‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 82 sur 308 · RE PT PNR PT PS · texte numérisé non relu

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confesseurs puissent toujours les reconnaître, M‘ Camus, s'apercevant un peu tard que son autorité était compromise, laissa faire !; puis de vives réclamations s'étant élevées de toutes parts, il finit par permettre aux Jésuites de confesser ses diocésains dans la chapelle du collège, excepté quatre fois dans l’année, la veille et le jour des solennités principales, où ils pourraient entendre les confessions dans les paroisses?

Un grand pas était fait; mais on ne pouvait en rester là. Le P. Provincial n’avait pas le droit de renoncer à des privilèges accordés par le Saint-Siège en faveur, non des religieux, mais des fidèles. Il profita de sa visite, pendant l'été de 1625, pour

écrire à l’évêque de Séez une lettre pleine de déférence et de fermeté. Après avoir signalé, dans les restrictions äpportées au ministère de ses subordonnés, leur caractère d'innovation, puisqu’elles étaient contraires à la discipline du concile de Trente et à la pratique universelle de l'Église, il suppliait le prélat d’en reconnaitre les désastreuses conséquences.

«€ Telle restriction, disait-il, par nous approuvée devant ou con-

tre le jugement du Saint-Siège, révoqueroit en doute toutes les absolutions que jusqu?s à présent on a données à tels jours, pour ne rien dire de l’espèce d’infamie que porte avec soy l'interdit d'une église ou d’une chapelle de temps en temps... À bien dire, telle restriction nouvelle semble ne dénoter autre chose sinon que le Saint-Siège a erré, ou du moins a eu tort d’exempter les Religieux et de leur conférer le pouvoir et les privilèges qu'ils ont, non pour eux, n'en ayant que la peine, mais pour ayder au salut des âmes, en servant messieurs les évesques et soulageant les curez qui sont occupez au baptême, mariage, extresme-onction, sépulture, visitation des malades, et au service de leur église. - Repréhension qui n’a esté faicte par un aucun concile œcuménique et qu'il est malaysé de faire sans offenser le pasteur universel de l’Église, lequel tenant la place de Saint Pierre, a. intendance et juridiction sur toutes les ouailles de Jésus-Christ sans exCeption. »

Rappelant ensuite l'humble remontrance adressée au Saint- Siège sur le même sujet par le synode provincial de Bordeaux, il suppliait Le prélat de laisser les Pères d'Alençon exercer librement leur ministère jusqu’à la décision du Souverain Pontife: « autrement, ajoutait-il, ce seroit prévenir son jugement, vous en com-

1. Notice sur le coilège d’Alencon (Archiv. prov. de Lyon). 2. Ibidem. Cf. Prat. Recherches, t. IV, p. 650.

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mandant, nous en obéissant. Que si vous estimez de ue le pouvoir

faire, octroyez-moi du moins que j'attende la response de nostre Père Général, sans l'autorité et consentement duquel je ne puis contrevenir à ce qui se pratique en nostre Compagnie par toute l’estendue de la terre. » En finissant, le P. Coton faisait appel à la « piété et prudence singulière » de l'évêque, à son zèle pour « la gloire de Dieu, et le salut des âmes », et protestait de sa très humble ohéissance pour tout ce qui n'était pas contraire au devoir de sa charge !.

