‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 62 sur 308 · Garasse, p · texte numérisé non relu

Garasse, p

Marie de Médicis se réjouit beaucoup du changement de confesseur : elle savait que le P. Suffren ne donnait pas la moindre prise aux calomnies portées contre ses frères en religion. Pour exprimer son contentement elle dit un jour « qu’il n’estoit pas comme les autres Jésuites et que tout en iroit mieux ». Cet éloge blessa un des seigneurs présents, lequel nourrissait de tout autres sentiments à l'égard de la Compagnie. « Madame, reprit-il, je vous respondrai sur ce point par le narré d’une histoire qui est arrivée ces jours passés. Je pris dernièrement: dans une de mes maisons une nichée de louveteaux, et une dame, qui a bien l'honneur d’estre connue de Vostre Majesté, estant entrée dans ma salle où j'avois faict porter ces louveteaux, me pria de luy en donner un. Je luy présentai toute la nichée: et elle, faisant estat de se contenter d’un seul, les considéra tous fort attentivement, en prenant tantost l’un, tantost l’autre, et enfin, après les avoir tous regardez entre les deux yeux, elle les jetta par dépit, disant : qu’ils estoient tous louveteaux et tous enfants d’une louve, et que le meilleur ne valoit rien!. » Ce mordant apologue montre bien de quelle haine certains courtisans poursuivaient les Jésuites. Ils s'empressèrent de le raconter au roi qui le lendemaïn le rapporta au P. Suffren.

Ceux qui fréquentaient le plus la personne de Louis XIII eurent recours à toutes sortes d'artifices pour le détourner de son nouveau confesseur, le représentant comme un homme scrupuleux, d’une sévérité outrée et « si farouche qu’au moindre péché véniel il imposait des jeûnes et des disciplines pour pénitence? ». Le jour même où Sa Majesté devait se confesser au Père pour la première fois, le 24 décembre, veille de Noël, des gens mal intentionnés allèrent par tout le Louvre racontant « que le Roy n'avoit pu dormir de la nuict pour l’appréhension d'approcher le P. Suffren, et qu’il n'y avoit pas d'apparence de le tenir dans cette servitude et gehenne d'esprit ». Au grand déplaisir de ces intrigants, le roi se releva du tribunal de la pénitence si satisfait, si consolé, qu'il se rendit aussitôt près de la reine mère « pour lui déclarer son eontentement, disant à haulte voix que jamais il n’en avoit reçceu de pareil de ses confessions, et qu'il esperoit toujours aller de mieux en mieux ? ».

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