Oratorien (Lettre du 2 janv. 1626, Archiv. Vat., Nunz. di Francia, n. 65, f. 35).
3. Lettre du P. Général à M2" Frèmyot, 28 déc. 1624 (Gallia, Epist. Gen., t. IV).
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on lui reprocha une attidude trop raide, une direction trop étroite. Pendant plusieurs mois on ne cessa de parler sur ce ton ; si bien qu’à la fin Le roi, sans rien perdre de son estime pour le P. de Séguiran, sembla désirer un autre confesseur. L'intrigue ne réussit toutefois qu’à moitié. Le cardinal de La Rochefoucauld, grand aumônier, intervint fort opportunément; avant qu'on eüt. proposé le P. de Chanteloube ou tout autre, il engagea Sa Majesté à se mettre sous la direction du P. Suffren, déjà confesseur de la reine mère. Louis XII agréa ce choix et s’y arrêta si résolument que rien dans la suite ne put le faire changer d'avis !. Néanmoins il fallait obtenir aussi le consentement de Marie de Médicis et du jésuite lui-même.
«Le vingt-uniesme jour de décembre, raconte Garasse, Le Roy après une délibération de six mois se résolut de se défaire du P. Séguiran et de substituer le P. Suffren à sa place. Il appela pour ce sujet M, le cardinal de La Rochefoucauld et lui déclara son dessein avec commandement exprès de le faire scavoir à la Reine sa mère, ce qu’il fit avec M. le Cardinal de Richelieu. Car tous deux allant trouver la Reine mère dans sa chambre lui firent entendre la volonté du Roy son fils. À quoi d’abord la Reine, comme si elle n’eust rien sceu de l'affaire, pria Messieurs les Cardinaux de ne passer outre, jusqu’à ce qu'elle eust parlé au Roy. Mais M. le Cardinal de Richelieu la pria de ne rien remuer et d’acquiescer à la volonté du Roy, d'autant que c’estoit une affaire vuidée, qu’elle pourroit aigrir l'esprit de son fils qui avoit résolu ce changement depuis Le jour de la Pentecôte (7juin), jurant par le feu que voilà, se tournant du costé dela cheminée, qu’il avoit empesché le coup et lutté contre l'esprit du Roy l’espace d’un demy an tout entier. La Reine trouva grande difficulté à consentir à ce changement, croyant d'abord que le Roy lui voulust oster le P. Suffren. Mais quand elle entendit que la volonté du Roy n’estoit pas de la priver dudit Père, elle montra une grande facilité, Les priant néantmoins de ne le faire pas sçavoir à nos Pères jusques à ce qu’elle eust parlé au Roy pour lui faire entendre ses raisons.
« Comme ilsestoient sur ces contestations, le Roy survint dans. la chambre de la Reine mère et voyant quelque dispute entre elle et les cardinaux, il luidit d’abord: « Madame, e’en est fait ; j'ai « résolu de prendre le P. Suffren. — A quoi la Reïne lui dit
1. Avvisi del nuntio, 26 déc. 1625 (Archiv. Vat., Nunz. di Francia, n. 398, f. 458).
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premièrement : « Sire, je ne sçais si vous ne comptez pas sans « l’hoste. Carje m’asseure qu'ilne voudra pas. Le Roy luirepartit : « J'ai bien préveu cela ; mais je lui ferai commander par son « Supérieur. — Mais quoy, dit la Reine, Sire, n'avez-vous point « songé à ce qu’on pourra dire, et faire courir le bruict que c’est « une de mes inventions et que je vous ai donné le P. Suffren « pour sçavoir l’estat de vostre concience. Il n’est peut-estre pas « expédient que vous et moy ayons un mesme confesseur. » Le Roy ne répondit rien à cela sinon qu'il y avoit bien pensé et qu'il avoit déclaré sa volonté à M Le Cardinal de La Rochefoucauld et qu'il n’en vouloit plus entendre parler!. » |
Le grand aumônier, de retour à Sainte-Geniève, dépècha un carrosse au P. Coton, Le priant de le venir trouver sur les six heures du soir. Le P. Provincial, occupé à la préparation de son sermon du lendemain, s’excusa par lettre et décida d'envoyer à sa place deux Pères dont l’un était le P. Lallemant que le cardinal avait connu à Rome. Tous deux furent aimablement reçus; cependant Mf de La Rochefoucauld ne voulut point leur faire de communication de vive voix; il se contenta de leur remettre pour le P. Coton un pli cacheté, dans lequel il lui déclarait la volonté royale et lui racontait ce qui s'était passé chez la reine. Il était de sept à huit heures quand les Pères revinrent à la maison professe. Le P. Provincial causait avec le P. de Séguiran dans la salle de récréation. Après avoir lu le billet, il continua son entretien avec une grande tranquillité sans laisser paraitre la moindre émotion; puis, au son de la cloche, il se rendit à la chapelle pour la récitation des litanies. Quand elles furent terminées, il recommanda aux prières de la communauté une affaire importante, et se retira, selon sa coutume, devant le Saint-Sacrement où il demeura plus longtemps qu’à l'ordinaire.
Le lendemain, de bon matin, « il s’en alla trouver le R. P. Séguiran dans sa chambre et luy dit d’abord : Mon Révérend Père, je viens vous donner une nouvelle, laquelle peut-estre vous estonnera. » Le P. de Séguiran l’interrompant : « N'est-ce pas, mon Père, que je ne suis plus confesseur du Roy? — C’est cela mesme, reprit le P. Coton. — A ces paroles le R. P. Séguiran se tournant vers son oratoire, commença à haulte voix le Te Deum laudamus. De quoy le R. P. Coton demeura estonné et grandement édifié. » Après quelques réflexions sur l’état présent des affaires, le