‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 10 sur 375 · Ibidem, p · texte numérisé non relu

Ibidem, p

plissaient; mais ce qui me désole davantage, c’est que leur sort estsans doute Le châtiment mérité d’une ardeur imprudente. Si chacun s'était contenté d'adresser à Dieu de saintes prières, au lieu de se répandre en critiques auprès des hommes, on ne se serait pas exposé à des soupcons qui devaient évidemment aboutir au bannissement. En parlant ainsi je ne veux pas accuser Votre Révérence de quelque faute: j'indique seulement la cause non douteuse d’un malheur qu’on aurait dû prévoir. Les paroles étant l'expression des sentiments, il était naturel qu’on suspectât la fidélité de ceux qui ne réprimaient point leur langue. Voilà, me semble-t-il, la véritable raison pour laquelle on a chassé les uns et permis aux autres de rester. Ceux-ci, étrangers aux affaires du dehors, remplissaient en silence leurs offices; ceux-là les négligeaient, pour s’occuper de tout autre chose. En présence du fait accompli, il ne nous reste plus qu’à souffrir, avec une patience religieuse, les inconvénients que nous n'avons pas su éviter!. » Dans une lettre du 1° août le P. Vitelleschi conseillait au P. Nicaud d'envoyer les proscrits dans le duché de Bourgogne; le P. Provincial de Lyon céderait, à leur place, autant de ses Pères, afin que sa province ne fût pas surchargée d’un trop grand nombre de sujets?.

À peine les exilés étaient-ils partis que l’armée du cardinal de La Valette, décimée par la peste et la famine, s’abattit sur la ville de Pont-à-Mousson. La procession solennelle de l’Université que l’on préparait en ce moment, n'eut pas lieu; les exercices littéraires, la représentation dramatique et même la distribution des prix furent suspendus. Les élèves qui s'étaient disposés à soutenir le grand acte, furent promus aux grades sans aucune cérémonie. La rentrée se fit sans apparat, avec seulement cent cinquante élèves. La messe de saint Nicolas, si magnifiquement célébrée chaque année, fut également omise à cause des calamités publiques”.

6. IL est impossible de se faire une idée des malheurs qui, durant plusieurs années, désolèrent la Lorraine envahie d’un côté par les Français et les Suédois, de l’autre par l’armée de Charles IV composée de Lorrains, d’Allemands, de Croates et

1. Lettre du P. Général au P. Jean Bouvet, 8 juin 1635 (Campan., Epist. Gen. t'te00.

2. Lettre du‘ P. Général au P. Nicaud, 1°° août 1635 (/bidem).

3. Abram, op. cit., p. 511, 512. — Martin, L'Université de Pont-à-Mousson, p. 101.

de Hongrois. Les partisans du duc Charles « ont plus fait souffrir de maux à leurs propres compatriotes que n’en ont jamais fait les Français qui avaient pour eux beaucoup plus d’humanité! ». Les officiers de son armée, rapporte un témoin, « veulent faire fortune, à ce qu’ils disent, leur estant permis de piller où ils voudront... aussi il y a des capitaines qui ont fait mettre pour devise à leurs étendards : Frappe fort, prends tout et ne rends rien? ». Toutes ces troupes étaient accompagnées d’une multitude de maraudeurs, gens sans aveu, qui, joints aux soldats formaient un total de plus de quatre cent mille hommes”. Ce n’était partout que pillages, meurtres, incendies, destruction. L'histoire manuscrite de l'Université de Pont-à-Mousson est pleine à ce sujet de détails navrants, et cependant l’auteur assure « avoir passé sous silence beaucoup d’abominations qu'il aurait honte de publier et que la postérité refuserait de croire ». On ne voudra jamais s’en rapporter à nous, dit aussi Cassien Bidot, mais quod vidimus testamur”.

Dans les récits contemporains un épisode nous intéresse particulièrement, le sac de Saint-Nicolas, cité riche alors, où la Compagnie avait un petit collège. Campées dans les environs, les armées ennemies prirent part les unes après les autres à la dévastation. Les troupes de Gallas, allié de Charles IV, commencèrent le # novembre. Trop peu nombreuses pour tout emporter, elles fouillèrent les maisons et enlevèrent les objets les plus précieux. Des coureurs de l'armée du duc de La Force survinrent à la tombée de la nuit, et continuèrent le pillage. Au point du jour apparurent les Suédois. Quand ils s’aperçurént que le meilleur du butin avait disparu, leur cupidité décue se changea en une rage cruelle. « Ils résolurent d’avoir au moins la vie de ceux dont ils ne pouvaient plus ravir les biens », et Saint-Nicolas « connut les dernières horreurs d’une place emportée d'assaut et livrée à la brutalité du soldat5 », Semblables à des bêtes féroces, ils forcèrent et saccagèrent les

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