‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 90 sur 308 · Le Mercure françois, p. 715 et suiv · texte numérisé non relu

Le Mercure françois, p. 715 et suiv

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par les Papes ; toutes les restrictions apportées à l'encontre par certains évêques, et dont nous avons parlé plus haut, étaient consacrées; d’autres, ni moins rigoureuses ni plus légitimes, étaient proposées comme règle à suivre dans l'avenir. En un mot, on bouleversait l’organisation et les statuts des Ordres religieux; oubliant, ou feignant d'ignorer, que les Réguliers sont dans la pensée du Saint-Siège les auxiliaires de l’Église, on voulait en faire les auxiliaires du clergé hiérarchisé sur place.

La prétention était de conséquence; et sans doute Léonor d'Estampes le voyait, car en finissant il soumettait son œuvre à l'approbation du Souverain Pontife. :

Dès qu'il connut la Déclaration, le nonce, M* Spada, s'en émut ; il pria le cardinal de Sourdis d’user de toute son influence pour qu’elle ne fût pas publiée. L'archevêque de Bordeaux lui promit qu ‘elle ne le’serait point avant l’envoi d’une députation à Rome. « Du reste, ajouta-t-il, j'ai eu soin d'y faire apposer la formule : sauf le Li plaisir de Sa Sainteté. » — Précaution vaine, repartit le nonce, puisque déjà on est en train d'envoyer la Déclaration à tous les évêques et d’en presser l'exécution. François de Sourdis eut beau renouveler sa promesse, il laissa le nonce peu rassuré. « Je doute fort qu'il réussisse, écrivait Spada au cardinal Barberini; de mon côté je n'ai pas manqué d'agir discrètement auprès des évêques bien affectionnés au Saint- Siège; tous regardent la chose comme très difficile ; nous connaitrons bientôt le dénouement”. »

Les démarches du nonce ne restèrent pas infructueuses, car dans la première séance du 20 octobre l’Assemblée prit la résolution suivante : « Sur ce que M° le cardinal|de Sourdis| a remontré que le Règlement fait pour tenir en devoir les Réguliers. devoit estre présenté à Nostre Saint-Père, pour estre autorisé et approuvé par son très grave jugement avant d’estre divulgué et publié ; et qu'estant, comme il est, conforme aux saints Décrets et à l’usage et pratique de ce royaume, duquel Sa Sainteté connoit. les nécessités et besoins, il ne doutoit pas que non seulement Elle l’agréeroit mais le loueroit; délibération prise, d’une commune voix a esté ordonné qu'il seroit escrit à Sa Sainteté avec toute soumission et respect; cependant que ledit Règlement ne seroit envoyé, ny publié, ny divulgué et que Messeigneurs les évesques de Chartres et de Valence iroient de la part de lAs-

ke Spada à Barberini, 14 oct. 1625 (Arch. Vat., Nunz. di Francia, n. 64, f. 420-424).

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semblée en assurer M# le Nonce et le supplier d’y vouloir joindre ses bons offices !. »

Dans la seconde séance du même jour, l’évêque de Chartres donna lecture de la lettre qu'il avait été chargé d'écrire au . Saint-Père. Après un bel éloge du Souverain Pontificat, après des louanges bien méritées à l’adresse d’Urbaïin VIIL, l’auteur tracait avec plus d'art que d’exactitude un tableau peu loval des prétendus désastres causés par les privilèges des Réguliers ?. A Rome, heureusement, on n’était pas dupe; on ne se faisait pas illusion sur le but que poursuivait l’Assemblée. Aussi le cardinal Barberini, écrivant au nonce, approuvait-il sans réserve ses instances auprès du cardinal de Sourdis, et lui recommandait-il à nouveau de s'opposer de tout son pouvoir à la publication du Règlement, « acte si peu respecteux envers le Saint-Siège et qui entrainerait les plus déplorables, consé- -quences ». « Au reste, lui disait-il, Votre Seigneurie peut assurer les évêques que Sa Sainteté leur donnera toute satisfaction convenable et plus qu'ils ne pensent peut-être ?. »

10. Personne ne doutait que la Compagnie de Jésus ne füt particulièrement visée par la fameuse Déclaration. En effet, il s'y trouvait deux articles qu'on ne pouvait appliquer à d’autres qu’à ses propres membres. D’après le premier, aucun évêque ne donnerait plus les ordres sacrés ni les dimissoires à aucun reli-: gieux qui n’eût déjà fait vœu solennel de pauvreté. D’après le second, toutes les fois qu’un religieux sortirait de son Ordre une « pension congrue et suffisante pour l'entretien de sa vie » serait levée par l’évêque sur la maison dont il serait parti.

«Là-dessus, rapporte Garasse, comme six Evesques ou Archevesques nous fussent venus voir tous ensemble dans la maison professe, entre lesquels estoient les deux de Saumur qui désiroient fort justiffier leurs règlements et nous faire croire qu'ils ne touchoïent en facon du monde nostre Compagnie, mais seulement un tas de Cordeliers vagabonds qui soulevoient un grand scandale dans l'Eglise de Dieu, nous leur fimes avouer que ces deux articles que je viens de cotter ne visoïent que contre nostre Compagnie, et que le dernier avoit esté suggéré à Messieurs les Eves-

1. Procès-verbal ms., 1°° séance du 20 octobre. 2. Procès-verbal ms., 2° séance du 20 octobre.

3. Lettre de Spada à Barberini, 24 oct. 1625 (Archiv. Vat., Nunz. di Francia, n. 406,

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ques par un homme assez connu, sorti de chez nous, comme l’un d’eux nous confessa franchement. »

Mais pourquoi ces démarches des prélats auprès des Jésuites? C’est que déjà le P. Provincial, les supérieurs locaux, le P. Binet, d'autres encore avaient montré par leurs actes et leurs écrits l'incompétence de l’Assemblée dans une matière réservée au Saint- Siège, et leur ferme intention d'en appeler à Rome. Si l’on pouvait les tranquilliser, empêcher leurs protestations, leur faire croire que l’entreprise est sans portée, combien cela faciliterait la réussite! Car ce que les évêques, eux, veulent demander au Pape, ce n’est pas à proprement parler un jugement, mais la simple « confirmation du règlement concerté contre les prétendues exemptions des Réguliers » ; et ils entendent solliciter cette confirmation, non par devoir, mais par « convenance et bienséance? », et aussi par tactique, « pour étoufler les plaintes de certains intéressés qui cherchent à se détacher de lobéissance qu'ils doivent aux seigneurs prélats establis par le Fils de Dieu pour connoistre, ordonner et disposer en son Eglise, sous la direction et souverain gouvernement du chef visible séant à Rome, l'autorité duquel les prétendus Réguliers font mal à propos servir à leur intérêt” ».

Ainsi, après avoir supprimé en pratique les privilèges accordés et de tout temps maintenus aux Religieux par les Papes, on demandait au Pontife régnant tout autre chose encore que son approbation, sa connivence. Etait-ce audace ou naïveté? Sans doute, dans cette conduite assez incohérente, il y avait surtout de l’hésitation. Les membres de l’Assemblée, résolus pour la plupart de restreindre les privilèges, n'étaient pas. tous également imbus des préjugés gallicans. Les plus sages retenaient les plus emportés. Ceux-ci persuadés au fond de l'illégalité de leur œuvre, auraient voulu forcer en quelque sorte la main au Souverain Pontife. On en a une preuve dans leur peu de loyauté: en dépit de toutes les résolutions inscrites aux procès-verbaux des séances,

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