Abram, op. cil., p
Richelieu. La digne attitude que conservaient dans toute la Lorraine les partisans de Charles IV irritait Louis XIII et Le cardinal; non contents de traiter le duché en pays conquis et d’expulser les agitateurs, ils résolurent d’user de contrainte morale à l'égard des habitants demeurés simplement fidèles à la mémoire de leur ” prince. Au commencement de l'été 1637, on imposa aux Jésuites un serment conçu en ces termes : « Je jure et promets à Dieu de servir loyalement et avec fidélité, envers et contre tous, le roi de France mon souverain seigneur, à raison des duchés de Lorraine et de Bar qui lui appartiennent légitimement... et cela dé cœur comme de bouche sans aucune équivoque, restriction, subtilité ou distinction mentalet. » Parmi les religieux Lorrains de naissance « quelques-uns refusèrent ce serment, comme injurieux à leur patriotisme? »; quelques autres s’abstinrent des prières publiques demandées pour le roi. Quatorze d’entre eux, expulsés pour ce fait de la Lorraine et du royaume, furent dispersés dans différentes provinces étrangères; plusieurs se retirèrent au collège. de Besançon”.
10. Là se trouvait déjà un ancien professeur de théologie morale de l’Université de Pont-à-Mousson, que son attachement au duc Charles IV allait jeter dans une affaire délicate et périlleuse.
Didier Cheminot, né le 21 avril 1590, était entré dans la Compagnie en 1608 et avait prononcé les vœux solennels de profès le 7 juin 1626 #. D'un zèle ardent, d’une piété exemplaire, ce religieux n’aspirait qu'aux missions lointaines. Deux fois, quand il enseignait la philosophie au collège de Châlons-sur-Marne, il avait supplié le P. Général de l’envoyer dans les Indes, demande qu'il renouvela encore au lendemain de sa profession *. Peut-être fut-il écarté à cause de certains défauts : d’un jugement peu sûr, d'un caractère opiniâtre, il n’avait jamais inspiré une entière confiance aux Supérieurs. Grand fut donc l’étonnement de tous quand on’ apprit, le 25 mars 1637, que le duc de Lorraine venait de l’appeler à diriger sa conscience. Comme s’il eût voulu en imposer à la Compagnie, Charles IV avait entouré cette nomination de formalités solennelles et, sans aucun accord préalable,