Il faut éroire que M# Camus se laissa convaincre, car désormais nous ne trouvérons plus aucune trace de dissentiments entre Jui et les Jésuites. Mais toutes ces réconciliations particulières ne changeaient rien aux tendances gallicänes de l'épiscopat. Le concile provincial tenu à Bordeaux en 162% sembla donner raison aux advérsaires des Réguliers : il renouvela les règlements de celui de 1583 qui restreignait leurs privilèges ; il défendit de bâtir des monastères, des églises ou des collèges sans la permission de l’Ordinaire : il frappa de censure les prédicateurs qui parleraient contre l'obligation d'assister à la messe paroissiale un dimanche au moins sur trois; il prétendit qu’en 1622 le Pape Grégoire XV avait défendu aux Réguliers de prêcher et de confesser sans l'approbation et la permission de l’Ordinaire?. Or, comme le P. Général le fit observer aû P. Charles de La Tour, la bulle de Grégoire XV ne limitait les pouvoirs des Réguliers que par rapport aux confessions des religieuses, et cela ne regardait aucunement la Compagnie puisqu'elle s’interdit elle-même l'exercice ordinaire de ce ministère. « D'ailleurs, ajoutait Vitelleschi, il est certain par la déclaration de la Sacrée Congrégation des cardinaux, qui à suivi cette Bulle ?, que nos privilèges n'ont point été atteints et que les Nôtres une fois approuvés peuvent entendre les confessions comme auparavant. 5 Et le P. Général ne cessait de recommander aux Supérieurs de veiller avec soin à la conservation des privilèges de la Compagnie. «‘Ils nous ont été accordés par les Souverains Pontifes: nous ne devons ni ne pouvons les abandonner ou en faire peu de cas, puisqu'il s'agit de l’autorité même du Saint-Siège. Si

1. Lettre du P. Coton à Jacques Camus, 24 août 1625 (Franciae historia, t. IT, n: 57).

© 9. Labbe, Sacrosancta Concilia, t. XV. — Cf. Le Mercure François, 1. X, an. 1624, p. 648: ‘

3. peclarationes Sacr. Congr. Concilii super Const. S,. D. N. Gregor Papae XV de: Exemptorum privilegiis (Le Mercure François, t. XI, an, 1625, p. 692-696).

4. Lettre de Vitelleschi au P. de La Tour, 1°* déc, 1627 (Francia Epist. Gen., t. IV).

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donc on nous signifie de modifier nos usages, nous devons répondre avec modestie que nous ne pouvons y consentir sans la volonté formelle du Pape!, »

En effet l'heure était venue d’une humble mais inébranlable résistance. « On entendoit sourdement, dit un contemporain, des menées contre les Réguliers et les privilégiés, et des propositions aucunement scandaleuses contre toute la Moinnerie (car c’est ainsi qu'ils parlent des Ordres religieux) laquelle, à leur dire, il falloit réformer et contenir en son devoir?, »

6. Beaucoup pensaient alors que la prochaine Assemblée générale du clergé y pourvoirait, Elle s’ouvrit au mois de mai 1625. À en juger par divers incidents particuliers ou locaux, il semble bien que bon nombre des députés s’y rendirent avec l'intention de se prêter aux mesures rigoureuses que les plus exaltés proposeraient; nul doute que plusieurs prélats influents y apportèrent l'intention très arrêtée d'y faire triompher leurs prétentions gallicanes. S'il faut en croire le P. Garasse, le plan d’attaque contre les Religieux aurait été concerté « le propre jour de Saint-Thomas, 1624, entre deux Évêques des plus puissans dé toute la France qui se rencontrèrent à Notre-Dame des Ardillières sous prétexte d'une neuvaine?... Ces deux Évêques demeurèrent dix jours chez les Pères de l’Oratoire, traitant de leurs affaires. Et comme jepreschois l’avent à Saumur, je découvris une partie de leur dessein et en donnai avis au P. Séguiran, lequel estoit alors à la cour. Durant cette neuvaine ils ne laissèrent pas de traiter avec moi fort famimilièrement, ne perdirent aucuns de mes sermons: et, Les fêtes de Noëlestant venues, l’un d'eux agréa que je lui quittasse la chaire. Car en effet c’est un des Évêques qui s’en acquitte le mieux et le plus dignement de la France.

« Le R. P. Séguiran prévoyant le danger de cette assemblée, fit en sorte avec M. le Cardinal de La Rochefoucauld que le Roy commandât à M. le Chancelier de la convoquer à Montargis et de l'éloigner de Paris, pour éviter toutes les ligues et factions des esprits remuans. Aussitost, un des Évêques que j'ai nommés s’ap-

1. Lettres du p. Vitelleschi au P. Niquet, 8 sept. 1625 (Ibidem) ; au P. de Séguiran, ‘8 déc. 1624 (1bidem).

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