LE TESTAMENT DE M. D’ANCIER
le Parlement de Dôle, saisi de l'affaire, voulut des arguments plus circonstanciels et ordonna des enquêtes. IL y en eut cinq principales. Le conseiller Champvans dirigea la première en Franche-Comté; l'auditeur général des causes apostoliques les trois suivantes, qui se firent à Rome, à la requête du notaire Jandel et des Jésuites; le professeur, Tornielli, la dernière qui eut lieu partie à Rome partie à Dôle, à la réquisition des Montaigu !.
Les enquêtes relatives à la folie demandaient un examen détaillé et minutieux. Elles portèrent sur Le temps qui avait précédé le voyage à Rome, le séjour dans cette ville et l’époque du testament. Trente-trois témoins attestèrent le bon sens de M. d'Ancier, « disans qu'il étoit bien advisé, de bon jugement, de bonne conduite, fort accort et qu’il se comportoit avec grande discrétion ? ». Deux parents du défunct, les sieurs d’Antorpes et et de Chauvirey, affirmèrent qu'ils lui auraient donné un curateur si la folie eût été aussi évidente quoique accidentelle. Par contre la partie adverse exhiba une attestation collective de folie; mais quand on voulut rechercher les signataires, aucun ne put être retrouvé. Cette pièce, arguée de mensonge, porta une grave atteinte à la loyauté de l’accusation ?.
Le chef de folie n'ayant pu prévaloir, les Montaigu attaquèrent la validité du testament et apportèrent deux causes de nullité, savoir : que les formalités n'avaient pas été remplies devant un nombre suffisant de témoins; que le testateur n'avait nommé ses héritiers ni expressément ni implicitement. Le notaire Jandel, qui avait reçu le testament, ne voulut pas laisser peser sur Sa mémoire le soupçon d’un acte irrégulier; il fit annoncer l'enquête par des placards affichés durant vingt jours aux carrefours de Rome. Un ineident inattendu vint compliquer l’instruction. Trois des sept témoins qui avaient assisté au testament, Gaudoul, Varenne et Thomas, subornés par les Montaigu, se rangèrent de leur côté et renièrent leurs propres signatures: puis, afin de se constituer en majorité, quatre contre trois, ils se mirent à la recherche d’un quatrième auxiliaire. Varenne venu à Dôle pour déposer en faveur des Montaigu, écrivit à Loys Thomassin, l’un des témoins testamentaires, demeurant à Flang'e-
1. Affaire du Testament d'Ancier (Lugd., fundat. colleg., t. II, n. 11, 12). Cf. Droz, p. 105-110.