‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 67 sur 308 · Apologie de François Garassus, p · texte numérisé non relu

Apologie de François Garassus, p

3. Rapin, Histoire du Jansénisme, p. 190-193. Au dire du même auteur, « Guillaume des Landes tomba malade d’une si grande injustice faite à son rapport » (p.193).

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fut nécessairement amené à écrire un traité complet. Pendant près de deux ans il s’occupa de ce vaste ouvrage qui parut à la fin de 1625.

La somme théologique des vérités capitales de la religion chrétienne était dédiée au cardinal de Richelieu, et divisée en trois tomes comprenant chacun trois livres. Dans le premier tome, l’auteur traitait de l’athéisme, de Dieu, de Jésus-Christ; dans le deuxième, de l’homme, de l’âme raisonnable, de l’état de l’âme séparée; dans le troisième, de l'Église, des vertus et des vices, du monde et de son gouvernement.

S'adressant aux gens du monde, il écrivit en français, s'éloigna le plus possible de la forme scolastique, et préféra les procédés littéraires à la sécheresse du raisonnement. S'il cite les auteurs grecs ou latins, c’est en sa propre langue; il appuie ses preuves de récits historiques, développe sa pensée par des images ou des comparaisons, et termine chaque livre, parfois même les chapitres, par de courtes élévations à Dieu, des prières à Notre-Seigneur, aux anges, à la Vierge Marie.

- Mieux écrit que la Doctrine curieuse, l'ouvrage, gâté par les. défauts de l’époque, n’est assurément pas un modèle de bon goût; mais il ne mérite point tous les reproches que lui adressent de confiance beaucoup d'écrivains quine l’ont pas lu. Il n’avait pas encore vu le jour, que les beaux esprits ou les libres penseurs d'alors parlaient déjà de le déférer à la congrégation de l’/ndex. Garasse les raillait sans amertume. « Ceux qui se sont obligés d’en porter les nouvelles à Rome auront une bonne commodité cette année (celle de jubilé); car ils pourront y gagner l’indulgence plénière de leurs autres fautes, et pardon pour celle-ci qui n’est pas des plus grosses !. »

Au surplus, de précieux encouragements le consolaient et Le soutenaient. Des littérateurs en vogue, Jaeques Sirmond, Malherbe, Racan, Balzac, auxquels il avait communiqué des feuilles de son manuscrit, ne lui ménageaient pas les éloges. Malherbe par exemple défiait ainsi les détracteurs du livré en préparation :

Esprits qui cherchez à mesdire, Adressez-vous en d’autreslieux :

Ceste œuvre est une œuvre de Dieu

Garasse n’a fait que l’escrire ?.

1. La Somme théologique, advertissements, n. XVI. 2. Œuvres complètes de Malherbe (Collection des Grands Ecrivains), t. E, p. 266. a

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Non moins hyperbolique, Balzac rangeait le jésuite « parmi les

Pères des derniers siècles! ». Et Racan arguait des beautés de

son livre pour prouver l’immortalité de l’âme contre les impies :

Brutal escholier d'Espicure…

Quand tu vois les doctes merveilles

Qu'a fait naistre en ses longues veilles

Ce grand ornement de nos jours,

Peux-tu croire, esprit infidelle,

Que tant d’admirables discours

Soient partis d’une âme mortelle??

Toutefois, quand il s’agit de doctrine, les témoignages des plus grands littérateurs ont peu de poids. Il nous faut avoir l'avis

des juges compétents. Or, la Somme théologique, soumise par

parties à des théologiens romains et à deux des principaux membres de la Sorbonne reçut leur complète approbation. Celle des docteurs Froger et de Montereul était formulée en ces termes : « Nous soubssignés, docteurs régens en la Faculté de Théologie de Paris, certifions avoir lu et sérieusement examiné trois livres de la Somme Théologique.…. auxquels nous n’avons trouvé chose qui ne soit conforme à la doctrine que tient l'Église catholique; au contraire, nous le (sic) jugeons très digne d’être mis en lumière pour servir d’antidote contre les impiétés des athées et libertins de ce temps” . »

Est-ce à dire qu'il ne se trouvât rien à reprendre dans cet ouvrage? Non assurément. Garasse, ditle P. Rapin, « n'avait pas l'esprit aussi exact que démandait cette étendue de capacité dont il avait la réputation; il se méprenait quelquefois dans les citations qu'il faisait ;.… il avait lu les auteurs anciens avec trop de rapidité, mêlant leurs sentiments aux siens... donnant souvent leurs pensées pour les siennes 4 ». Ajoutons qu'il publia la Somme sans l'avoir corrigée assez sérieusement. Un plus grand souci de l'exactitude, une vérification attentive des textes lui aurait fait éviter bien des fautes. Dans certains traités on remarque

1. Lettre de Balzac au R. P. Garasse, s. d. (Œuvres de Balzac, Paris, 1665, 1. 1

à 2 D pour mellre au commencement du livre du P. Garasse contre les impies. (Œuvres de Racan,rpubliées par Tenant de La Tour, t. I, p. 226.)

3. Approbation des docteurs Ro et de Montereul (Prat, Recherches, t. IV, p. 496).

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