Garasse, Récit awvray.….., p
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P. Provincial dit qu'il était résolu, « devant que passer oultre », à voir le roi et à lui faire entendre Le préjudice que pourrait lui causer ce changement. Mais le P. de Séguiran l’en dissuada, « d'autant, dit-il, mon Père, que la chose est faicte et qu’il n’y a plus de remède ».
Ensemble ils allèrent chez le P. Suffren qui, ne songeant « à rien moins », préparait tranquillement sa prédication pour Saint-Gervais. À la vue des deux Pères, il eut un soudain saisissement. Le P. Provincial lui ayant annoncé la décision du roi et lu le billet du grand aumônier, il se défendit longuement de porter un si lourd fardeau, jusqu’à se jeter aux pieds de son supérieur qu'il suppliait par ces paroles : S? quid potes, adjuva nos. « Mon Père, lui répondit le P. de Séguiran, il est temps de se sacrifier pour la Compagnie ; il faut absolument accepter cette charge, ou voir périr la Compagnie en France. » Le P. Suffren se résigna. « La seule consolation que j’aye en cette affaire, dit-il, est que je ne vivrai plus guères, et que je verrai d'autant plus tost Nosire Seigneur; car il est impossible que je puisse durer longtemps en cet estat?. »
Dans ces scènes, si bien décrites par un contemporain, on ne sait ce qu'il faut le plus admirer ou du joyeux empressement avec lequel le P. de Séguiran abandonna un poste d'honneur, ou de la vive répugnance que le P. Suffren mit à l’accepter. Le premier prit congé de son royal pénitent par une lettre qu'il adressa au grand aumônier. Il Le priait de remercier de sa part Sa Majesté de l’avoir déchargé d’un office dont il s'était toujours jugé très indigne ; de lui faire agréer ses excuses pour les fautes qu'il avait pu commettre dans une charge si difficile; de lui demander en quel lieu il devait se retirer ; d’invoquer sa libéralité pour le paiement des gages de quelques serviteurs®. Le lendemain à la messe, le roi ayant reçu du cardinal de La Rochefoucauld la lettre du P. de Séguiran, la lut et la relut avec ‘une si vive émotion, que l’archevèque de Tours et l’évêque d'Auxerre s'en aperçurent et s’approchèrent pour en demander la cause. « Le P. Séguiran, leur dit-il, est un très bon homme et très bon religieux : je n’ai aucun mécontentement de luy; je veux qu'il soit payé jusques au dernier sol et qu’il se retire où il voudra : je m'en remets au Provincial. Au reste, il a tort de me demander