Longin, Ephémérides, p
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fit porter sur le toit de Notre-Dame. « Quand il vit d’un côté l’arrière-garde des Français s’éloignant, et de l’autre les Lorrains qui arrivaient, ilentonna le Nunc dimittis ; ce furent ses dernières paroles : il expira peu après!. »
8. Les choses commençaient à mal tourner pour Richelieu. Tandis que les troupes royales combattaient en Lorraine, en Allemagne et en Franche-Comté, il n’avait laissé que de faibles garnisons pour protéger les frontières de la Picardie. L’ennemi s’apercut et profita de cette faute. Deux corps d'armée espagnols, commandés l’un par Piccolomini, l’autre par Jean de Wert, envahirent la France et s’emparèrent sans coup férir de La Capelle, de Fonsommes, de Fervaques, du Catelet et de Corbie. Tel fut alors l’effroi dans la capitale, que Louis XIIT, quittant Saint-Germain, vint se loger au château de Madrid, pour bien montrer aux parisiens qu'il voulait partager leur péril?. Comme il arrive en ces moments de crise, tous les étrangers, même les religieux, reçurent l’ordre de quitter le territoire?. « Cher et bien aimé, écrivit Le roi au P. Ignace Armand, supérieur de la maison professe de Paris, comme nous n'avons pas trouvé à propos dans l’estat présent des affaires de souffrir dans nostre royaume lesreligieux estrangers qui nous peuvent estre suspects, nous voullohs et vous mandons qu'incontinent la présente receue, vous ayez à faire vuider de vostre maison tous les religieux lorrains,comtois et flamands sans user d'aucun retardement, comme chose qui pourroit préjudicier au bien de nostre service. Sy n’y faictes faulte, car tel est mon bon plaisir. Donné à Paris le 12° jour d'aoust 1636 “. » |
Cet ordre d'expulsion générale, donné sous la première impression de la panique, Louis XIII le révoquait quinze jours plus tard, en s'adressant cette fois au P. Provincial : « Révérend Père Binet, l'estime en laquelle j’ay toutte vostre Compagnie et l'affection particulière que je porte à vostre personne m'invitent à vous escrire ceste lettre pour vous dire que bien que j'aye ci-devant ordonné aux supérieurs des maisons religieuses de ma bone ville de Paris d’en faire sortir tous les estrangers dont la conversation
1. D'Haussonville, op. cit., t. III, p. 281. — Richard, Histoire des diocèses de Besancon et de Saïint-Claude, t. IE, p. 310.
2. Mémoires de Richelieu, t. IL, p. 70. Cf. Bazin, op. cût., t. LIL p. 435-439.
3. Lettre du nonce au, cardinal Barberini, 19 août 1636 (Archiv. Vat., Nunz. di Francia, n. 83, f. 197-199).
4. Lettre du roi au P. Armand, 12 août 1636 (Archiv. nat., M. 241).
pouvoit estre suspecte en temps de guerre, néanmoings je remets à vostre discrétion de retirer ou renvoyer tels desdits estrangers que vous estimerez à propos, m'asseurant que comme nul ne peult mieux que vous cognoistre les intentions, dessings et passions des dits Pères qui sont soubs vostre direction, vous ne permettrés qu'aucun y demeure dont les actions vous puisse (sic) causer du reproche, et à moi et au public du mescontentement. Je remets donc le tout à vostre bonne conduitte en m'asseurant que vous aurez mémoire de moy au Saint Sacrifice de l’autel, affin que Dieu me conserve sa grâce et done à mes estats ce qui leur est nécessaire. Je Le prie qu'il vous aye, Révérend Père Binet, en sa saincte garde. Escript à Paris, le 29 aoust 1636! ».
9. Dans le courant de l’année suivante, aucune armée ne foula le sol de la Lorraine, mais le pays n’en était pas moins éprouvé. Les bandes de brigands s'étaient multipliées à tel point qu’on n'avait plus de sécurité que derrière les remparts des villes fortes. Les terres demeurantsans culture, la famine chassait la population de quantité de hameaux qui finirent par disparaitre ?. Bien que la communauté de Pont-à-Mousson fût privée d’une partie de ses revenus, les religieux prirent sur leur nécessaire de quoi nourrir les plus indigents. Durant près de six mois, deux prêtres furent chargés de visiter les pauvres de la ville dont le nombre était considérable, et de leur porter, avec les consolations de la foi, du pain et des aumônes recueillies parmi les principaux habitants. Deux cent cinquante de ces malheureux échappèrent ainsi à une mort presque inévitableÿ. En ville, dit le P. Abram, on regarda comme un prodige que le collège püt ainsi se suffire à lui-même, tout en subvenant aux nécessités du prochain, tandis que les plus illustres maïsons se trouvaient dans la gêne »; on n'admira pas moins « notre soin du culte public et des études, tandis que les églises étaient ruinées; enfin l’étonnante concorde qui régnait à la maison entre Français, Lorrains, Écossais et Allemands, tandis que partout on ne voyait que divisions“ ».
Malgré ces dispositions manifestement pacifiques les Pères de Pont-à-Mousson portèrent encore ombrage au trop défiant
1. Lettre de Louis XIII au P. Binet, 29 août 1636 (Arch. nat., M. 241). 2. Digot, t. V, p. 276.